Hell On Air: un festival metal en pleine croissance
Dimanche 3 mai. Après environ une heure de voiture, nous voilà arrivés sur le site du festival Hell On Air pour sa journée de clôture. Au moment où nous pénétrons dans la salle, les australiens de Temtris sortent de scène. Pas de bol, c’était un des groupes que nous espérions découvrir sur scène. Une panne de réveil et le trafic sur le ring de Bruxelles en ont décidé autrement. Nos excuses aussi aux groupes Aeonik, Aerdling et Famyne
À peine avons-nous eu l’occasion de saluer les visages connus dans l’assistance, qu’il est déjà temps d’accueillir la tornade suédoise Liv Sin que nous avions eu l’occasion d’applaudir au Raismes Fest 2024. Notons un changement au sein de l’équipe puisque les guitaristes qui opèrent à ses côtés sont désormais Sonny Bloom et Ante Raw. Sur scène, le quatuor (n’oublions pas le batteur Per Bjelovuk) assure la promotion de sa dernière création en date, l’album “Close Your Eyes” sorti en 2025.
Au menu de ce set survitaminé, un florilège de titres qui dépotent: “Run”, “Forget My Name”, “Above The Line”, “Let Me Out”, “I Am The Storm”, “It’s Not Your Life”, “Chapter of the Witch”, “King Of The Damned” et “Louder”
Un set qui paraît bien trop court, tant le public est entraîné par une véritable tornade musicale irrésistible. Chaque passage de Liv Sin est décidément mémorable!
Après trois années de pause, le groupe Exoto, qui joue pour ainsi dire dans son jardin, remonte sur scène pour un baroud d’honneur.
Formé à la fin de l’année 1989 à Mol (Flandre), Exoto s’est rapidement imposé comme une figure incontournable du death metal technique et agressif en Belgique. Leurs premières démos, notamment « And Then You Die » (1991) et « The Fifth Season » (1992), ont été encensées par la critique, recevant plusieurs fois le titre de « démo du mois » dans des magazines prestigieux comme Aardschok.
Le groupe a connu un essor important au début des années 90, partageant la scène avec des géants tels que Morbid Angel, Grave et Annihilator. Cependant, l’histoire du groupe est marquée par une tragédie : en 1994, trois jours seulement avant la sortie de leur premier album studio, leur batteur Didier Mertens décède dans un accident de voiture. Malgré ce choc, le groupe décide de poursuivre l’aventure pour honorer sa mémoire.
Après un second album sorti en 1995 chez Black Mark Production, le groupe se sépare en 1996. Exoto renaît une première fois en 2013 pour quelques concerts, avant une véritable reformation en 2016 sous l’impulsion du chanteur d’origine, Chris Meynen. Depuis, le groupe a repris le chemin des studios et de la scène, publiant de nouveaux morceaux tout en restant fidèle à ses racines death/thrash. Son dernier opus en date remonte à 2023 et est intitulé « Final Festering« .
Musicalement, cela envoie du lourd en respectant scrupuleusement les stéréotypes du genre. Nous avons beaucoup aimé Skully qui décore le pied de micro. Le son lourd et massif respectait à la perfection de cahier des charges du groupe. Le public semble avoir apprécié puisqu’à la fin de la prestation, il a littéralement pris d’assaut le stand de merch qui a été dévalisé de la quasi-totalité des CD disponibles.
Le groupe suivant, Accu§er, est un peu du même tonneau. Ce groupe allemand de thrash metal est composé du vétéran Frank Thoms au chant et à la guitare rythmique, d’Olli Fechner aux fûts, de Frank Kimpel à la basse et de Sascha Stange à la guitare.
Si le « Big Four » allemand (Kreator, Destruction, Sodom, Tankard) occupe la lumière, Accu§er en est la fondation structurelle, celle qui a injecté une dose de technicité froide et de précision chirurgicale dans le chaos des années 80. Originaire de Siegen, le groupe mené par le guitariste et chanteur Frank Thoms a traversé quatre décennies avec une résilience qui force le respect, évoluant d’un thrash speed frénétique vers un style plus complexe et groovy.
Dès leur premier album « The Conviction » (1987), Accu§er refuse de se contenter de la vitesse pure. Alors que leurs contemporains privilégient l’agression brute, Thoms et sa bande explorent des structures de morceaux plus sophistiquées. C’est avec l’album « Who Dominates Who« ? (1989) que le groupe atteint son premier sommet créatif. Ce disque est encore aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre du « techno-thrash », mêlant une critique sociale acerbe à des riffs d’une précision métronomique.
Depuis sa reformation officielle en 2008, Accu§er vit des secondes jeunesses avec la régularité d’un métronome. Signé chez Metal Blade Records en 2016, le groupe a prouvé avec The Mastery (2018) et leur album éponyme Accu§er (2020) qu’ils n’avaient rien perdu de leur mordant. En 2024, avec la sortie de Rebirthless, Frank Thoms et ses acolytes confirment leur statut : celui d’un groupe qui ne suit pas les modes, mais qui perfectionne inlassablement son propre art du riff. Les amateurs de metal tranchant sont ravis. Encore une bonne pioche des organisateurs!
Le metal puissant n’est plus l’apanage des hommes, comme nous l’ont prouvé une fois encore les Burning Witches, ces sorcières helvétiques qui délivrent un power metal solide aux accents heavy et thrash. Originaire de Brugg, en Suisse, le groupe Burning Witches s’est imposé depuis sa formation en 2015 comme l’un des piliers du renouveau du heavy metal traditionnel. Fondé par la guitariste Romana Kalkuhl, le quintette a su capturer l’esprit des années 80 (citant souvent Judas Priest ou Iron Maiden comme influences majeures) tout en y injectant une puissance et une production résolument modernes.
Depuis 2019, la formation est menée par la chanteuse néerlandaise Laura Guldemond, dont le registre vocal impressionnant alterne entre des envolées mélodiques et des growls agressifs. Elle est épaulée par une section rythmique imperturbable composée de Jeanine Grob (basse) et Lala Frischknecht (batterie), ainsi que par la guitariste américaine Courtney Cox (ex-The Iron Maidens), qui a rejoint les rangs en 2023.
La tournée actuelle porte le nom de « Witches and Kings« . Dès l’introduction, le groupe impose une présence scénique forte. Arborant des tenues de cuir noir et des maquillages de scène, les musiciennes occupent tout l’espace. Le duo de guitares formé par Romana Kalkuhl et Courtney Cox offre des duels de solos qui sont devenus la marque de fabrique du groupe.
Les principaux extraits du grimoire pour cette soirée magique et ensorcelante proviennent en grande partie de la discographie récente du groupe: « Soul Eater » (2025), « Shame » (2025), « Dance With the Devil » (tiré de l’album éponyme sorti en 2020), « Maiden of Steel » (extrait de l’album « Hexenhammer » de 2018), « The Dark Tower » (extrait de l’album éponyme sorti en 2023, « Sea of Lies » (2020), « Inquisition » (2025), « Black Widow » (extrait du tout premier album « Burning Witches » sorti en 2017), « Evil Witch » (2023), « Lucid Nightmare » (2020), « Hexenhammer » (2018), « Wings of Steel » (2020) et pour finir le classique des classiques « Burning Witches » (2017).
Des morceaux comme « Wings of Steel » ou l’indétrônable « Hexenhammer » déclenchent systématiquement des « mosh pits » et des chants entonnés en chœur dans le public. Laura Guldemond se distingue par sa capacité à haranguer la foule, transformant chaque club ou festival en une grand-messe du metal. Le point fort des sorcières helvétiques est l’équilibre entre la discipline d’exécution et l’énergie brute. Malgré les changements de line-up au fil des ans, le groupe affiche aujourd’hui une unité remarquable, la batterie de Lala Frischknecht servant de métronome implacable à cette « tempête de feu ».
Bref, une prestation énergique et toujours aussi enthousiasmante.
En tête d’affiche de ce dimanche, on retrouve le groupe Dogma récemment vu à Durbuy. , Ce quatuor fait dans la provocation en bousculant les codes du heavy metal mélodique depuis son émergence sur la scène internationale. Dogma n’est pas seulement un groupe de musique, c’est un concept visuel et idéologique. Formé autour de quatre personnages féminins incarnant des « nonnes » rebelles et pas très catholiques — Lilith (chant), Lamia (guitare), Nixe (basse) et Abrahel (batterie) — le groupe utilise l’imagerie religieuse pour prôner l’anticonformisme, la liberté individuelle et la critique des dogmes oppressifs. Bien que leurs véritables identités soient gardées secrètes pour préserver le mystère de leurs personnages, le groupe a rapidement attiré l’attention par une esthétique soignée, mêlant tenues de couvent stylisées et maquillages « corpse paint » élégants.
Assister à un concert de Dogma est une expérience immersive. Le concert de ce jour, qui s’inscrit toujours dans le cadre de leur tournée mondiale « The Unholy Communion » repose notamment sur une mise en scène très théâtrale. Le groupe entre en scène dans une ambiance de cathédrale gothique. Lilith, la chanteuse, domine la scène avec une présence charismatique, utilisant des gestes rituels et des interactions provocantes avec le public pour renforcer le thème de l’album.
Attention, le côté musical n’est pas négligé pour autant. Derrière le concept visuel se cachent des musiciennes de haut niveau, comme en témoignent les solos de Lamia caractérisés par une technique fluide, mêlant shred moderne et mélodies classiques, de même que la voix de Lilith au timbre clair et puissant qui rappelle les grandes voix du metal symphonique et du hard rock classique. Sans oublier bien sûr la section rythmique dans laquelle Nixe et Abrahel assurent une base solide, indispensable à la puissance sonore du groupe en direct.
Les concerts de Dogma peuvent être décrit comme des odes à la liberté. Le groupe encourage le public à rejeter ses chaînes, créant une atmosphère électrique et festive où provocation, sensualité et humour noir forment le ciment de la ferveur musicale.
Côté setlist, le menu est assez copieux : « Forbidden Zone » , « Feel the Zeal« , « My First Peak« , « Made Her Mine« , « Banned« , « Fate Unblinds« , « Carnal Liberation« , « Free Yourself« , « Bare to the Bones« , la reprise du « Like a Prayer » de Madonna, « Make Us Proud« , « My Matricidal« , « Mariachi« , « Pleasure From Pain« , « Father I Have Sinned » et « The Dark Messiah.
Et c’est ainsi que ce termine cette nouvelle édition réussi du Festival Hell On Air qui a connu une belle affluence grâce à une très bonne organisation et surtout à une affiche alléchante tout au long des quatre jours. Rendez-vous est déjà pris pour l’édition de l’année prochaine !
Chronique: Anne-Françoise Hustin et Hugues Timmermans
Photos: Hugues Timmermans
Facilitation presse: Hard Life Promotion et Hell On Air
