Tricky: different, not silent
En marge de la sortie prochaine de son quinzième album, Tricky s’est embarqué dans une tournée d’une trentaine de salles. Parmi celles-ci, l’AB et De Roma figuraient en bonne place. Et à raison, les deux dates affichaient sold out depuis des lunes. L’occasion de découvrir en primeur des extraits de « Different When It’s Silent », la suite des aventures du Kid de Bristol.
À l’instar du set de Marta Zlakowska en première partie expédié en vingt-trois minutes chrono, la soirée prendra des allures de sprints à répétition. Pourtant, les compositions à tendance electronica retenue de l’artiste polonaise pourraient difficilement illustrer un 100 mètres haies, par exemple. Sa voix vaporeuse et envoûtante, proche de celle de Beth Gibbons (Portishead), encourageant plutôt la relaxation. Encore que, la vision uptempo de l’euphorique « Out The Way », plage titulaire de sa deuxième plaque produite par Tricky et publiée sur son label False Idols, brouillera les pistes sans pour autant inverser la tendance. Il est vrai qu’elle devait, à l’instar du discret claviériste derrière elle, se préparer pour la suite de la soirée.
« Diiferent When It’s Silent », le nouveau Tricky, arrive le 17 juillet prochain. Il s’agira du premier album d’Adrian Thaws sous ce nom depuis « Fall To Pieces » en 2020, enregistré dans la foulée du décès inopiné de sa fille. Entre-temps, outre la réincarnation de Maxinquaye présentée à l’AB voici deux ans, il a activé deux projets parallèles. Lonely Guest tout d’abord, dont le disque éponyme a notamment vu défiler Joe Talbot (Idles), Paul Smith (Maxïmo Park) et le regretté Lee « Scratch » Perry pour une de ses dernières prestations. Theis Thaws ensuite, en compagnie du producteur parisien Mike Theis pour l’album « Fifteen Days » sur lequel on reconnait aisément sa patte.
Entamée par un « I’m Not Going » aux beats entêtants suivi d’un « New Stole » tout aussi addictif, le début du set mettra davantage en avant la susmentionnée Marta Zlakowska que son boss. Elle s’approprie par ailleurs ces deux titres de lumineuse manière alors qu’elle n’avait pas encore rencontré Tricky lorsqu’ils ont été enregistrés. Ce dernier, vêtu d’un singlet rouge laissant apparaître ses bras rachitiques, avait auparavant déboulé sur scène en implorant les cieux tout en restant difficilement en place derrière son micro. Un micro que l’on soupçonne sous-branché tant sa voix semble noyée, le reléguant quasiment au rang de choriste.
D’autant qu’à sa droite, Mitch Sanders prendra à son compte « Because I Don’t Know », l’efficace single sorti voici à peine quelques jours. Fait cocasse, le jeune vocaliste natif de Bristol lui aussi vit ses titres à fond mais lorsqu’il n’intervient pas, il tourne le dos au public, immobile, les bras suspendus comme s’il jouait le rôle d’un zombie dans un film d’horreur. Pour les accompagner, outre le claviériste masqué par trois laptops, on retrouve un batteur emprisonné derrière une muraille de plexiglas et une guitariste aux cheveux longs qui s’en donnera par moments à cœur joie.
Omniprésent sur « Different When It’s Silent » (dont la pochette orne l’arrière de la scène), l’ami Mitch apporte une nuance pour le moins inédite vu que les albums de Tricky regorgent traditionnellement de voix féminines. Cela dit, son impressionnante voix laisse pantois et emmène le poppy « I’m Yours », l’atmosphérique « I Still See Me There » et le hanté « Cannon Fodder » dans des contrées rarement explorées dans cet univers sombre et feutré. Sans oublier « I Tried », sans doute le nouveau titre le plus abouti, alternant passages planants et détours musclés.
Entre deux taffes, le Seigneur du trip-hop assure le minimum syndical. Comme sur ce noisy « Here My Dear » pendant lequel il se démène tel un pantin désarticulé en hurlant dans son micro. Le reste du temps, il laisse à ses poulains le soin de gérer la situation entre hits (le rugueux « Black Steel », le délicat « Overcome ») et réinterprétations dépouillées (la voix frêle de Marta sur « Pumpkin (Reincarnated) »). Mais contre toute attente, au terme d’un sinueux « Aftermath » et seulement quarante-cinq minutes de show, le groupe quittera la scène.
Ce petit monde reviendra pour quatre titres dont un « Out Of Place » à la fois musclé et troublant, écrit en mémoire de sa fille et interprété dans l’obscurité quasi-totale par un Tricky enfin libéré et une Marta en support de choix. On prend les mêmes et on recommence pour un « Strugglin’ (Reincarnated) » percussif de plus en plus hypnotique alors que la voix féminie de « Nothing’s Changed » en adoucira les contours saccadés. Quant au particulièrement puissant et habité « Vent », il permettra à l’ensemble des protagonistes d’effectuer un baroud d’honneur avant de filer dans le tour bus direction Paris. Finalement, c’est d’un marathon dont il s’agit. Avec un solide nouvel album sur la ligne d’arrivée…
SET-LIST
I’M NOT GOING
NEW STOLE
BECAUSE I DON’T KNOW
LUCIEN
I’M YOURS
MOVING THROUGH WATER
I STILL SEE ME THERE
BLACK STEEL
CANNON FODDER
HERE MY DEAR
OVERCOME
I TRIED
PUMPKIN (REINCARNATED)
AFTERMATH
OUT OF PLACE
STRUGGLIN’ (REINCARNATED)
NOTHING’S CHANGED
VENT
Organisation : Live Nation
