ArticlesConcerts

Les Nuits 2026: le grand Cazaar

Indissociables de l’histoire des Nuits, les créations ont non seulement contribué à leur réputation mais constituent surtout une expérience unique. Réinterprétations, associations improbables ou relectures chapeautées par l’Ensemble Musiques Nouvelles, autant de passionnants projets présentés au fil des éditions. Mais une histoire comme celle à l’affiche de cette année, c’est inédit…

Au départ commanditée par le festival les Aralunaires d’Arlon, Cazaar trouve sa genèse dans les esprits semi-torturés semi-déjantés d’Amaury Louis (le leader de marcel) et de Pierre Leroy (celui de Pierres). Ils imaginent une histoire abracadabrante dont l’action se déroule il y a très longtemps dans un village entouré de falaises au pied desquelles la mer s’avance et se retire. Un village baigné de soleil (le « sauleil », comme ils disent) à la vie paisible entre contemplation de l’astre, parties de touche-touche géant et remises en question introspectives dans de confortables prisons de haute sécurité.

Jusqu’à ce que la Vieille, un des personnages principaux de l’histoire, décide de creuser une galerie pour découvrir ce qu’il y a de l’autre côté, embarquant la moitié des villageois dans son délire. Après moultes péripéties et grâce à la maladresse du président d’une commission d’enquête, ils inventent la poilade, genre de spectacle ancêtre de l’art dramatique qui redonne de la vigueur aux forcenés entre deux coups de pioche et de pelle. Poilade du dimanche, c’est de cette manière que Cazaar est annoncé à grands renforts d’affiches dans les couloirs du Botanique. Alors que l’on entend au loin les musiciens s’approcher de la scène au rythme de cuivres, outils à la main et vêtement souillés par une harassante journée de travail dans les entrailles de la terre.

Oyé, oyé, le spectacle peut donc commencer. Rédigés sur des bouts de papier, les différents chapitres de l’histoire virevoltent sur des fils tendus de part et d’autre de la scène. Le premier d’entre eux sera attrapé par Pierre Leroy qui posera le contexte et balisera le récit avant de rejoindre son clavier et de lancer la partie musicale constituée de morceaux inédits directement (et librement) inspirés de l’épisode déclamé. Et c’est bien cette partie qui donne une réelle plus-value à Cazaar.

D’autant qu’aux côtés des deux têtes pensantes, on retrouve le gratin du rock indé bruxellois. Jugez plutôt : Audrey Marot (Annabel Lee), Aurélien Auchain (Mountain Bike, June Moan), Catherine De Biasio (Blondy Brownie, Mièle) et Flora Morelle (DC Lou, White Horses). Autant dire que cela groove. Les arrangements solaires rendent les compositions irrésistibles et instantanément mémorisables. Sans parler de la richesse orchestrale (via notamment les cuivres de Catherine) et des entêtantes harmonies qui les enveloppent. Mais ce n’est pas tout. Indie, bossa, pop seventies, comédie musicale, les influences sont multiples. Mais attention, cela bastonne aussi par moments, le village n’étant pas uniquement un havre de paix.

Pour narrer l’histoire, les musiciens se relayent sous une énorme bouée lumineuse (le « sauleil ») au son de vagues et de cris de mouettes. Le ton est délicieusement décalé, certains termes délibérément écorchés et les scènes savamment rendues visuelles. Le hic, c’est que les gens qui prennent le spectacle en route se retrouvent rapidement perdus entre la Vieille, le Docteur et Frédéruc le King. En revanche, ils peuvent franchement apprécier à leur juste valeur les compositions qui fonctionnent indépendamment de l’histoire. À ce propos, on appréciera tout particulièrement cette délicate comptine chantée (en français) par Audrey. On ignore si un projet existe de les enregistrer mais Il serait criminel de les renfermer à jamais dans une galerie rebouchée.

Et comment cela se termine-t-il, allez-vous demander ? Sans vouloir spoiler, un surprenant héritage légué par la Vieille pour les futures générations. Éternelle la terre et le sauleil qui, au contraire des vagues, ne s’avancent et ne se retirent jamais. Un final plein d’émotion pour une création définitivement pas comme les autres. Maintenant, creusons tous ensemble !

Organisation : Botanique

Laisser un commentaire

This website uses cookies to analyze site traffic and improve your experience. By continuing to use this site, you consent to our use of cookies.
Music In Belgium