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HAPPY MONDAYS – Uncle Dysfunktional

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C’est bien connu, Tina Weymouth (Talking Heads) disait d’eux : « J’ai grandi à New York dans les années 70 et j’ai vu beaucoup de gens vivre à la limite. Avant eux, je n’avais jamais vu un groupe de personnes qui n’avaient aucune idée de l’existence de limites ». Shaun Ryder, un des membres fondateurs des Happy Mondays, ne voit pas encore le bout du tunnel. Ses excès lui ont fait perdre le contact avec ses trois enfants et l’ont pratiquement ruiné. Pourtant, et c’est son mérite, il garde l’espoir. Tout l’album baigne dans cet optimisme un peu béat.

Ici, en pleine « cleanitude » (oui, c’est un néologisme), il nous offre avec les rescapés (on devrait dire les survivants), Gaz Whelan et Mark « Bez » Berry, un album de très bonne qualité, comme si leur carrière ne s’était jamais arrêtée. Le groupe qui a emboîté le pas à The Fall pour créer le style madchester avec notamment The Stone Roses nous revient ici pour prouver son état de santé retrouvé.

Effectivement, la musique de « Uncle Dysfunktional », même si elle exhale encore parfois l’odeur de produits psychotropes, respire une bien meilleure santé psychique. Inspirée par le madchester sound, elle doit aussi beaucoup au hip hop et à la musique funky. Ce mélange d’influences combiné au talent des musiciens du groupe fait de cet album une réussite.

Généralement catchy comme l’est « Jellybean », qui accroche d’emblée, mais imprégné du style qui a fait son succès dans le passé, l’album comporte aussi des éléments empruntés au hip hop et à la musique funky, comme sur « Deviants » plus particulièrement. Les cuivres en sont une des composantes importantes. « Angels And Whores » est un morceau plus racé basé sur les changements de rythme et sur la voix éraillée et très spéciale de Shaun Ryder.

Pour un peu, on croirait que la carrière des Happy Mondays ne s’est jamais arrêtée. La musique est au goût du jour et n’a pas vieilli, comme sur « Rats With Wings », dont les incantations parlées de Ryder ne sont qu’un exemple, un autre étant l’atmosphère glauque qui rappelle le film « Trainspotting ». Il y a juste une petite faiblesse au niveau des paroles. Là, l’auteur principal ne retrouve pas sa verve coutumière. C’est l’effet pervers du sevrage, sans doute.

La plus grande réussite de l’album est « Cuntry Disco », dont les percussions, les cuivres et le rythme soutenu correspondent en tout point à cet optimisme voulu par le groupe et plus encore par son chanteur attitré. Ces ingrédients sont moins présents sur le groovy « In The Blood », dont les paroles sont assénées par petites touches successives.

L’autre grand moment est celui que représente « Anti Warhole On The Dancefloor ». Il commence par des cris d’indiens et surfe sur un rythme très dansant. En concert, Bez doit se déchaîner sur ce rythme répétitif imparable. Les paroles sont débitées par intervalles, par petits coups, comme si les mots étaient retenus jusqu’à la dernière extrémité.

« Rush Rush » apporte une once d’originalité et exhibe un jeu de basse parfait, comme c’est le cas tout au long de l’album. Son tempo hip hop coupé par des périodes plus sautillantes achève cette impression de dynamisme total. Comme le titre l’indique, « Uncle Dysfunktional » relève davantage du funk. Les chœurs sont mis en évidence et la production est plus clean que d’habitude sans perdre l’aspect glauque de l’album.

« Dr Dick » débute par l’accordéon, utilisé dans un contexte décalé. Le phrasé de Ryder est approprié au sujet et sa voix éraillée et abîmée par les excès en tous genres ne dérange pas trop. Elle participe même au côté innovant de l’album. « Weather » débute aussi en catimini et les clochettes que l’on entend lui donne une fraîcheur inusitée mais l’album se termine, croit-on, dans une relative torpeur moite qui évoque la Louisiane. Après une interruption de quelques minutes, on a droit à un remarquable morceau caché sans titre de près de 5 minutes, histoire de récompenser les plus patients.

L’album surprend par sa qualité mais le bonheur ne peut pas être complet : Shaun Ryder a habitué ses admirateurs à des paroles plus percutantes que celles-ci. Il fera mieux la prochaine fois.

Pays: GB
Sequel SEQCD012
Sortie: 2007/07/06

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