MANSON, Marilyn – Eat Me, Drink Me
Marilyn Manson a l’habitude de déclencher des polémiques. Les conservateurs américains lui attribuent tous les maux de leur société et pourtant l’écoute de cet album ne peut que nous conforter dans l’idée que l’artiste est un grand et qu’il ne faudrait pas l’oublier.
Au-délà de son look à la Alice Cooper dont il est d’ailleurs un grand fan, l’artiste tisse avec cet album des ambiances sombres et mélancoliques contenant beaucoup de mystère. Dès « If I Was Your Vampire » on se sent pris dans ses filets, notre sang file à cent à l’heure. Son chant distordu grésille accompagné par une guitare déchirante, le tout sur une rythmique hypnotique. Non, Marilyn Manson ne ressemble pas au méchant comme une certaine caste voudrait le faire croire. Au contraire, il séduit.
Les ambiances sombres et mystérieuses, il aime cela et ça se sent. Mais il nous les propose avec une grande sensibilité contrairement à certains qui nous la propulse en pleine figure sans ménagement. « Putting Holes In Happiness » est aussi un grand titre avec un Manson poignant. Le guitariste en profite pour y glisser un solo bien affriolant. « The Red Carpet Grave » prend une tournure plus « single ». Il conserve malgré tout l’ambiance générale et la fusion guitare voix se réalise en parfaite harmonie. Si l’enfer n’est pas chaud comme il le dit, les gouttes perlent sur notre front. Marilyn suit bien les traces de son maître Alice Cooper.
« Just A Car Crash Away » s’étire lentement et inexorablement nous emporte au firmament. Cet exceptionnel moment peut être qualifié de rock progressif. Tout y est jusqu’au solo de guitare fabuleux. Frissons garantis ! Le plus rythmé « Heart-Shapped Glasses (When The Heart Guides The Hand) » s’emboîte à merveille. Son refrain incroyablement accrocheur et la voix déchirée de l’artiste fait mouche. Il y a ici comme une touche de Bowie.
Le rythme imposé à « Evidence » joue sur l’intrigue, la guitare sort des plaintes déchirantes emplies d’émotion. Il devient très heavy pour « Are You The Rabbit? » avec une ambiance presque Black Sabbath. Pour « Mutilation Is The Most Sincere Form Of Flattery », il règle ses comptes. Sans doute ne sera-t-on pas d’accord avec lui quant au fond, mais l’ambiance Iggy Pop séduit. Trop de monde sur cet intrigant « You And Me And The Devil Makes 3 », un de trop en fait. Le morceau titulaire termine l’album sur fond de cris de loup. Les yeux rouges vifs qui égayent les deux pages du livret qui lui sont consacrées en disent long avec leur pupille en forme de coeur.
Pourtant cet album contient une faute de goût quasi impardonnable. Bien sûr vous me direz qu’il ne s’agit que d’un titre bonus mais ce « Heart-Shapped Glasses (When The Heart Guides The Hand) » remixé à la façon disco-techno est tout à fait imbuvable. Ok, il le qualifie de « Inhuman remix », de l’humour sans doute, et il a raison c’est inhumain et très dur à avaler… surtout que l’album lui-même est un bijou et qu’il serait dommage de passer à côté.
Ce nouvel opus de Marilyn Manson est absolument génial. On se demande bien qui pourrait l’égaler dans ce genre à l’heure actuelle. Son maître Alice Cooper ? Pas sûr au vu de son dernier opus. Marilyn a semble-t-il dépassé son maître en nous offrant une rondelle de métal très sombre au sein duquel des relents de progressif se font même sentir. A déguster sans modération.
Pays: US
Interscope 602517365230
Sortie: 2007/06/01
