McCARTNEY, Paul – Memory Almost Full
Quand il était jeune, sur l’album « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Bands », Sir Paul McCartney chantait « When I’m sixty four ». Il avait 64 ans quand il a fait « Memory Almost Full ». C’est un peu comme si la boucle était bouclée. Mais Paul McCartney a toujours la cote auprès du public. Parmi ses admirateurs, 200 n’ont pas hésité à passer la nuit à la belle étoile sur Sunset Boulevard à Los Angeles pour être sûrs de décrocher un billet pour un hypothétique concert.
Il faut dire que cet album en vaut la peine, comme les précédents. C’est David Kahne qui produit « Memory Almost Full », qui reprend des morceaux réalisés et revus entre 2003 et 2007. Il est plus intérieur et personnel et, sans en éprouver trop de regrets, il y fait un peu le bilan de sa vie, notamment avec Linda Eastman, en envisageant la mort. Le titre de l’album est ambigu mais il ne faut pas compter sur lui pour nous donner la clé de l’énigme.
Champion de la guimauve ou génie créateur ? Qu’on l’aime ou pas, c’est un cas, Paul McCartney. Après avoir sorti un opus de qualité en 2005 (« Chaos and Creation in the Backyard ») et un autre, classique (« Ecce Cor Meum (Behold My Heart) ») en 2006, il remet ça. Les années semblent n’avoir aucun effet sur lui. Sir Paul aime cultiver le paradoxe et mélanger les extrêmes. L’album est un mélange de souvenirs heureux et tragiques, comme la disparition de sa femme, Linda Eastman. Décemment, il ne pouvait sortir ça en étant avec Heather Mills.
Le single « Dance Tonight », où il joue de la mandoline, est un bel exemple de chanson rythmée et basée sur une mélodie pop agréable comme le maître a l’habitude d’en faire. Ce morceau n’engendre pas la mélancolie mais semble au contraire nous dire que la vie est belle et vaut la peine d’être vécue. Cette impression se confirme avec un autre morceau tonique, en tout cas dans la forme : « Ever Present Past », où il évoque son passé en en regrettant certains aspects qu’il garde en mémoire. Beaucoup plus positif, « See Your Sunshine » ; où il joue du piano, fait plus penser à sa période Wings. Il se souvient des moments heureux. Il est seul pour interpréter ces morceaux qui figurent parmi les meilleurs de l’album.
« Only Mama Knows » démarre tout en douceur avant de partir sur les chapeaux de roue mais après un moment, il s’attendrit sur sa jeunesse et pense à sa mère, qui est morte quand il avait 14 ans. Il se souvient que parfois, il s’interrogeait sur sa disparition. Le morceau se termine dans la tristesse sous un flot d’instruments à cordes. « Gratitude » est tout aussi mélancolique. Il remercie avec une pointe de regret son ex-femme pour ce qu’elle lui a apporté. « Vintage Clothes » est aussi un morceau empreint de nostalgie.
A travers le désir de suicide d’un homme, il évoque la mort sur « Mr. Bellamy » et parle de la sienne sur « End Of The End » mais comme s’il était à la croisée des chemins et avec un esprit positif : il y voit un passage vers un endroit meilleur et il veut que ce jour-là on raconte des histoires drôles et qu’on se souvienne des jours heureux. Le reste de l’album est plus mou et moins intéressant. Comme au temps de Wings, « Nod Your Head » est plus faible et n’accroche pas vraiment. Il semble qu’il existe aussi une version étendue de l’album accessible via iTunes. Il y joue trois morceaux jazzy expérimentaux.
Malgré une fin un peu décevante, même si ce n’est pas un chef-d’oeuvre, même s’il est prévisible, même si McCartney semble hésitant sur la direction à prendre, il nous a concocté un très bon album qui ravira ses très nombreux fans par son niveau indiscutable de qualité. On n’en a pas fini avec l’ex-Beatle.
Pays: GB
Hear Music / Universal 0888072303485
Sortie: 2007/06/04
