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Dry Cleaning, Big (Secret) Love

De plus en plus convaincants sur disque, les Londoniens de Dry Cleaning le deviennent désormais tout autant sur une scène. Celle de l’AB en l’occurrence où ils ont présenté « Secret Love », leur excellent troisième album, dans une version Box sold out depuis des lustres.

« How do you enjoy the show ? » lancera Taylor Stewart, le nonchalant batteur de The Tubs, d’un accent à couper au couteau avant même d’avoir effleuré le moindre élément de son kit. Ses interventions en forme de running joke tout au long du set finiront par porter leurs fruits et emballer un public au départ relativement indifférent. Il faut dire que ce personnage à mi-chemin entre Ronny Couteure et le rigolo de Getdown Services parvient même à décontenancer ses camarades de jeu entre les morceaux.

Ceux-ci, énergiques à souhait, renvoient vers l’indie pop lumineuse de The Smiths (cette entêtante guitare cristalline) et le groove de The Jam, le tout emballé par la voix d’Owen Williams, proche de celle de Fish (Marillion). La moitié du groupe faisait partie de l’aventure Joanna Gruesome mais a abandonné le côté noise expérimental pour n’en conserver que l’aspect limpide à l’oreille. Une introduction rafraîchissante majoritairement puisée dans « Cotton Crown », leur deuxième livraison publiée l’an dernier en hommage à la maman du chanteur que l’on voit d’ailleurs bébé dans ses bras sur la pochette.

Si « New Long Leg », le premier album de Dry Cleaning publié au printemps 2021 a été unanimement acclamé par la critique tout en rencontrant un succès commercial majeur, on ne donnait pas cher de leur peau pour la suite. Particulièrement originale, leur recette alliant textes abstraits déclamés et environnement post-punk aux riffs tranchants ne pouvait que s’essouffler une fois la surprise passée. Las. Dix-huit mois plus tard, « Stumpwork » débarquait en mode puissance décuplée et, début de cette année, l’impeccable « Secret Love » déjouait une nouvelle fois les pronostics. Subtil et varié, il doit sans conteste beaucoup à la patte de Cate Le Bon qui succède ainsi à John Parish à la production.

Sur scène, c’est une autre histoire. Leurs prestations au Grand Mix, aux Leffingeleuren ou au Pukkelpop ne parvenant que très rarement à rivaliser avec la flamboyance des enregistrements. Jusqu’à leur visite au Trix en avril 2024 lors de laquelle ils ont retourné la grande salle de magistrale manière. Les attentes étaient donc grandes ce soir et on n’a pas été déçus. Plutôt même surpris lorsqu’ils ont balancé d’entrée de jeu un tout nouveau titre sinistre à souhait, « Sliced By A Fingernail » sur lequel tant le groupe que le public prendra ses marques.

Un public qui se trémoussera une première fois sur le prenant « Gary Ashby » après avoir été emmené dans l’univers de la nouvelle plaque via un soutenu « Blood ». Mais c’est surtout « The Cute Things » qui révélera une évolution notoire par rapport à précédemment. Florence Shaw, l’air austère et sérieux sous sa longue chevelure lisse, en chantera en effet le refrain. Une entorse au scope Dry Cleaning ? Pas nécessairement. Quand on vous disait que cet album était plus subtil… Sa délicate plage titulaire interprétée les yeux mi-clos en sera un autre exemple dans la foulée.

À l’inverse, c’est un œil grand ouvert qui orne notamment la pochette de « Secret Love » devant laquelle le groupe se produit ce soir. Le guitariste Tom Dowse décoche les riffs inspirés dont il a le secret et le batteur Nick Buxton se fendra même d’une partie de sax sur « Anna Calls From The Arctic ». Cela dit, le bassiste Lewis Maynard est sans doute le plus drôle à regarder. Sa comparse au micro attirant tous les regards, il se lâche complètement et on le surprend à se dandiner dos au public devant son ampli ou à adopter une attitude de métalleux lorsqu’il ne sautille pas sur sa portion de scène tout en conférant un groove essentiel aux compositions. Sans oublier un musicien de tournée au four et au moulin (guitare, claviers, percussions…) qui apporte de la profondeur.

Mis à part taper la mesure de temps à autre en agitant un maracas ou un tambourin, Florence Shaw se contente de réciter ses textes. Dotée d’une théâtralité naturelle, on se demande tout de même comment elle parvient à les retenir et les déclamer sans la moindre hésitation. D’autant que « Secret Love » sera visité dans son intégralité. Onze titres parmi lesquels le mélancolique « I Need You » et le spoken word glacial d’« Evil Evil Idiot » voire les chœurs masculins sur « Cruise Ship Designer » déstabiliseront certains. Parallèlement, l’envoûtante rythmique de « My Soul / Half Pint » et les contours lancinants de « Rocks » rivaliseront aisément avec le crescendo de « Her Hippo » et la fulgurance de l’imparable « Scratchcard Lanyard ».

Si la fin du set les verra puiser dans le début de l’histoire via le puissant « Magic Of Meghan » et les délires téléphoniques de la chanteuse sur le bien nommé « Conversation », ils resteront fidèles à leur ligne directrice en terminant la lecture du nouvel album. On appréciera le clin d’œil du batteur au terme de « Joy » en référence à la victoire de Wout Van Art la veille à Paris-Roubaix et on craquera ensuite sur la sincérité de « Let Me Grow And You’ll See The Fruit ». Á leur place, on aurait en revanche évité le rappel constitué du seul « Hit My Head All Day » qui, bien que groovant à souhait, n’apportera pas grand-chose à une prestation impeccable jusque-là. Seul bémol qui n’altèrera en rien notre sentiment que la scène est désormais autant leur alliée que le studio.

SET-LIST
SLICED BY A FINGERNAIL
BLOOD
GARY ASHBY
THE CUTE THINGS
SECRET LOVE (CONCEALED IN A DRAWING OF A BOY)
STRONG FEELINGS
ANNA CALLS FROM THE ARCTIC
HER HIPPO
MY SOUL / HALF PINT
CRUISE SHIP DESIGNER
SCRATCHCARD LANYARD
EVIL EVIL IDIOT
I NEED YOU
DON’T PRESS ME
ROCKS
MAGIC OF MEGHAN
JOY
LET ME GROW AND YOU’LL SEE THE FRUIT
CONVERSATION

HIT MY HEAD ALL DAY

Organisation : AB

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