ArticlesConcerts

Une pluie de talents au Durbuy Rock 2026

Pour cette 29e édition du Durbuy Rock Festival, les organisateurs avaient parfaitement bien pensé le projet d’aménagement du festival. En effet, la salle habituelle étant en travaux, ils ont opté pour un festival en mode open air avec deux scènes extérieures. Après un premier jour qui a terminé dans une ambiance de folie avec le groupe français de heavy metal parodique Ultra Vomit, les organisateurs se demandaient s’ils allaient faire aussi bien le lendemain.

On peut dire que le pari a été relevé avec brio. En effet, dès l’ouverture des portes, les festivaliers ont afflué en nombre malgré une météo incertaine. De fait, il y a longtemps que je n’avais plus vu autant de monde pour saluer le premier groupe de la journée. Et dire que ce groupe bien de chez nous n’avait que deux concerts dans les pattes au moment de monter sur scène devant le jury des tremplins!

Hope As A Weapon est un projet racontant la quête de Mannaz. Ses membres sont le chanteur Max, le guitariste Lionel, le bassiste Laurent et le batteur KaNa. Dans tous les concours, ils font un carton et sont déjà invités à plein d’endroits prestigieux bien que ne comptant encore qu’un seul EP (« Mannazium« ) à leur actif. Chaque apparition sur scène est une véritable claque. Positive, engagée et volontaire, leur musique saisit particulièrement bien les tendances du moment. À la croisée des chemins entre Sleep Token, Bring Me The Horizon ou Ashen, le metalcore de Hope As a Weapon sait où il va. Et le public et les critiques adorent ça! Ils seront d’ailleurs présent au Hell On air à diest début mai et sont programmés au Zik-Zak en première partie du groupe Overdrivers le 6 juin prochain. A ne pas manquer donc.

Pour suivre, c’est le groupe metalcore berlinois Vianova qui ouvre les hostilités sur la petite scène. Fondé à Berlin en 2017 par les frères Vogelgesang, Vianova propose un metalcore juxtaposant des textures électroniques et des grooves pop/alternatifs avec une énergie tendue et des harmonies vocales enveloppantes. C’est un mélange moderne de synths épurés, de basses profondes et de rythmes organiques, portée par des voix mélodiques et un sens affirmé du groove. Une musique contemporaine qui cible les jeunes et les réseaux sociaux et dans laquelle les sons numériques rencontrent des influences indie/électro, créant une atmosphère à la fois minimale et immersive.

Le quatuor est composé de Felix Vogelsang à la guitare, de son frère Paul Vogelsang derrières les fûts, d’Alexander Kerski, le chanteur aux coiffes étonnantes et de Raoul Zillani à la basse. Ensemble, ils assurent actuellement la promotion de leur album « Hit It!« , sorti en 2025, qui résume fort bien leur prestation sur scène. Personnellement, j’ai peu apprécié le côté massif (et bruyant) du son, mais c’est sans doute une question de génération. Cela dit, le chanteur Alexander a une voix excellente qui fait merveille aussi dans les parties plus calmes.

Retour sur la grande scène avec un autre groupe allemand très apprécié: League Of Distortion. Ce quatuor teuton est composé du bassiste Felix Rehmann, du batteur Tino Calmbach, du guitariste Jim Müller (ex-Kissin’ Dynamite) et de la chanteuse Anna Brunner, aussi remarquée dans le groupe Exit Eden. Après un premier album sobrement intitulé « League Of Distortion » sorti en 2022, Anna et les siens ont remis le couvert avec un excellent second album (« Galvanize« ) sorti chez Napalm en 2024.

Côté setlist, les festivaliers ont eu droit à plusieurs extraits du dernier album, avec notamment « Galvanize« , « My Hate Will Go On« , « My Enemy« , « Wolf or Lamb« , mais aussi « Rebel by Choice » du premier album, avant de revenir à l’actualité plus récente du groupe avec « Crucify Me » et « L.O.D.« . Une prestation forte avec des musiciens au sommet de leur art et une chanteuse charismatique et souriante qui réussit à galvaniser le public (sans jeu de mot). Bref, deuxième grand moment de la journée sur la scène principale.

Retour sur la scène secondaire pour accueillir la formation française TSS, acronyme de The Sunday Sadness.  Ce groupe de metal moderne, réputé pour son mélange d’emo, de metalcore, de synthwave et d’influences neo-metal, a été fondé en 2016 par Kirby qui cherchait à combiner ses racines emo et metalcore pour créer un son nouveau et rafraîchissant. Le projet se consolide rapidement avec l’arrivée de John à la guitare et Hugo à la batterie.

Le groupe n’aime pas se limiter, ni refaire deux fois la même chose. Il se réinvente à chacun de ses albums (trois pour l’instant) en jouant la carte d’une originalité extrême pour chaque projet, mû par l’envie de créer chaque fois quelque chose d’unique. Avec toujours un sens aigu de la mélodie.

Le public apprécie et le manifeste avec enthousiasme. Cette scène a un son décidément beaucoup plus massif et très hardcore moderne. Pour la plus grande joie des amateurs de pogos et de crowdsurfing. Les amateurs de rock/metal plus traditionnel comme votre serviteur ont un peu plus de mal avec ça.

Retour sur la grande scène dont le décor a entre-temps a pris un aspect mêlant religion, satanisme et sexe, univers de prédilection au groupe 100% féminin Dogma.

Il plane comme une odeur de soufre jusqu’à ce que déboulent sur scène les 5 nonnes subversives de Dogma, qui abreuvent le public d’un metal symphonique accrocheur, à mi-chemin entre le rock des années 80 et le metal mélodique moderne. Leur premier album « Carnal Liberation » délivre un message simple, à savoir celui de refuser les l’ordre établi et dogmes en place… avec un sourire maléfique et un doigt d’honneur magistral à l’autel des conventions. Chacune des protagonistes est à elle seule un cocktail de séduction provocatrice et irrévérencieuse, mais aussi et surtout de maîtrise musicale. Les bonnes sœurs de Dogma provoquent au son de riffs aussi efficaces qu’entraînants. On se croirait dans un film d’horreur sexy avec une BO signée Steel Panther…

Pour la petite histoire, plusieurs anciennes membres de Dogma ont accusé le management d’avoir pris le contrôle du groupe qui ne serait qu’une marque avec des musiciennes interchangeables sans véritable unité artistique. En tout cas, rien de ces querelles ne transparaît et les festivaliers s’en donnent à coeur joie, répondant instantanément aux sollicitations des musiciennes diaboliques.

Côté setlist, le public a eu droit à une série de titres accrocheurs extraits de l’album « Dogma » de 2023 et à une reprise: « Forbidden Zone« , « My First Peak« , « Made Her Mine« , « Carnal Liberation« , « Bare to the Bones« , la reprise du « Like a Prayer » de Madonna, « Free Yourself« , « Pleasure From Pain« , « Make Us Proud« , « Father I Have Sinned » et « The Dark Messiah« .

Excellente ambiance, le concept fait merveille. Le temps nous dira s’il pourra se perpétuer dans des albums futurs sans tomber dans la répétition.

Retour sur la scène secondaire pour accueillir le groupe américain The Defect, créé en 2013 par Johnny McBee, que l’on retrouvera également au sein de la formation The Browning, également à l’affiche sur cette même scène plus tard das la soirée.

The Defect se définit comme un duo electronic-rock, fusionnant synthétiseurs, batterie, guitares et basses pour créer une expérience sonore puissante mêlant puissance brute et profondeur atmosphérique. Son style accentue l’électronique de The Browning (electronicore/metalcore avec deathcore, dubstep et techno), vers un cyber/indus metal plus prononcé, agrémenté du chant féminin éthéré de Moon McBee, contrastant avec les vocaux growlés de Jonny McBee, et de riffs lourds (ex. « Into the Void« , « Immortal« ). Côté percussion, le groupe peut compter sur le savoir-faire de Brandon Funera.

Même sans aimer le metalcore, on peut être réceptif à certains titres de l’album « Death X Destiny » sorti en 2025. Citons « Defiance« , « Eternal (What Do You See)« , « Into The Void« , « Lost In The Shadows« , « Broken Minds » ou encore « Dreamwalker« . Les jeunes adorent, les amateurs de défoulement dans le public aussi. Mais attention à l’onde de choc!

Il manquait encore à ce festival une petite parenthèse folk. Les fidèles du Durbuy Rock avaient déjà pu découvrir l’an passé la formation Corvus Corax. Cette année, ils ont droit à Tanzwut. Cornemuses, riffs massifs, beats industriels et refrains martelés en allemand: la recette a tout de l’ambiance sonore d’une taverne infernale. Sur scène, le décor et les accessoires, les costumes et l’incontournable Teufel aux petites cornes rouges créent une ambiance unique.

Musicalement, la formation germanique mélange de metal mediéval, le Neue Deutsche Härte (guitares lourdes, rythmiques martiales à la Rammstein et voix grâce et puissante de Teufel) et les influences industrielles. Le résultat est une immense fête que l’on dirait sorti tout droit d’une épopée médiévale.

Le groupe s’éclate sur scène en égrainant les titres de son immense répertoire (13 albums studio), qui sont autant de sollicitations pour faire participer le public à la fête.

Retour devant la scène secondaire pour découvrir la formation transalpine Stain The Canvas. Cinq jeunes Italiens partagent avec le public présent à Bomal leur vision du metalcore, c’est-à-dire un metalcore très intense, mélange de violence et de mélodie. Leur son repose sur des guitares saturées, des riffs agressifs et des cassures rythmiques lourdes. Ils intègrent cependant des refrains hyper accrocheurs. Notons des influences électroniques et trap.

Leur album « Honey Rot » (2025) pousse les curseurs encore un peu plus loin. Autant dire que cela dépote tant du côté des enceintes acoustiques que des mouvements dans le public. Effarouché par la débauche de décibels et d’effets sonores qui vous enfoncent la cage thoracique (quand ce n’est pas la conséquence d’un pogo effréné), je décide de marquer une pose pour tester les foodtrucks présents sur le site.

De retour devant la grande scène, le public est de plus en plus nombreux. Les fans ne voulaient pas manquer le grande retour du groupe rock belge Black Mirrors. Le groupe est porté par la voix puissante et expressive de Marcella Di Troia, véritable moteur artistique du projet. À ses côtés, on retrouve Pierre Lateur à la guitare, dont les riffs oscillent entre blues rugueux et énergie grunge, Gino Capon à la basse, garant d’un groove massif, et Edouard Cabuy à la batterie, qui apporte une dynamique à la fois lourde et nerveuse. Ensemble, ils façonnent un son qui mêle rock vintage, influences stoner et une sensibilité moderne. Ils sont accompagnés sur scène par un second guitariste dont le nom m’a échappé.

Quel bonheur de retrouver un florilège tiré du répertoire de cet excellent groupe en live. Marcela n’a rien perdu de son énergie et de son talent. Le public est aux anges en redécouvrant le meilleur du garage rock belge à travers des titres comme « Günther Kimmich« , « Funky Queen« , « The Mess« , « Hateful Hate, I’ll Kill You« , « Tears to Share« , « Lay My Burden Down » et « Burning Warriors« . Une reprise de Nirvana aussi avec « Territorial Pissings« . Une énergie communicative qui fait un bien fou!

Le festival entame la soirée du samedi avec une débauche de sons. Aux commandes, le groupe français Ten56 créé par le chanteur Aaron Matts (ex-Betraying The Martyrsà entouré des guitaristes Quentin Godet et Luka Garotin, du batteur Arnaud Verrier et du bassiste Steeves Hostin. Musicalement, les artistes français distillent un cocktail furieux à base de deathcore, nu-metal et indus. Une chape sonore et un paroxisme musical à grands coups de blast beats, de voix gutturales et de breakdowns massifs. Ambiance assurée dans le public qui s’en donne avec une énergie renouvelée. C’est à se demander comment il n’y a pas eu des blessés…

Retour devant la grande scène alors que la nuit est en train de tomber. Sur scène, les festivaliers attendent la star du moment, le groupe prodige français qui fait un carton dans l’hexagone: les Novelists. Et c’est une exclusivité belge en plus! Le groupe fondé en 2013 s’est fait une place sur la scène metalcore hexagonale et internationale. Il fallait la musique pour réunir sous une même bannière des Parisiens et des Marseillais. Emmené par les riffs des guitaristes Pierre Danel et Florestan Durand, le groupe propose un style à la fois technique et atmosphérique, mélange de metalcore et de post-rock avec un zeste de style urbain et d’envolées planantes. Après le départ du chanteur Tobias Rische en 2023, c’est Camille Contreras qui a pris la suite au micro, amenant un clair renouvellement dans la production musicale de la formation déjà habituée à innover toujours plus. Leur dernier album « Coda » (2025) donnera bon nombre des titres interprétés devant le public du Durbuy Rock, notamment « All For Nothing« , « Okapi« , « Coda » et « Say My Name« .

Une énergie extraordinaire qui emporte tout sur son passage. Le public est en transe. Jamais de mémoire de chroniqueur on n’a vu autant d’adeptes du crowdsurfing. La sécurité a été mise à rude épreuve pour faire en sorte que tout le monde s’en sorte sans casse. Pendant ce temps-là, les Novelists déroulent leur musique qui déboule comme un tsunami sur le festival. Un très grand moment qui restera dans les annales du Durbuy Rock.

Pendant la dernière partie de cette prestation époustouflante, la pluie fait malheureusement son apparition, d’abord quelques gouttes puis une pluviosité plus forte après la fin du set. Comme l’édition 2026 est en mode open air, les festivaliers se réfugient comme ils peuvent sous les tentes. Je tente de faire une visite éclair dans le pit de la scène secondaire où se produit The Browning en avant-dernier groupe de la soirée. Le son est massif une fois encore, mais la pluie est décidément trop forte pour mon appareil photo. La mort dans l’âme, je décide donc de replier et de faire une croix sur la tête d’affiche  Lord Of The Lost.

De cette magnifique journée de la 29e édition du Durbuy Rock, on retiendra la présence de plus en plus marquée du metalcore, dans des formes parfois très butes de décoffrage. D’excellentes surprises aussi avec Hope As A Weapon et League of Distortion, ainsi que Dogma et Black Mirrors. Un pari réussi puisque les organisateurs publiaient le soir même leur satisfaction par rapport au taux d’affluence. Bref, tous les astres semblent alignés pour nous promettre une 30e édition qui déchire !

Chronique: Anne-Françoise Hustin et Hugues Timmermans
Photos: Hugues Timmermans
Facilitation presse: Durbuy Rock Festival

Laisser un commentaire

Music In Belgium