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HIT HIT HA HANITA

Dignes représentants du noise rock made in Belgium, les Liégeois de It It Anita se bonifient au fil des ans. Bien que baptisé « Hi Hi Ha Ha », leur tout chaud cinquième album est tout sauf une vaste blague. Un Witloof Bar du Botanique blindé pour sa release bruxelloise en a été la meilleure preuve ce mercredi soir.

Coupes mulet, singlets, V-guitar, les Gantois de Cesar Sun ne sont pas à un cliché près. Ils ont assuré la première partie avec la fougue de jeunes loups obligés d’en faire un peu trop pour masquer une identité encore en plein développement. Entre gimmicks metal, pseudo chorégraphies et incursions dans le public, on se sent par moments embarrassés pour eux. Mais tout n’est sans doute qu’une question de carapace car techniquement, ils sont déjà assez balaises. Reste à canaliser leur énergie et à calibrer des compositions psyché-punk-stoner-pop aux détours imprévisibles. Gageons qu’ils sont conscients de leur marge de progression.

En presque quinze ans d’existence, It It Anita s’est taillé une solide réputation bien au-delà de nos frontières, essentiellement à coup de prestations incendiaires. Mais les Liégeois ont aussi parallèlement affiné leurs séances en studio et peuvent se targuer de proposer des enregistrements de plus en plus aboutis. Chapeautée par Amaury Sauvé (dont le nom a donné son titre à l’album de 2021, le dernier à avoir été conçu en quatuor avec Damien Aresta), l’équipe qui entoure le groupe sait parfaitement comment le sublimer. « Hi Hi Ha Ha », mis en boîte au printemps dernier du côté de Laval et récemment publié chez Vicious Records, se profile à ce jour comme le plus chargé politiquement et le plus subtil musicalement.

Plus sombre aussi, comme le démontrera d’emblée « Beef Up », balancé tout de go après une montée sur scène au son du « Diamonds Are Forever » de Shirley Bassey. Entre guitares post-punk et environnement noise, il caractérise parfaitement la direction vindicative du nouvel album. Si les influences semblent moins carrées que par le passé, l’intensité demeure quant à elle toujours omniprésente, comme sur cet hypnotique « Social Dodger ». Entre les deux, « Disgrace » permettra au batteur Bryan Hayart de se dérouiller les articulations. Toujours aussi impressionnant, le gaillard à la coolitude personnifiée bastonne à tout va en mastiquant un chewing-gum le plus naturellement du monde.

Devant lui et dans un mouchoir de poche, le guitariste Michaël Goffard et le bassiste Elliot Stassen se partagent les micros. Rageuse, la voix du premier nommé dicte sa loi mais la façon gutturale dont le second lui réplique muscle les uppercuts envoyés aux tympans du public. Le furieux « 11 », très stoner au demeurant, et le brutal « Cucaracha » en étant deux parfaits exemples sur lesquels le batteur prendra clairement son pied. Un peu plus tôt, l’entêtant « Don’t Bend (My Friend) », qui raconte la dure réalité d’un groupe indie vue de l’intérieur, confirmera l’attrait du trio pour les refrains accrocheurs.

Cela dit, on était surtout descendu au Witloof Bar pour découvrir les versions scéniques des nouveaux titres et la seconde partie du set en sera truffée. Entre un assourdissant « Cassowary » et un « Modern Architecture » à la cacophonie contrôlée, notre préférence ira vers un « Lion Tamer » guidé par une basse glaciale, une rythmique limpide et une voix à la limite de la rupture. Pas étonnant qu’il s’agisse du titre de clôture du set principal dans la foulée d’un « Giving/Taking » à la fois sinistre et bordélique.

Une fois n’est pas coutume, l’ami Bryan ne se retrouvera pas au milieu des spectateurs devant son kit démantelé pour un final par définition chaotique. La configuration du lieu, sold out de surcroit, ne facilitant pas ce type d’initiative. À la place, des rappels en bonne et due forme entamés par la rugosité mélodieuse de « 9 Lives » permettront à une partie des spectateurs de s’échauffer. Avant de franchement pogoter sous les voûtes lors d’un flippant « Sermonizer » et d’un ultime nouveau titre ravageur, le survitaminé « Trevor ». Ces gars-là ne semblent pas près de se calmer…

SET-LIST
BEEF UP
DISGRACE
SOCIAL DODGER
DON’T BEND (MY FRIEND)
11
CUCARACHA
MORE
CASSOWARY
MODERN ARCHITECTURE
KINDA THE SAME
GIVING/TAKING
LION TAMER

9 LIVES
SERMONIZER
TREVOR

Organisation : Botanique

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Music In Belgium