WALK (The) – Wrong enemy
Né de répétitions dans une petite cave strasbourgeoise, The Walk a développé depuis sa conception en 2012 un répertoire intéressant, basé sur un rock alternatif nourri de sonorités folk et blues. Le projet est l’enfant d’Hervé Andrione (chant et guitare) et de Nicolas Beck qui manipule un drôle d’instrument appelé le tarhu. Inventé dans les années 80 par un certain Peter Biffin, le tarhu est une sorte de violoncelle primitif équipé d’une caisse de résonance ronde, ressemblant à une calebasse.
Après l’arrivée de Victor Binot (batterie) et Claudio Dos Santos (basse), The Walk commence à écrire des chansons, dont les premières figurent sur les EP « 1st step » (2013) et « Frozen hands » (2014). Le quatuor se forge une réputation locale avec un jeu de scène énergique et des chansons pleines de force et d’émotion, entre Jeff Buckley et les expériences orientalisantes de Robert Plant.
L’étape suivante était donc naturellement un premier album long format, qui a vu le jour au début de cette année et qui propose une dizaine de chansons aux personnalités bien marquées. La plupart des chansons sont jouées sur un mode assez tranquille mais cette tranquillité apparente laisse toujours sourdre au bon moment une colère intériorisée qui vient affleurer en permanence. On le sent bien avec la lente montée en puissance du premier titre « Sit by the fire », que l’on espère voir exploser à la fin mais qui nous laisse sur notre faim. Mais l’effet est réussi car on découvre grâce à cela le style de The Walk, fait de tendresse blessée, d’interrogations existentielles qui angoissent, de révolte introvertie mais bouillonnante.
Ici, il y aura peu d’éclats de voix ou d’éruptions de guitare, on reste dans le feutré, la contemplation militante et le questionnement réaliste. Le groupe oscille entre rêverie amère et plainte révoltée (« Stand the truth », « Words of wisdom », « A price to pay »), se veut menaçant quand il faut (« Security slap ») et conçoit de belles ambiances progressives sur des morceaux plus longs (« Far from my dreams »).
Raffiné et fiévreux, cet album « Wrong enemy » révèle les qualités compositrices et la grâce d’un groupe concerné par sa musique, qui avance chaque note en l’ayant bien pesée auparavant et évite aisément l’exagération ou la vulgarité. Du travail d’esthète, en quelque sorte.
Pays: FR
Autoproduction
Sortie: 2016/02/01
