KOELLA, Freddy – Undone
« Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile ». Tout le monde se souvient des paroles de cette abominable niaiserie pop qui avait rencontré un succès fracassant dans le Top 50 français en 1984. Qui aurait pu croire que le guitariste qui figurait dans ce groupe appelé Cookie Dingler allait se retrouver en Amérique, jouer avec Willy DeVille ou Bob Dylan avant de sortir des albums solo qui déconstruisent et reconstruisent le blues ? Cet homme, c’est Freddy Koella. Son nom ne dit rien à personne, mais Freddy a quand même réussi un parcours musical hors norme, passant de la pop décervelée à du blues novateur après avoir été musicien de studio et avoir joué entre autres pour Carla Bruni.
Freddy Koella est né à Mulhouse en 1958 et ses parents mélomanes se réjouissent de le voir suivre des études de musique classique au conservatoire dans le but d’embrasser une carrière musicale honorable. Seulement le blues passe par là et frappe l’adolescent au cœur, qui découvre dans les années 70 les maîtres noirs que sont Big Bill Broonzy ou Lightnin’ Hopkins et sur qui passe la deuxième couche personnifiée par Led Zeppelin, les Rolling Stones ou Jimi Hendrix. Dès lors, Freddy Koella se lance dans la musique pas honorable du tout avec son premier groupe pop Virginie, qui ne jouera que trois concerts. Il part à la Nouvelle-Orléans et traîne avec des musiciens cajuns, apprenant à domestiquer l’esprit du blues. Mais le blues attendra puisque Freddy Koella rentre en France et intègre le groupe de copains d’enfance, Cookie Dingler, qui surfe sur la vague de son gros et unique succès commercial, « Femme libérée ».
Devenu menuisier au noir après le succès éphémère de Cookie Dingler, Freddy Koella va voir venir la chance de sa vie en la personne du légendaire Willy DeVille qui cherche un guitariste. Après une douzaine d’années en compagnie de Willy DeVille, Freddy Koella fait encore mieux avec un an de tournée dans l’orchestre de Bob Dylan en 2004. Victime de problèmes de santé, Freddy Koella profite d’une période d’inactivité forcée pour composer son premier album solo, « Minimal ». Cet album acoustique et épuré lui vaut une réputation accrue chez de nombreux musiciens et c’est ainsi que Freddy Koella se retrouve dans l’ombre d’artistes comme Lhasa, K.D. Lang ou Carla Bruni.
Son deuxième album solo, « Undone », sera sans doute l’occasion de se souvenir de Freddy Koella en tant que musicien solo. L’album propose une conception déconstruite du blues, avec une approche très originale. Tout y est lenteur, calme, recueillement. La guitare égrène des arpèges nonchalants, descend le long d’un fleuve tranquille fait de contemplation et de nostalgie. Amateurs de power pop énervée, ce disque n’est pas pour vous. Il s’adresse plutôt à ceux qui aiment glander au bord d’une fenêtre, à regarder la route poussiéreuse et déserte qui passe devant chez eux, à siroter un whisky en attendant une chance qui ne se présentera pas, une femme qui ne viendra pas, un train qui n’arrivera pas. Ce disque fait d’un blues ralenti et dénudé est à la fois d’une grande originalité et possède la simplicité du classicisme. À découvrir.
Pays: FR
Tôt Ou Tard 32285 1 2
Sortie: 2011/01/31
