The Orielles, ambitious pop
En à peine une semaine de rentrée, le Witloof Bar du Botanique a déjà connu une multitude de temps forts. L’Americana grungy de Wild Pink et les arrangements lumineux de Prewn en full band ont ainsi lancé la saison alors que mardi, la pop alambiquée de The Orielles a littéralement retourné l’endroit. Les natifs d’Halifax dans le nord de l’Angleterre venaient y présenter « Only You Left », leur quatrième album.
Il s’agissait presque d’une double affiche car Golomb a tenu la cadence pendant une cinquantaine de minutes sans le moindre répit. Le trio originaire de l’Ohio avait ouvert le Museum l’an dernier à l’occasion du Tough Enough Festival après avoir dansé toute la nuit dans le ferry qui les amenait vers l’Europe. Ce soir, le guitariste Mickey Schuman, son épouse bassiste Xenia Holm et le frangin de cette dernière, le batteur Hawken Holm, ont en effet l’air nettement plus fringants. Ils sont pourtant dans la dernière ligne droite d’une exigeante tournée en support de « The Beat Goes On », leur deuxième long format.
Ils viennent d’être signés sur le label Third Man Records de Jack White, célèbre pour ses principes analogiques et ce n’est que justice tant le groupe vénère les sonorités crasseuses des sixties. Si les harmonies vocales tendent vers les Byrds, les guitares glaciales et l’hypnotique rythmique renvoient invariablement vers The Velvet Underground (« Real Power »). Plus proche de nous, les débuts de Band Of Skulls ne sont pas loin, principalement via la confrontation vocale entre les époux alors que, sur « Take My Life », le mur du son cher à Black Rebel Motorcycle Club n’est pas loin. Léger bémol, cette tendance à laisser traîner en longueur certains morceaux, ce qui finit par en dissiper l’essence. Une erreur de jeunesse, à n’en point douter.
Comme le fera très justement remarquer le guitariste Henry Carlyle Wade, The Orielles s’étaient déjà produits au Witloof Bar. C’était en 2018, juste après la sortie de « Silver Dollar Moment », un premier album aux guitares colorées. « Disco Volador », publié au début du Covid, extrapolera un appétit cosmique dansant à la Stereolab avant de virer expérimental et avant-gardiste sur l’ambitieux double « Tableau » en 2022. Sorti à la fin de l’hiver chez Heavenly, « Only You Left » poursuit une évolution artistique singulière et délibérée.
Entamé au terme d’une intro atmosphérique aussi extensible que prenante, « Wasp » indiquera le chemin. La voix semi-noyée de la bassiste Esmé Dee Hand-Halford rappelant celle de Laetitia Sadier dans un environnement électro-pop envoûtant même si elle sera à deux doigts de nous perdre sur « Embers » via l’utilisation abusive d’un vocoder. Heureusement, les riffs entêtants de l’intenable Henry et la cadence précise de Sidonie Hand-Halford relègueront cette constatation au rang de simple détail.
Depuis leur dernier passage ici-même, la scène a été déplacée au milieu de la salle. Une aubaine pour les musiciens qui ont justement mis au point leur set actuel à l’Institute Of Contemporary Arts de Londres dans cette configuration à 360 degrés. Un set quasi intégralement articulé autour d’« Only You Left » dont seule une plage sera laissée sur le côté. La preuve une fois encore que le groupe privilégie son futur à son passé, d’autant que les seules incursions dans son back catalogue seront puisées dans « Tableau » : « Airtight » et ses délires sonores d’un côté, « Beam/s » à l’approche mi-mélancolique mi-euphorique de l’autre.
L’occasion de découvrir les nouveau titres en mode aléatoire et désormais rôdés pour la scène. Riches et variés, ils jouent parfois à l’équilibriste mais un fil conducteur parvient toujours à les garder en piste. On pense notamment au groove de « All In Metal », aux riffs décapants de « Tears Are » et à la fougue mesurée du sinueux « Three Halves ». Le déchaîné Henry n’y est évidemment pas étranger, lui qui finira par se retrouver en sueur, chemise ouverte jusqu’au nombril et conversant dans un accent à couper au couteau.
Cela dit, les titres les plus réussis seront sans doute les plus dépouillés. « You Are Eating A Part Of Yourself » et « Whenever (I May Not Feel So Close) » bénéficiant d’un traitement délicat sur lequel la voix presque susurrée d’Esmé et les contours rêveurs rappellent les moments introspectifs de Blonde Redhead. Le tout se clôturant sur un pertinent « To Undo The World Itself », parfait condensé d’un set que l’on n’attendait certainement pas aussi captivant.
SET-LIST
WASP
EMBERS
THE WOODLAND HAS RETURNED
ALL IN METAL
AIRTIGHT
TEARS ARE
SHADOW OF YOU APPEARS
YOU ARE EATING A PART OF YOURSELF
WHENEVER (I MAY NOT FEEL SO CLOSE)
THREE HALVES
BEAM/S
TO UNDO THE WORLD ITSELF
Organisation : Botanique
