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The Streets, A Grand (Really) Don’t Come For Free

« A Grand Don’t Come For Free », le deuxième album de The Streets, a célébré le mois dernier son vingt-deuxième anniversaire. Un prétexte comme un autre pour organiser une tournée lors de laquelle Mike Skinner et ses acolytes l’interprètent dans son intégralité. Avec un certain engouement car ce sont deux grandes salles de l’AB qu’ils ont rempli en un éclair.

À l’instar de Hideous et de Lézard la semaine dernière au même endroit pour Jack White, c’est à un groupe du terroir qu’a été confié le soin d’ouvrir la soirée. Timing parfait pour Ila, les Limbourgeois qui viennent d’annoncer pour l’automne la sortie de « Motherland », leur deuxième album. L’occasion de tester l’une ou l’autre nouvelle composition, à commencer par « In My Heart », l’impeccable single avant-coureur sublimé tant par la voix délicieusement rauque d’Ilayda Cicek que par la guitare cristalline de Sam Smeets.

Un peu plus tard, le nettement plus rugueux « Sorry » étalera leur volonté de durcir le ton sans pour autant laisser de côté l’aspect mélodieux essentiel à leurs yeux. Deux titres en tout cas qui ne pâlissant en rien de la comparaison avec les hits indie entêtants que sont notamment « All Again » et « Leave Me Dry ». Une vitrine idéale pour un groupe dont la plupart des spectateurs présents ce soir n’avaient jamais entendu parler… et qui sont repartis conquis. Pour info, la release-party de « Motherland » aura lieu un étage plus haut, au Club, le 28 novembre.

Lorsque Mike Skinner a annoncé une tournée célébrant « A Grand Don’t Come For Free », on s’est demandé la raison pour laquelle il n’avait pas plutôt choisi de revisiter « Original Pirate Material », l’album qui a révélé The Streets en 2002. Un OVNI en avance sur son temps à la croisée des chemins entre hip-hop, 2-step et ska-dub, il contenait surtout la plume de son auteur, alimentée par les comportements sociaux de la classe moyenne britannique et traduits en argot pas toujours châtié. Jason Williamson s’en inspirera d’ailleurs grandement quelques années plus tard au moment de former Sleaford Mods tout comme, dans une moindre mesure, Dizzee Rascal.

Puis on a réécouté « A Grand Don’t Come For Free » et force est de constater que sa cohérence, sa construction et son pouvoir émotionnel en font clairement un chef d’œuvre pimenté d’humour et de références typiquement british. Séquencé en capsules racontant le quotidien d’un type (geezer) qui squatte l’appartement de sa copine sans en toucher une tout en buvant des bières et fumant des joints, il atteindra la première place des classements anglais. Une performance égalée quelques semaines plus tard par « Dry Your Eyes », son seul numéro un du côté des singles.

Pour cette tournée, Mike Skinner a voulu rendre les choses plus vraies que nature. Ainsi, lorsque l’immense rideau qui occultait la scène jusque-là est tombé, on l’a vu entonner « It Was Supposed To Be So Easy » (une histoire de DVD à ramener au vidéoclub et de retrait de cash foireux à un distributeur) une bière à la main devant l’arrêt de bus vert au toit rouge délavé qui orne la pochette de l’album. Entouré de deux lampadaires plus vrais que nature, il occupera la place centrale de la première partie du concert.

Sur « Could Well Be In », Mike prendra ainsi place sur un siège à l’intérieur de l’abribus avant d’être rejoint par Roo Savill, la voix féminine qui lui répondra dans le rôle de Simone (la copine du protagoniste). Juste après, alors qu’il tient le micro dans la main droite, il dessinera sur ses fenêtres un cornet de frites, un Manneken Piss tout personnel (vu pour la première fois lors de vacances en van lorsqu’il était petit) mais aussi le fameux briquet à l’effigie de The Streets, le logo présent sur toutes les pochettes mais malheureusement absent du stand merchandising ce soir.

Mis à part un bide un rien plus proéminent et une calvitie naissante, l’ami Mike n’a pas changé d’un iota. Il manie son flow d’une aisance déconcertante et s’entoure surtout d’un band d’une redoutable efficacité pour une conversion théâtrale et visuelle de la plaque. On a déjà parlé de l’impressionnante vocaliste (cette dispute plus vraie que nature pendant « Get Out Of My House »…) mais celle, davantage soul, de Kevin Mark Trail (« Wouldn’t Have It Any Other Way ») ou franchement hip-hop old school (« What Is He Thinking? ») le soutient également. Ajoutons-y un batteur à la force tranquille, un guitariste, un bassiste et un claviériste sur une scène particulièrement encombrée. Par moments, il laisse tout ce beau monde faire le show tout en profitant du moment depuis l’abribus.

Cela dit, The Streets sans lui, ce n’est pas vraiment The Streets, raison pour laquelle ses interventions valent chaque fois leur pesant de pounds. Sans oublier les standards de l’album : l’addictif « Blinded By The Lights », le destructeur « Fit But You Know It », le désarmant « Dry Your Eyes » interprété au pied d’un des lampadaires. Le tout se terminant sur un « Empty Cans » à deux perspectives. Celle d’un dépressif notoire tout d’abord avant de rebobiner et de recommencer le titre de façon zen et positive. « This is the start of what was ». Un épilogue parfait pour cette première tranche.

Bien entendu, la soirée n’était pas encore terminée et la deuxième partie s’attardera majoritairement sur « Original Pirate Material », rejoignant notre réflexion initiale. Des titres comme « Turn The Page », « Has It Come To This? » et « Weak Become Heroes » n’ont rien perdu de leur fraîcheur malgré près d’un quart de siècle dans la vue. Une preuve supplémentaire de l’avant-gardisme du gaillard qui a entre-temps quitté son costume virtuel de l’album revisité pour redevenir le Mike Skinner que l’on a toujours connu, proche de son public au sein duquel il ne tardera pas à venir se frotter.

Cette seconde partie sera d’ailleurs davantage formattée au timbre vocal de Kevin Mark Trail, particulièrement à l’aise sur le soutenu « Who’s Got The Bag » et le mélancolique « Utopia », deux singles isolés. Et c’est juste au moment où l’on se demandait où était passée Roo Savill qu’elle réapparaîtra pour un somptueux « Never Went To Church », genre de gospel des temps modernes. Elle magnifiera également « The Escapist » dans la foulée pendant que Mike Skinner se prendra d’une obsession soudaine pour les bouteilles d’eau.

Il commencera par en vider une d’une traite, perché sur un retour, avant de ramener le stock qui se trouvait dans les coulisses pour les aligner méticuleusement sur le devant de la scène, tout en continuant à chanter comme si de rien n’était. Il préparait simplement le final qui verra une quinzaine de spectateurs vider les bouteilles en question tels des fontaines humaines en sa direction pendant qu’il crowdsurfait au milieu du public. C’est donc trempé jusqu’aux os qu’il a rejoint ses camarades imperturbables pour boucler un « Take Me As I Am » de derrière les fagots. Watch me as I go, conclut le titre. On n’aurait pas mieux dit…

SET-LIST
IT WAS SUPPOSED TO BE SO EASY
COULD WELL BE IN
NOT ADDICTED
BLINDED BY THE LIGHTS
WOULDN’T HAVE IT ANY OTHER WAY
GET OUT OF MY HOUSE
FIT BUT YOU KNOW IT
SUCH A TWAT
WHAT IS HE THINKING?
DRY YOUR EYES
EMPTY CANS

TURN THE PAGE
WHO’S GOT THE BAG
LET’S PUSH THINGS FORWARD
DON’T MUG YOURSELF
NEVER WENT TO CHURCH
UTOPIA
THE ESCAPIST
HAS IT COME TO THIS?
WEAK BECOME HEROES
TOO MUCH BRANDY
WRONG ANSWERS ONLY
TAKE ME AS I AM

Organisation : Live Nation

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