La Carrière #7: Roche, Tigre et Bashing
Traditionnellement éclipsées par les mastodontes, les structures festivalières plus modestes n’en demeurent pas moins essentielles à l’équilibre de la saison. Plus conviviales, à taille humaine et abordables, ces dernières misent avant tout sur une expérience unique en considérant les festivaliers comme des membres de l’équation à part entière et non comme de vulgaires vaches à lait. Même si, restons terre-à-terre, les ressources financières constituent, aujourd’hui sans doute plus que jamais, le nerf de la guerre.
Parmi ces festivals coup de cœur figurent en bonne place La Carrière dont la septième édition se tiendra les vendredi 21 et samedi 22 août du côté de Bioul dans le Namurois. Désormais à nouveau solidement implanté au cœur du site enchanteur qui l’a vu naître à proximité immédiate d’une ancienne carrière (d’où le nom), l’événement voit défiler chaque année la crème des artistes indé avec lesquels il faut compter. Pas étonnant lorsque l’on sait que parmi les programmateurs figure un certain César Laloux (BRNS, Italian Boyfriend, Ada Oda et plus récemment Coup Dur) au carnet d’adresse plutôt bien achalandé.
Et cette année, ils ont fait très fort en concoctant une affiche particulièrement consistante. On ira même plus loin en affirmant qu’il s’agit sans doute de la plus excitante depuis la première édition. À tel point qu’on en connait qui sont en train de revendre leur ticket du Pukkelpop (qui a lieu le même week-end) pour financer leur séjour à Bioul. Une boutade, bien entendu, le prix du combi étant presque cinq fois moins onéreux, le camping plus pittoresque et le line-up tout aussi international.
Du Québec (Annie-Claude Deschênes, la voix et l’âme de Duchess Says) à l’Australie (l’éminemment sympathique Nathan Roche) en passant par l’Autriche (Cousines Like Shit, deux cousines bien zinzin) et l’Espagne (l’électro hypnotique hyper efficace de Dame Area) l’écrin de verdure namurois sera bien le centre du monde indé ce week-end-là. Les îles britanniques se tailleront toutefois la part du lion en envoyant notamment Holiday Ghosts. Les natifs de Falmouth dans les Cornouailles étaient déjà sur les tablettes l’an dernier mais n’avaient finalement pas pu effectuer le déplacement. Leur pop psyché sucrée exécutée avec beaucoup de conviction ravira les oreilles les plus exigeantes.
Dans un registre plus léger mais tout aussi entêtant, Alice Costelloe coche toutes les cases d’une future tête d’affiche du susmentionné Pukkelpop par exemple. Mais le coup de maître des organisateurs réside à n’en point douter dans la venue de Memorials. Le duo constitué de Matthew Simms (Wire) et de Verity Susman (Electralane), assez avare de prestations live, viendra défendre son très recommandable deuxième album, « All Clouds Bring Not Rain », odyssée psychédélicosmique aux contours sixties.
Bien évidemment, l’armada belge ne sera pas en reste. The Bernadette Maries, les Bruxellois que l’on suit depuis bientôt deux ans à coup de premières parties prestigieuses (Bodega, Ditz, NewDad…), y présenteront en primeur des extraits de leur premier album à paraître à la rentrée. Autre curiosité, le nouveau projet d’Aurélie Muller, figure bien connue de la scène indie noire jaune rouge (Blondy Brownie, River Into Lake, Trésor…) qui se produira sous le pseudo Vilain Tigre, à la portée tant musicale que cinématographique. La BO de son film imaginaire est sortie sur le jeune label Cleo Records qui compte également en ses rangs Oberbaum aka l’envoûtant piano de Lucie Rezsöhazy. On vous recommande chaudement sa dernière livraison, « I Should Be Softer », et un maximum d’attention lors de son set à La Carrière.
Pointons encore le post-punk à vocation mod des Hollandais de Real Farmer emmenés par le charismatique Jeroen Klootsema. Le punk expérimental mais toujours spontané et touchant du Wild Classical Music Ensemble et la pop alambiquée des délirant Lillois Yolande Bashing ne seront pas en reste. Tout comme, dans une veine empreinte de zénitude, la vision décontractée de DC Lou et le minimalisme délibéré de Vérité Synthétique.
Cela dit, les habitués le savent, La Carrière ne se limite pas à une succession de concerts dans un cadre bucolique. Les organisateurs mettent ainsi un point d’honneur à consommer local. Les ravitaillements riment avec circuit court : bières, softs, bulles, plaisirs caféinés mais aussi des food trucks sélectionnés et un brunch on ne vous dit que ça (sur réservation). Vous le voyez, tout est mis en place pour chérir les festivaliers dans un cadre bienveillant.
La Carrière #7 se déroulera les 21 et 22 août à Bioul. Infos, tickets et détails sur le site officiel de l’événement. Les routes de campagne menant au site étant particulièrement dangereuses la nuit, on vous recommande le camping et ainsi vivre pleinement une expérience dont vous nous direz des nouvelles.
