Jesus He knows Tom Smith
Tout auréolé d’un premier album solo après plus de vingt and d’Editors, Tom Smith n’a pas fait dans la demi-mesure. Cinq dates sold out en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire étaient en effet au programme de sa tournée belge. La magnifique Theaterzaal du Vooruit de Gent mise à part, il s’est exclusivement produit dans des églises. La Sint-Jacobskerk de Brugge, l’Église Saint-Jacques de Liège et Notre-Dame de Laeken par deux fois. C’est la première de ces deux dates bruxelloises que nous relatons ici…
Un majestueux édifice au sein duquel le Botanique organise de temps à autre des événements minutieusement sélectionnés. On a notamment toujours en mémoire la magistrale prestation d’An Pierlé lors des Nuits 2017. Plus proche de nous, Matt Berninger et Mary Lattimore ont également fait vibrer la bâtisse de style néo-gothique à l’acoustique parfaite malgré ses voûtes culminant à près de cinquante mètres de hauteur. Il ne fait aucun doute que l’artiste et son entourage ont pris le temps de l’admirer avant de déballer leur matériel.
Tom Smith en concert solo, cela n’arrive qu’une fois toutes les lunes. On se souvient ainsi de lui à Tour & Taxis dans le cadre d’une PIAS Nite en 2012 et d’un set exclusif devant les cuves du Brussels Beer Projet un soir d’octobre 2015 lors de la présentation de la Salvation, une bière concoctée par les membres d’Editors. Au rayon discographique, s’il avait déjà publié deux albums associé à son camarade Andy Burrows, « There Is Nothing In The Dark That Isn’t There In The Light » est sa première véritable collection personnelle à laquelle il pensait depuis un moment.
Un titre kilométrique qu’il développe à foison sur le très réussi « Deep Dive », plage d’intro du disque et d’un set kilométrique qui le verra dans un premier temps se concentrer sur une poignée de nouvelles compositions. Positionné au chœur de l’église, on pourrait presqu’imaginer une vision gospel de l’entêtant « How Many Times » alors que le tristounet « Endings Are Breaking My Heart » mettra en avant son impressionnante voix caverneuse. Assis une guitare acoustique entre les mains à côté d’un thé fumant (et d’une bière brune mais on ignore s’il s’agit d’une vieille canette de Salvation), il se retrouve par défaut nettement moins expansif qu’à l’accoutumée.
Un acte délibéré puisque pour cette tournée intimiste, il est accompagné de son ami Nick Miles à qui il laisse la liberté d’étoffer les versions dépouillées proposées aux fidèles. Et à ce niveau, ce dernier tirera son épingle du jeu, que ce soit à la guitare, aux claviers ou à l’harmonica. On appréciera d’ailleurs tout particulièrement les accords slide qu’il réserve à sa six cordes, pourvoyeurs d’une atmosphère presqu’hantée à la Nick Cave. Comme sur le sinistre « The Weight », choisi peut-être pour la pertinence de son refrain (« Everyday I Pray »).
Car oui, plus de la moitié du set sera composé de morceaux d’Editors réarrangés pour l’occasion. Mais à l’exception d’un méconnaissable « All The Kings » mélancolique à souhait et d’un « Honesty » introspectif, voire d’un enivrant et puissant à la fois « The Phone Book », on ne peut pas dire qu’il ait pris énormément de risques. La plupart des titres figurant systématiquement sur les set-lists de son groupe principal (« No Sound But The Wind », « An End Has A Start », « Munich »…). On retiendra tout de même la limpidité de « What Is This Thing Called Love » et les détours troublants de « Blood » (on aurait bien rajouté « ceci est mon sang »…). Quant à la version downtempo de « Papillon », elle mettra en avant la chaleureuse voix de Nick Miles et un « If there really was a God Here » curieux pour l’endroit.
Comme pour mieux s’imprégner de la teneur des compositions, l’ami Tom chante quasi systématiquement les yeux mi-clos. Il n’appréciera donc pas à leur juste valeur les jeux de lumière discrets magnifiant l’intérieur de l’édifice. À ce propos, « Souls » et son harmonica à la « The River » sera sans doute le nouveau titre qui se mariera le mieux avec l’environnement céleste du jour. Dans la foulée, le duo de guitares acoustiques cristallines de « Broken Time » rattrapera aisément le maladroit yodel d’un « Life Is For Living » pourtant impeccable jusque-là. « Northern Line » en piano-voix sublimé par l’acoustique de l’endroit se défendra également particulièrement bien.
La fin du set sera marquée par deux titres signés Tom seul à la manœuvre. Une cover enjouée du « It Ain’t Me, Babe » de Bob Dylan (rehaussée d’un clin d’œil à Timothée Chalamet en passant). Mais surtout « The Hills We Died Upon », un lumineux titre inédit qui devrait figurer sur le huitième album d’Editors à sortir en fin d’année. De retour sur scène, Nick Miles adoptera son attitude slide pour un excellent « Lights Of New York City, ultime nouveau titre joué ce soir avant d’envoûter le classique « Smokers Outside The Hospital Doors » de son harmonica. Un final sans surprise, certes, mais qui a eu son petit effet sur un public toujours aussi alerte près de deux heures après le début du concert. Une sacrée performance, à l’instar de l’endroit…
SET-LIST
DEEP DIVE
HOW MANY TIMES
ENDINGS ARE BREAKING MY HEART
ALL THE KINGS
THE WEIGHT
LIFE IS FOR LIVING
HONESTY
NO SOUND BUT THE WIND
SOULS
BROKEN TIME
THE PHONE BOOK
WHAT IS THIS THING CALLED LOVE
NORTHERN LINE
AN END HAS A START
BLOOD
LEAVE
MUNICH
OCEAN OF NIGHT
PAPILLON
IT AIN’T ME, BABE
THE HILLS WE DIED UPON
LIGHTS OF NEW YORK CITY
SMOKERS OUTSIDE THE HOSPITAL DOORS
Organisation : Botanique
