bdrmm in (rock) action mode
Les groupes qui choisissent de se nommer sans voyelles se heurtent à deux options : full majuscules ou minuscules ? Partisans de la seconde catégorie, les Anglais de bdrmm ne poussent toutefois par le délire jusqu’à baptiser leurs albums de la sorte. Le récent petit dernier ne s’appelle donc pas mcrtnc mais bien « Mictoronic » et ils sont venus le présenter à l’Orangerie.
Mais avant de détailler tout cela, quelques mots sur le nouveau concept assumé du Botanique quant aux concerts du dimanche soir. À l’instar de ceux organisés dans le nord de la France, ils débutent aux alentours de 18h pour se terminer de bonne heure. Un bonus pour ceux qui travaillent le lundi matin, certes, mais aussi l’opportunité de passer son dimanche après-midi dans le parc ou, si le temps ne le permet pas, de visiter l’une ou l’autre expo sous les serres. Le risque, pour ceux qui ne vérifient pas les horaires, étant d’arriver sur place lorsque tout est terminé.
Visiblement rien de tout cela ce soir mais lorsque les gaillards d’Honesty sont montés sur scène pour ouvrir les festivités, la salle ne grouillait pas encore de monde. Pourtant, le visuel valait clairement le détour grâce à cette immense moustiquaire placée à l’avant de la scène sur laquelle étaient projetées d’impressionnantes images en plusieurs dimensions. Parallèlement, la plupart des textes chantés sur des rythmes électroniques s’y retrouvaient par bribes. On vous rassure, le show du trio originaire de Leeds (qui devient un quatuor lorsqu’un rappeur aux dreadlocks généreuses vient déclamer ses parties) n’avait rien d’un karaoké géant.
Curieuse formation que ce collectif aux multiples collaborations artistiques, qu’elle soient visuelles ou musicales. Portée par des bidouillages synthétiques et des percussions marquées, leur essentielle fibre orientée dancefloor leur a valu l’opportunité de signer nombre de remixes pour leurs pairs. Pas aussi planant qu’Archive car nettement plus enlevé mais leur philosophie ne semble pas si éloignée que cela des Londoniens. Ils viennent de sortir un surprenant premier effort, « U R Here » et pourraient bien devenir une des révélations de ce début d’année.
Si le premier album de bdrmm était paru sur le dynamique label Sonic Cathedral, ils sont depuis devenus les protégés de Mogwai chez Rock Action. En mai 2022, on les a d’ailleurs croisés en première partie de la bande à Stuart Braithwaite à l’AB. Depuis, ils ont déjà publié deux albums dont « Microtonic » à la toute fin du mois de février, qui amorce un virage électronique en complément de leurs racines shoegaze. Encore que, après une intro au son du « Angel » de Massive Attack, la longue et envoûtante plage titulaire instrumentale du nouveau disque entamera les débats en mode plutôt chill.
Celle-ci fera naturellement place à « Clarkycat » presque dans la même veine, accentuant le contraste entre des nappes synthétiques lumineuses et une voix plutôt ténébreuse. Un titre en crescendo retenu particulièrement addictif auquel un imparable et speedé « Push/Pull » viendra se greffer pour un moment d’une rare intensité. C’est aussi le moment que choisira le guitariste Joe Vickers pour ôter son hoodie et arborer une chevelure rougeâtre.
Positionné au centre de la scène entre le chanteur guitariste Ryan Smith et son frère bassiste Jordan Smith, il capte la majorité des regards. Chacun dispose par ailleurs d’une machine ou de claviers à portée de main, ce qui permettra à « John On The Ceiling » (apparemment inspiré par le célèbre poète punk John Cooper Clarke) de passer au stade supérieur. Sans oublier le batteur Conor Murray qui, bien qu’en retrait, apporte une base rythmique essentielle à la structure des compositions.
Un début de set en fanfare et une cadence que le groupe aura bien du mal à maintenir. Une constatation récurrente qui les poursuit depuis notre première rencontre avec eux au festival Left Of The Dial de Rotterdam en 2021. Des moments de pure grâce (l’inspirant « Be Careful », « Lake Disappoinment » et sa basse proéminente) succèdent ainsi à d’autres plus anecdotiques (le relativement fade « Standard Tuning », le pétard mouillé « The Noose »). Sans doute une des raisons pour laquelle le public se montrera particulièrement calme et respectueux entres les morceaux.
On l’a dit, la classification shoegaze qui leur colle à la peau, bien que toujours bien présente par moments (ce « If… » toutes guitares en avant) a tendance à se dissiper ou à muter en faveur d’autres directions tout aussi pertinentes. Qu’ils se la jouent dream pop (« Infinity Peaking ») ou franchement electro (« Snares » et son phrasé parlé en final du set principal), ils parviennent à tirer leur épingle du jeu. À ce propos et dans le même ordre d’idées, la collaboration avec Working Men’s Club qui ouvre « Microtonic » vaut son pesant de déhanchements mais sera délaissée ce soir. Mention encore au sombre « Sat In The Heat » alors que certaines parties d’« It’s Just A Bit Of Blood » renvoient au « Around » d’Annabel Lee (et on ne dit pas ça parce qu’Audrey Marot se trouvait dans la salle).
Les rappels démarreront de manière plutôt inhabituelle par un petit shot d’une boisson non identifiée (mais visiblement revigorante vu les grimaces…) entre les musiciens. De quoi les rebooster pour un « Happy » bien punchy et un intense « (Un)Happy » qui sera sans doute le plus shoegaze du lot. La soirée se bouclera sur un « Port » caractérisé par un beat métronomique, une basse flippante et une anticipation millimétrée. À boire et à manger, donc…
SET-LIST
MICROTONIC
CLARKYCAT
PUSH/PULL
JOHN ON THE CEILING
IS THAT WHAT YOU WANTED TO HEAR?
LAKE DISAPPOINTMENT
BE CAREFUL
STANDARD TUNING
IF…
INFINITY PEAKING
THE NOOSE
IT’S JUST A BIT OF BLOOD
SAT IN THE HEAT
SNARES
HAPPY
(UN)HAPPY
PORT
Organisation : Botanique