VARIOUS ARTISTS – Visions of an Inner Mounting Apocalypse – A Fusion Guitar Tribute (Tribute to Mahavishnu)
La difficulté de ce type de production, au départ toujours intéressante, reste de ne pas dénaturer l’œuvre d’origine et d’en conserver la carrure.
Une formation aussi essentielle que le Mahavishnu Orchestra, fondée et menée par John McLaughlin, justifie pleinement un hommage, tant elle a provoqué un séisme dans le monde musical du « Rock » et du « Jazz », dès le début des années 1970. Depuis, elle en est une incontournable référence.
Pour resituer l’histoire de ce groupe et mieux appréhender son importance, je renvoie le lecteur à la rubrique Biographie de ce même site.
Pour débuter, voici le détail des titres présentés (61’49) :
- « Birds of Fire » (6’47) (3)
- « Can’t Stand Your Funk » (6’43) (4)
- « Celestial Terrestrial Commuters » (4’46) (3)
- « Meeting of the Spirits » (6’51) (2)
- « Jazz » (4’53) (5)
- « Dawn » (6’34) (2)
- « Lila’s Dance » (5’22) (4)
- « Faith » (5’47) (4)
- « Dance of Maya » (6’16) (2)
- « Follow Your Heart » (7’46) (1)
Tous sont des compositions de John McLaughlin et les versions originales proviennent des albums ci-dessous :
- (1) 1 titre de « My Goals Beyond » (Mahavishnu John McLaughlin) (1970)
- (2) 3 titres de « The Inner Mounting Flame » (1971)
- (3) 2 titres de « Birds of Fire » (1972)
- (4) 3 titres de « Visions of the Emerald Beyond » (1974)
- (5) 1 titre de « Mahavishnu » (1984)
En fait, toutes ses pièces sont jouées par un quatuor de base, mené par le producteur et arrangeur de cet ouvrage, Jeff Richman, et complété de quelques solistes de renoms aux guitares, plus, sur quatre titres, du violoniste originel des trois premiers albums repris ici, Jerry Goodman.
En voici tous les noms :
- Jeff Richman : Guitares (solo sur 5)
- Mitchel Forman : Claviers (solo sur 1, 4)
- Kai Eckhardt : Basses (solo sur 10)
- Vinnie Colaiuta : Batterie (solos sur 1, 9, 10)
+ - Jerry Goodman : Violon solo (2, 6, 7, 9)
- Steve Lukather : Guitare solo (1)
- Mike Stern : Guitare solo (2)
- Steve Morse : Guitare solo (3)
- Jimmy Herring : Guitare solo (4)
- Frank Gambale : Guitare solo (6)
- Warren Haynes : Guitare solo (7)
- David Fiuczynski : Guitare solo (8)
- Greg Howe : Guitare solo (9)
- John Abercrombie : Guitare solo (10)
Pour information, outre Jerry Goodman, Mitchel Forman a également fait partie du Mahavishnu Orchestra, mais dans la version des années 1980. Kai Eckhardt fut membre du John McLaughlin Trio à la fin des années 1980 (quel souvenir d’ailleurs que leur concert à Huy, en 1989, avec également le percussionniste Trilok Gurtu !). Vinnie Colaiuta participa, en 1995, aux albums « Promise » de John McLaughlin et « In from the Storm », en hommage à Jimi Hendrix, avec le splendide « The Wind Cries Mary », joué par John McLaughlin, Sting, Dominic Miller et Vinnie Colaiuta.
Autant le dire d’emblée, surtout pour le connaisseur du répertoire du Mahavishnu Orchestra, l’ensemble apparaît parfois un peu adouci et lissé, particulièrement pour les titres des deux premiers albums. Evidemment, cela ne remet jamais en cause la valeur des instrumentistes et des titres. Mais, même lorsqu’il y a déchaînement, celui-ci paraît plus domestiqué.
En suivant l’ordre de la publication des albums initiaux :
- « Follow Your Heart » provient de l’album préparatoire au Mahavishnu Orchestra, « My Goals Beyond ». A l’origine, l’ambiance y est plutôt à la méditation et aucune trace de délire guitaristique et d’électricité n’apparaît encore. Une pièce idéale pour un guitariste comme John Abercrombie, qui a calmé son jeu depuis bientôt trente ans et est d’ailleurs devenu fidèle, depuis tout aussi longtemps, aux ambiances plus feutrées du catalogue E.C.M. Cette pièce, fortement rallongée (l’originale fait 3’15), s’avère peut-être une des plus réussies dans le sens où la version de John McLaughlin se retrouve ici agréablement remodelée, modernisée, plus enrobée et mêlée à ces atmosphères propres à E.C.M. Cette plage offre aussi un majestueux solo du bassiste Kai Eckhardt dans la première partie. Vinnie Colaiuta y va de son solo dans la seconde partie.
- Des albums « The Inner Mounting Flame » et « Birds of Fire », quasiment inégalables, aucun titre n’atteint vraiment la dimension originelle. En effet, Mitchel Forman, aux claviers, ne joue jamais ce répertoire des années 1970 comme Jan Hammer ou même Stu Goldberg, mais d’une manière plus « Jazzy », plus enveloppée, comme il le jouait en fait dans les années 1980. Vinnie Colaiuta, d’une compétence indiscutable, n’a pas toujours la flamboyance d’un Billy Cobham ou d’un Michael Walden. Par contre, Jerry Goodman retrouve toutes ses marques et continue de faire vibrer. Bref, le feu, le délire et la force des pièces originales transparaissent plus rarement.
Dans « Meeting of the Spirits », Jim Herring respecte plutôt la ligne de John McLaughlin. Dans « Dawn », Frank Gambale (Vital Information, Chick Corea’s Electrik Band) mixte merveilleusement son propre style avec celui de McLaughlin ; ces interventions avec Jerry Goodman sont mirifiques. Elles le restent avec « Dance of the Maya », où Greg Howe, sans choquer, imprime son habituel cachet plus spécifiquement « Hard ».
Dans « Birds of Fire », le guitariste de Toto, Steve Lukather, apparaît peu inspiré. Par contre, dans « Celestial Terrestrial Commuters », Steve Morse, ce caméléon qui n’a jamais semblé effrayer par les répertoires les plus ardus, s’avère éblouissant et voltigeur de bout en bout.
- De l’album « Visions of the Emerald Beyond », « Can’t Stand Your Funk », joué par Mike Stern, impeccablement soutenu par la basse et la batterie, se présente limpide, propre, tout en finesse, coulé, exactement comme … du Mike Stern en solo. Jerry Goodman apparaît discret dans cette pièce, à l’origine interprétée par Jean-Luc Ponty. « Lila’s Dance », avec un impressionnant Warren Haynes (Allman Brothers Band, Gov’t Mule), et « Faith » gardent toute la puissance, le muscle et la flamboyance des versions originales avec des instrumentistes impressionnants.
- « Jazz » porte bien son nom. Le Mahavishnu des années 1980 n’invente plus vraiment et colle plus sa Fusion, moins « Rock », au paysage de son époque. Un morceau dont l’esprit et la rondeur s’adaptent probablement plus facilement. Jeff Richman et ses trois compères, tous ex-collaborateurs de John McLaughlin, interprètent impeccablement cette pièce.
En définitive, un album intéressant, mais au goût légèrement amer, qui ne fera absolument pas oublier les albums géniaux du Mahavsihnu Orchestra créés dans les années 1970.
Pays: US
Mascot Records M 7117 2
Sortie: 2005/06/28

« Better than the originals ! » – voilà ce qu’un grand fan du Mahavishnu pourrait dire – Et c’est ce que je dis… arf 😉
Les compositions exceptionnelles de John Mac Laughlin sont interprétées avec la puissance et le son qu’on attend de tous ces talentueux musiciens/guitaristes qui peuplent cet album – merci à Mike Varney pour le concept et la production (on se rappelle les 2 exceptionnels MVP avec Frank Gambale et Allan Holdsworth – extraordinaires quasi-lives en studio ultra inspirés et techniquement holocaustiques)… c’est un bijou, je crois que je préfère même certaines versions de ce disque aux originaux du Mahavishnu, c’est tout dire… Steve Morse est géant sur Celestial Terrestrial Commuters, Mike Stern déchire tout sur Can’t Stand Your Funk (voilà un homme qui sait phraser), Frank Gambale donne un cours de violente improvisation sur Dawn, John Abercrombie nous fait une formidable dentelle sur Follow Your Heart (il manque un Metheny pour concurrencer cette magnifique interprétation… John est fantastique), Jimmy Herring se lâche vraiment très fort sur Meeting of the Spirits, vieux style et gros feeling de Jeff Richman sur Jazz, Warren Haynes casse du gros blues sur Lila’s Dance, David Fiuczynski nous lâche un gros style fusion très puissant et bruitiste comme à son habitude sur Faith, Greg Howe est pur style metal enlevé sur Dance of Maya, et merveille des merveilles (jimmy et maclo sont pas seuls au panthéon des canonisés…), Steve Lukather nous arrache littéralement la plus belle version de Birds of Fire que je puisse personnellement imaginer… tout simplement explosif, extra-terrestre… du vrai progressif, du grand Luke, qui donc ne nous a pas tout donné en 30 ans de TOTO (l’exemple ultime du groupe qui sonne – merci Luke, on ne le dira jamais assez).
Le quartet Colaiuta / Eckhardt / Forman / Richman est fantastique, très gros son, hypra volubile – Mitchell Forman est toujours un des meilleurs clavier du monde – et la présence de Jerry Goodman nous montre que Mahavishnu’s not dead… il détruit tout, avec des graviers – avec l’âge aidant, on a l’impression que sa violence expressive naturelle atteint des sommets. Ça phrase ultra méchant, une émulation cyclopéenne… c’est bien un tribute au Mahavishnu.
Un disque énorme – je le recommande chaudement – qui ne m’a pas déçu… les productions de Mike Varney tiennent leur niveau de qualité.
Je pense que la compétition est lancée, et que le Mahavishnu Orchestra devrait se reformer afin d’essayer de faire aussi bien que ce disque « de reprises » – arf ! hallucinant…
Juste un truc : évidemment, l’orchestre symphonique sur Apocalypse, en 1974, était d’un céleste onirisme… ici, pas d’orchestre, mais on ne leur en veux pas… ça sera pour la prochaine.
Les arrangements de John Mac Laughlin valent toujours leur pesant d’or… 24 carats.