SILENCE KIT – Pieonear
Composé de Boris B., guitares, ice & ghost guitar, random guitar noise, home made guitar samples and stuff (?), Fedor D., guitares, flying guitar, two-faced guitar, piano, Sergey Ledovski, batterie, percussions, Sergey Bogatov, basse, Yaroslav Kovalev, violoncelle et contrebasse, le groupe russe Silence Kit a sorti cet album fin de l’année dernière.
« lemonsmellstreet », la rue à l’odeur de citron, commence comme une sonate pour piano et se divise en quatre parties : une merveilleuse minute d’inspiration classique, deux minutes trente d’excitation frénétique sans objet, histoire de dire : « Nous, on sait tout faire », puis une remarquable partie expérimentale de sept minutes trente, en partie chantée (Helen Fitzpatrick d’abord, en voix irréelle, Fedor D. ensuite). Les bruitages divers côtoient des effets électroniques. Nul doute que les Russes ne sont pas toujours des barbares et qu’ils sont à l’écoute de ce qui se fait ailleurs. Comme leur technique instrumentale est irréprochable, c’est le résultat de leur sensibilité qu’il nous est donné d’écouter et de juger. Bien que d’une approche différente, elle n’a évidemment rien à envier à celle de la « civilisation » occidentale et on se rend compte combien la musique peut rapprocher les peuples. Ce n’est pas son moindre mérite. Laissez filer votre esprit, la nuit de préférence, bien sûr, car à ce moment les perceptions sont exacerbées, vous m’en direz des nouvelles. Au cours des trois dernières minutes, histoire de mettre fin à la musique ambient, la musique rock électrique reprend ses prérogatives. Tout à la fin, on entend passer un tram, son irréel qui situe le tout dans son contexte temporel …
Pendant plus de trente-huit minutes, « Psychoparasite » est un amalgame de sonorités magnifiques dominées par les instruments à cordes. Progressivement, ça devient plus électrique, la batterie, les percussions et les guitares surgissent pour donner le tempo. Après huit minutes, ça devient plein d’emphase, puis on simule un dysfonctionnement de la technique. C’est juste un effet surprenant de plus. Tout de suite après, on a droit à un thème plus calme où la contrebasse est utilisée à bon escient, puis à des effets qui jouent sur la résonance, suivis par une attaque classique à la guitare électrique, où les variations sur les thèmes de départ sont retravaillés par le groupe entier. C’est à la fois jazz par les improvisations, rock par le rythme et classique par le jeu rigoureux des instrumentistes. C’est une remarquable très longue pièce mais elle n’est jamais ennuyeuse, tant les coups de théâtre sont nombreux. Après une accalmie, la deuxième moitié génère des sons très éthérés qui s’égrènent en douceur. C’est de l’ambient à la Brian Eno en version russe. C’est le moment de laisser voguer la galère et de se concentrer sur ses propres perceptions. C’est comme un long voyage initiatique parsemé de stimulations intermittentes. Chaque fois que l’on croit être arrivé, on repart pour une destination inconnue encore plus perturbante. Les quatre dernières minutes rendent la main à la musique rock avec guitares. Elle part dans un crescendo ponctué par le son du violoncelle. C’est tout simplement sublime ! Cela se termine sur le mode mineur dans un canevas classique rythmé par la batterie et le violoncelle. Ce n’est pas nouveau ? Le blues non plus. Vous viendrait-il à l’esprit de taxer le grand Johnny Winter de passéiste ? La bonne musique n’a pas d’âge, ne se démode jamais et a toujours sa justification.
« Lemon Smell Street », la rue à l’odeur de citron, s’écrit cette fois en trois mots. Ce n’est pas cela qui fait avancer les choses sur le plan musical mais c’est le nom de la firme de disques. Autant faire sa propre pub. Cela débute par des percussions et des bruitages déroutants, l’homme aux prises avec la machine, en quelque sorte. Après une très courte interruption, la musique se déroule en douceur et le violoncelle fait de nouveau des prouesses. Quel bel instrument, trop peu utilisé. On en écouterait pendant des heures. Il est la vedette de ce début de morceau de plus de dix-huit minutes, bien construit, bien interprété. Cette complainte recueille les fruits de cette élaboration savante très bien préparée. Quelques bruitages subsistent pour faire couleur locale mais vers la moitié, le côté musical reprend le dessus, suivi par les percussions. D’autres bruitages leur succèdent, d’autres battements de tambours empruntent une autre direction pour défricher d’autres méandres inexplorés, plus subtils, plus nombreux, plus déroutants, presque hypnotiques. Le ton monte, le rythme s’accélère, le violon se démarque, les instruments s’ajoutent en couches successives dans un crescendo rageur dont la dynamique s’installe pour parachever le travail à la batterie. On est plongé dans un mélange de sonorités folles, dans un magma de distorsions et de bruits sourds, pour terminer en catimini sur le ton de la confidence, toute tension maîtrisée.
Une vraie découverte !
Pays: RU
lemonsmellstreet autoproduction
Sortie: 2004
