THESAINTCYR – I’m waiting for the black day
Il paraît qu’il faut coller ensemble les trois mots qui constituent le nom de ce groupe parisien, que l’on doit prononcer The Saint Cyr, en référence à la célèbre école militaire française. Ils ont eu beau s’inspirer d’un nom qui évoque immanquablement le bruit des chenilles de chars crissant dans la boue glauque des champs de manœuvre, les trois musiciens de Thesaintcyr ne font pas cependant dans la marche militaire ou les sonneries au clairon. Non, le credo de ce groupe serait plutôt la cold wave ou le post punk.
Cold wave, post punk, des noms qui remontent à très loin dans les mémoires, à l’époque de ces années 1978-82 qui virent la métamorphose du punk rock, style explosif et primaire, se faire vers quelque chose de plus élaboré, de plus détaché, de plus intellectuel. Le post punk sera définitivement catalogué en new wave vers 1982 mais entre-temps, il avait réussi à produire des groupes bien plus intéressants que les niaiseries new wave commerciales qui envahiront les radios et les télés à partir de 1982. Les grands patrons de ce style furent bien sûr Joy Division et The Cure, qui ont si bien su traduire dans leur musique froide la colère, la mélancolie ou la tristesse romantique, et dont l’exemple est aujourd’hui suivi par Thesaintcyr.
Formé en 2007 par Sébastien Crepinior et Yann Bellot, Thesaintcyr cherche à retrouver ces sonorités post punk et new wave, des genres qui semblent revenir au goût du jour sous l’influence de clones de Joy division qui ont actuellement le vent en poupe, comme Editors ou The XX. Un premier EP « Wave factory » connaît en 2009 un petit succès parmi les milieux gothiques et monte même jusqu’à la cinquième place d’un site de téléchargement en Finlande (normal, on ne se marre pas beaucoup là-bas…). Yann Bellot déclare forfait en 2010 et Sébastien Crepinior remonte en 2011 une nouvelle version de son groupe avec son frère José Crepinior (claviers) et Flora Fischer (claviers, basse, guitare).
Le trio enregistre son premier long format aux studios du Poisson Barbu, avec une production signée Léonard Mule et une batterie manipulée par Jessy Rakotomanga. La cold wave qui figure dans ce « I’m waiting for the black day », loin de s’enfoncer dans les empreintes de Joy Division ou The Cure, parvient au contraire à retirer son épingle du jeu avec une personnalité certaine et des compositions intéressantes et variées. Au départ volontiers jazzy (« Cendrillon »), le disque révèle toute sa variété avec un « The lord » solide dans ses bottes ou un « The dream is sad » aux circonvolutions orientalisantes et hypnotiques. L’angoisse pure hurlée dans « Lost part 1 » tranche avec le piano quasi dansant de « Lost part 2 », mais Thesaintcyr est capable d’autres surprises avec un « No tears, no work » volé aux Cure ou le tango décadent de « Soft riot ». « Forever ghost » est d’une tristesse fantomatique et « Final » termine l’album sur des ambiances dignes des films de John Carpenter.
Thesaintcyr commet ici un bon petit album, qui aurait cependant gagné à être plus angoissant ou encore plus sombre mais qui a surtout le mérite d’éviter la caricature en se distanciant de l’influence de The Cure pour explorer des voies un peu plus personnelles. C’est encourageant, le groupe peut mieux faire et il ne fait aucun doute qu’il marquera davantage son territoire lors de son prochain album. Enfin, c’est ce qu’il faut espérer.
Pays: FR
Autoproduction
Sortie: 2012/10/10