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CLARK-HUTCHINSON – Free to be stoned

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Andy Clark et Mick Hutchinson se connaissent depuis longtemps en cette fin des années 60 où ils jouent ensemble dans divers combos R ’n’ B. Mick Hutchinson était déjà dans le business musical depuis 1962 et ses enregistrements avaient de nombreuses longueurs d’avance, d’après les dires du célèbre DJ John Peel. Hutchinson s’intéresse très vite à la musique indienne et ne commence à se produire en public qu’à la faveur de l’ouverture de la scène underground. Vers 1966, on voit Mick Hutchinson évoluer dans le groupe de Sam Gopal qui participera au légendaire 14 Hour Technicolor Dream à l’Alexandra Palace de Londres lors de l’été 1967 (l’équivalent anglais du premier Human Be-in californien en janvier 1967). On voit aussi Mick Hutchinson jouer dans des clubs tels que l’UFO, l’Happening 44 ou le Middle Earth à Covent Garden. Son style orientalisant impressionne et il affirme sa maîtrise du raga indien, alors à la mode grâce aux Beatles et à Ravi Shankar. Après avoir quitté Sam Gopal, Mick Hutchinson rejoint son vieux camarade Andy Clark au sein de Vamp, un combo créé par Viv Prince, l’ex-batteur des Pretty Things. Ce groupe disparaît après un 45 tours mais Clark et Hutchinson restent ensemble pour enregistrer leur premier album « A=MH² ».

Ce premier effort est assez insolite en son genre. Uniquement instrumental, composé de cinq titres très long (10 minutes en moyenne), il aligne les prouesses de Mick Hutchinson à la guitare, dans des registres aussi divers que le raga indien, la guitare espagnole, le boléro électrique. Enregistré sur deux jours aux Recorded Sounds Studios de Londres, les deux musiciens utilisent toutes sortes d’instruments, du piano jusqu’au saxophone en passant par les maracas et même une cornemuse. La guitare est évidemment la maîtresse du jeu et elle achève les oreilles et les esprits avec le morceau de clôture « Improvisations on an indian scale ». Cet album fait une telle impression à sa sortie qu’il devient le best-seller de Nova, la filiale progressive de Decca.

Pour le deuxième album, Clark et Hutchinson s’entourent de Stephen Amazing à la basse et Del Coverley à la batterie. L’album « Retribution » sort sur Deram en 1970 et démarre avec une authentique tuerie électrico-stratosphérique appelée « Free to be stoned ». Andy Clark beugle comme un dément qu’il veut être stoned et la guitare d’Hutchinson flingue le silence comme un pistolero zélé qui abat ses victimes au canon antichar de 37 mm plutôt qu’au minable 6,35 à silencieux. Là-dessus, la section rythmique plaque une ambiance hendrixienne qui termine de faire de ce morceau le titre psych-freak-électro-pop déjanté ultime de l’histoire de la galaxie. Buveurs d’eau pétillante, s’abstenir. La libre expression et la jam-session décomplexée sont les maîtres mots de cet album qui chatouille à la fois le rock pêchu, le jazz (« After hours »), la ballade stonienne revitaminée (« Best suit ») ou le psychédélisme loufoque à la Zappa (« Death, the lover »).

Le dernier album de Clark-Hutchinson, « Gestalt », est enregistré la même année. Le titre fait référence à la théorie allemande qui montre le Gestalt comme un ensemble qui ne peut être décrit comme uniquement la somme de ses composants. Ce concept forme la base de la psychologie. Comme quoi, Clark-Hutchinson vont assez loin dans le délire. A nouveau, tous les genres sont tentés : mélange de guitare classique espagnole et de heavy rock (« Man’s best friend »), plainte éraillée sur fond de saxophone décalé (« Love is the light »), échange improbable entre piano et guitare (« Disorientated, part one »). Accrochons-nous aussi avec les sept minutes de raga orientalisant de « Orientated ». C’est finalement « Poison » qui est le morceau le plus structuré de l’ensemble, ce qui ne l’empêche pas d’être quand même bien déjanté, à la façon des Deviants, Edgar Broughton Band, Pink Faires et autres joyeux lurons imprévisibles des années 70.

L’intégralité de ces trois disques assez insolites peut désormais être découverte ou redécouverte sur le double CD « Free to be stoned », édité par le label Esoteric. Un magnifique booklet truffé d’illustrations rares raconte l’histoire de ce groupe pas comme les autres. Ce disque est recommandé à tous ceux qui veulent comprendre ce que le mot « liberté » associé à la musique signifiait alors.

Pays: GB
Esoteric Recordings ECLEC 22195
Sortie: 2010/04/26

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