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BRUCE, Jack – Automatic

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A la fin des années septante, la rupture brutale des relations entre Jack Bruce et Robert Stigwood marque la fin d’une époque pour l’Ecossais. Dans le même temps, l’univers musical a beaucoup changé. Avec l’appui intéressé des grandes compagnies discographiques, le Punk et ses avatars successifs ont dévalorisé ou exclu la plupart des grands acteurs des deux décennies précédentes. Certains n’insisteront pas, d’autres attendront que l’orage passe avant de réapparaître progressivement, parfois plus brillants que jamais.

Peu sensible à ce triste mouvement typiquement britannique, l’Allemagne sert de base de repli à nombre de ces anciennes gloires, dont Jack Bruce. C’est ainsi qu’en 1983, « Automatic » n’est publié qu’en Allemagne. Il ne sortira dans les Iles qu’en 1987. Cette distribution limitée dans l’espace et décalée dans le temps nuira grandement au rayonnement international de l’œuvre. Il en résulte que, dans la discographie solo de Jack Bruce, cet enregistrement est à coup sûr le plus méconnu. Il n’avait même jamais connu de réédition en CD.

En fait, l’artiste s’y livre à un exercice inédit. Intéressé par les nouvelles technologies combinant ordinateurs et claviers, il avait décidé d’en utiliser le potentiel et d’enregistrer seul. Il faut dire que, la même année, il avait effectué une tournée en Allemagne avec un maître des claviers, depuis toujours à la recherche des derniers développements techniques en la matière, le tchèque Jan Hammer, ex-Mahavishnu Orchestra, collaborateur de gens comme Jeff Beck et Al Di Meola, devenu très célèbre par la suite auprès du grand public par la musique de la série Miami Vice.

Vingt-cinq ans plus tard, Jack Bruce avouera ne pas être convaincu par le résultat de son projet. A l’écoute, il apparaît bien sévère. D’abord, ce disque se comporte plus qu’honorablement dans les productions de l’époque. Ensuite, il est innovant, solide tant musicalement que vocalement, soutenu par d’excellentes compositions. Le seul regret pourrait venir de la présence de percussions électroniques, inhumaines, car trop mécaniques, et de l’absence totale de guitares. Ces deux points seront compensés en concert. Deux anciens membres de son dernier groupe, le Jack Bruce & Friends, présents sur son album précédent, « I’ve Always Wanted To Do This » (voir chronique), se succéderont à la guitare : Clem Clempson (Colosseum, Humble Pie, …), lors de la tournée britannique, et David Sancious (Bruce Springsteen et, plus tard, Eric Clapton), lors de la tournée allemande. Bruce Gary (ex-Knack et Jack Bruce Band), décédé en 2006 (voir article), éblouira son monde à la batterie. Filmée pour l’émission de la WDR, Rockpalast, la mouture allemande de ce groupe est visible en DVD sous le nom de « Jack Bruce at Rockpalast ». Celui-ci souligne encore mieux la valeur intrinsèque des titres de cet album.

D’emblée « Make Love (Part II) » apparaît comme un des deux meilleurs titres de l’album. Saccadé, pépère au niveau du rythme, dans la ligne Reggae, il bénéficie d’un chant exceptionnel. Ce titre sera revisité sur l’excellent « A Question of Time » en 1989. Il perdra alors la plupart de ses attributs électroniques. (8.5/10)

« Uptown Breakdown » retrouve les tonalités des meilleures productions de l’artiste au début des années septante, « Harmony Row » particulièrement. Le piano domine, complété par les nouvelles sonorités électroniques ; la basse procède par à-coups secs ; le chant reste brillant. (7.5/10)

« Travelling Child » s’inscrit dans la même veine. Seules les rythmiques mécaniques et les sonorités plus récentes l’inscrivent dans son temps. (7/10)

« New World » ne quitte pas cette voie. Le chant reste d’un niveau exceptionnel. (6.5/10)

« E. Boogie » reste mon favori. Jack Bruce utilise à plein les technologies de son époque. Le résultat est mémorable. La mélodie est parfaite, le rythme saccadé et sautillant, le ton synthétique, les sons un rien déformés. Le chant oscille entre finesse et puissance. (9/10)

« Green & Blue » mêle les genres. Les claviers électroniques dominent, mais la basse revient en force. Le piano apporte les premières touches Blues. La voix montre à nouveau sa puissance. (7/10)

Rapide, « Sawarm » apparaît désordonné, moins fini. En définitive, le titre le plus faible. (4.5/10)

« Encore » est une réactualisation de « The Best Is Still to Come », un des titres de l’album « Jet Set Jewel », enregistré en 1978 mais rejeté par PolyGram, la compagnie acheteuse de R.S.O. (Robert Stigwood Organization). Le piano et le violoncelle lui donnent à la fois grandeur et profondeur. Cette sensation est confortée par le chant et le texte, tout deux émouvants. (8.5/10)

Blues classique interprété à l’harmonica seul, « Automatic Pilot » dénote dans cet ensemble. Ce genre de titre servait de respiration dans Cream ou West, Bruce & Laing. Bien fait, mais hors propos ! (6/10)

En conclusion, « Automatic » mérite l’attention. S’il est clair que ces sonorités ont fait leur temps, elles n’enlèvent rien à la valeur des compositions et de leur interprétation. De toute façon, ce disque souligne l’éclectisme d’un artiste hors du commun, habitué aux projets audacieux. Contrairement aux années septante, les années quatre-vingts lui donneront peu l’occasion d’enregistrer en solo. Son album suivant, « A Question of Time », un petit chef-d’œuvre, ne paraîtra qu’en 1989. Entretemps, il tournera beaucoup et participera à quelques projets intéressants dont celui du batteur Anton Fier et son groupe mouvant, The Golden Palominos, ainsi que celui de Kip Hanrahan, entre Jazz et World Music.

Les titres (35’44) :

  1. « Make Love (Part II) » (Bruce/Brown)(3’40)
  2. « Uptown Breakdown » (Bruce)(4’30)
  3. « Travelling Child » (Bruce/Brown)(5’12)
  4. « New World » (Bruce/Brown)(3’24)
  5. « E. Boogie » (Bruce/Brown)(4’28)
  6. « Green & Blue » (Bruce)(5’13)
  7. « Swarm » (Bruce/Brown)(4’01)
  8. « Encore » (Bruce/Brown)(4’10)
  9. « Automatic Pilot » (Bruce/Brown)(1’02)

Interprétés par :

Jack Bruce : Claviers, Basse, Violoncelle, Harmonica & Chant

Pays: GB
Esoteric Recordings ECLEC2116
Sortie: 2009/04/27 (réédition, original 1983)

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