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LAMBCHOP – OH (Ohio)

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Lambchop est un collectif underground à géométrie variable qui vit et travaille à Nashville, loin de la pression de l’industrie du disque. On ne se préoccupe pas de savoir si l’album se vend bien et on se contente de se produire sur demande, avec comme souci principal d’apporter du plaisir aux spectateurs. Son leader, l’anti-star Kurt Wagner, est un personnage complexe d’une humilité déconcertante et d’une honnêteté intellectuelle rare dans le paysage du rock.

On retrouve l’atypique Kurt Wagner tel qu’en lui-même sur cet album qui suit de deux ans le formidable « Damaged ». On retrouve aussi sa propension à traiter dans son langage hermétique des problèmes de société et de la difficulté de la vie quotidienne, avec intelligence et pertinence, en la sublimant et en lui donnant une dimension universelle. Quant à la musique, elle est cette fois plus tournée vers le folk rock et le chamber rock. L’album dure 50 minutes et est produit par Roger Moutenot et Mark Nevers, qui se tirent remarquablement d’affaire.

La musique sophistiquée de cet album est empreinte d’une très relative simplicité instrumentale et de complexité dans les paroles. Ainsi, « Ohio » est un morceau accompagné par la guitare acoustique et cette fois, la voix se porte mieux et domine le sujet. Sur « Slipped Dissolved and Loosed », une voix féminine l’accompagne et les harmonies vocales sont particulièrement belles. « I’m Thinking of a Number (Between 1 and 2) » est plus intimiste encore et le début instrumental va dans le sens de la dramatisation. Quand la voix dévastée apparaît, elle n’en semble que plus poignante dans cette histoire d’amour décrite avec un détachement propre à un spécialiste en psychologie, au point que l’on n’est pas tellement enclin à y croire.

« National Talk Like a Pirate Day », un des meilleurs morceaux de l’album, confirme cette impression de dramatisation par la seule voix de Wagner, sur une musique primesautière et joyeuse inhabituelle pour lui. Le doux amer « A Hold of You » est plus introspectif et mélancolique et la guitare se fait séductrice pour mieux convaincre sur des percussions discrètes quand la voix se veut impérative. « Sharing a Gibson with Martin Luther King Jr. » s’appuie sur une mélodie remarquable qui sied parfaitement à la voix actuelle de Wagner. Le piano y fait quelques apparitions remarquées malgré un jeu de guitare convaincant tout au long du morceau.

« Of Raymond » ne lui cède en rien du point de vue de la mélodie, avec un piano discret mais omniprésent. « Please Rise » est un morceau majestueux qui donne de l’ampleur à cet album intimiste. « Popeye » est le morceau le plus long et le plus mystérieux dans son approche expérimentale, avec la voix cassée de Kurt Wagner très bien soutenue par un piano discret et joué tout en nuances. A la fin, tout s’anime pour marquer un événement joyeux et le côté rock de l’album transparaît enfin. « Close Up » est nettement plus calme et ressemble un peu par moments à « Georgia » chanté par Ray Charles. « I Believe In You » est un morceau très doux qui est bien chanté par un Wagner qui se prête à tous les styles avec bonheur.

Que de beauté triste sur cet album magnifique ! Que de classe et de courage dans la voix brisée du chanteur ! Que de cohésion dans ce combo performant habitué à la rigueur de Wagner. C’est presque aussi bon que l’album précédent. C’est presque un chef-d’œuvre.

Pays: US
City Slang / V2 1051212
Sortie: 2008/10/06

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