TAPES ‘N TAPES – Walk It Off
Le groupe américain Tapes ‘n Tapes s’est formé en 2003 à Minneapolis, un centre artistique mondialement connu situé dans le Minnesota. D’emblée, leur premier album, « The Loon », sorti en 2006, a séduit la critique. Ils ont accompagné, parmi d’autres, The Futureheads, The Streets et Metric en tournée. Les voici maintenant avec leur deuxième album, « Walk It Off », qui lui aussi est une réussite, même s’il est un peu moins expérimental que le premier.
« Le Ruse » est l’introduction parfaite pour se faire une idée de la musique lo-fi / garage jouée par le groupe. Le chant est assuré, la rythmique est déroutante, les guitares omniprésentes, la construction des morceaux est réduite à sa plus simple expression et la musique se déroule en couches successives. « Time of Songs » répète un thème lent et un peu martial jusqu’à ce qu’il devienne le leitmotiv. Le chant, accompagné d’harmonies vocales bizarres, improvise ensuite sur ce même thème pour en tirer la substantifique moelle (oui, c’est du Rabelais, on a de la culture sur MiB). « Hang Them All » est un single qui ne marche pas mal. Lui aussi est basé sur un thème simple qui comporte des variations rythmiques inattendues auxquelles le chant doit s’adapter.
« Headshock » permet au batteur de se mettre en évidence et de quelle façon ! Le chant saccadé doit s’y adapter et joue sur l’ambiguïté des paroles à double sens pour se singulariser. « Conquest » ressemble plus à du lo-fi / garage mais l’absence de construction en fait en même temps un titre expérimental. Cette dualité est la marque de fabrique du groupe et donne à l’album son caractère singulier. Pour faire contraste, le climat de « Say Back Something » est enjoué et respire la joie de vivre. On relève même un semblant de mélodie qui fait diversion et fait de cet album un recueil de titres variés dont le fil rouge est le désir d’innover en s’attaquant aux canons rythmiques du rock traditionnel.
Véritable festival de percussions à lui seul, « Demon Apple » est plus expérimental dans son absence de construction. On retrouve le Tapes ‘n Tapes de l’album « The Loon ». Le chant est saccadé, les instruments ressassent une phrase musicale répétitive, le rythme va crescendo jusqu’au paroxysme décidé par le groupe, qui vous laisse pantois à la fin. « Blunt » joue sur les percussions pour introduire sa musique volontairement déconstruite et exempte de mélodie. Brillant ! « George Michael » débute par des percussions et des effets « électro », avec une voix sortant de nulle part accompagnée de phrases musicales psychédéliques qui recèlent une structure très simple et relativement mélodieuse mais l’expérimental reprend ses droits et on termine très loin de la musique suggérée par le titre.
« Anvil » rappelle la musique de The Good, the Bad and the Queen au début et pour une fois on a droit à un semblant de mélodie. Ici, c’est le synthé qui prédomine et imprime son rythme, avec un chant relativement discret et très nuancé qui fait plaisir à entendre. « Lines » débute par des variations de rythme sous l’impulsion d’un jeu de batterie déroutant. Le chant s’en trouve modifié dans le sens d’une construction minimale et malmené par les changements de rythme continuels pour se terminer par une fin inattendue. Ce sont aussi les percussions qui conditionnent « The Dirty Dirty », un titre expérimental basé sur la répétition d’une sorte de litanie lancinante. Des harmonies vocales à l’unisson viennent corser le menu vers la fin.
La durée des titres de cet album produit par Dave Fridmann (Mercury Rev, Flaming Lips, MGMT) varie approximativement entre 3 et 5 minutes. Ce sont des pièces indépendantes très variées qui laissent place à l’imagination. La musique américaine a bien changé au cours des dix dernières années. Sans valoir « The Loon », c’est un très bon album pour ceux qui sont attirés par une musique « rock » qui sort des sentiers battus et qui ne se contente pas de répéter le même schéma mélodique pour assurer son succès commercial. Ecoutez-le quand même avant de l’acheter. Vos goûts ne sont sans doute pas les miens.
Pays: US
XL Recordings Belgium 36
Sortie: 2008/04/07