AYRES, Marvin – Eccentric Deliquescence
On compare parfois Marvin Ayres à Brian Eno. Pourtant, celui-ci déclare à qui veut l’entendre qu’il n’est pas musicien. C’est tout le contraire du premier cité. Il est à la fois compositeur, violoncelliste, violoniste, pianiste et producteur à ses heures. S’il se livre à des expérimentations, il n’en est pas moins un musicien accompli. De plus, son sujet d’expériences habituel est plutôt la musique classique. Il part de là et s’empresse d’oublier ses règles strictes pour se livrer à des expériences et faire subir à ses instruments un traitement électronique qui en déforme les sons. Il en sort une musique originale, parfois par collages successifs, assez proche de l’ambient, ce qui explique la comparaison avec Brian Eno mais il ne dédaigne pas la musique de film ni le jazz. On pourrait se servir de cet album pour accompagner des séquences filmées.
Le passé de Marvin Ayres est riche de contacts divers. Il a fondé The Government, un groupe anglais qui n’a pas duré. Il a collaboré avec Culture Club, Simply Red et Frankie Goes To Hollywood, puis il est devenu compositeur et producteur pour le label d’avant-garde Mille Plateaux. Il a travaillé avec Patrick Dawes (Groove Armada) et Jaki Liebeszeit (CAN) et a réalisé des projets visuels pour l’Institute of Contemporary Arts. Il a aussi fondé Mask avec Sonja Kristina (Curved Air), une chanteuse qui partage son goût pour l’innovation. Mais en fin de compte, il se laisse guider par son instinct et par son désir d’apprendre et d’avancer au contact d’autres musiciens choisis par lui.
Ici, c’est de rock progressif teinté de musique électronique qu’il s’agit. C’est une musique qui évoque l’éther et les escapades intersidérales mais aussi une musique qui débouche sur la spiritualité et le surnaturel. Et surtout, chacun peut y trouver ce qu’il cherche. N’est-ce pas cela l’essentiel ? « Androgynous Weave » en est un bon exemple. Au départ d’un morceau classique, Ayres retravaille les sons pour en produire d’autres en leur appliquant un traitement électronique destiné à en faire un tout cohérent mais détourné de son but premier. Sur « The Bark That Is Bearing », c’est presque de musique d’église dont il s’agit. Elle est majestueuse et grandiose, comme pour saluer une force surnaturelle quelconque. Les effets électroniques appliqués au chant y ajoutent encore une touche de mystère qui correspond parfaitement au climat de l’œuvre dans son ensemble.
« Do You Hear Me Now? » s’inscrit dans ce créneau sans en avoir le caractère majestueux et il est bien difficile de reconnaître l’instrument d’origine, contrairement à « Harold », où le violoncelle sert de point de départ. Après quelques variations sur un thème principal, l’instrument sert de lien entre les deux genres de musique et constitue en quelque sorte la charnière de l’album. Le très beau « Bitter Beauty » assure la continuité de la musique classique mais avec des variations infimes et progressives dans les sons émis par ce même instrument. Le climat varie ainsi par petites touches pour s’assombrir petit à petit dans le dramatique « Insomnolence », dont le rythme ralentit de plus en plus pour céder le relais à « Neurasthenia », qui n’a rien de réjouissant mais constitue un des sommets de l’album. Le reste est anecdotique et n’apporte rien de neuf à part des sons stridents qui annoncent une fin chaotique. A chacun de combler les vides en fonction de ses fantasmes ou de son imagination.
Très bon album qui convient aux esprits curieux et aux amateurs de rock progressif qui ne dédaignent pas la musique électronique. Il demande plusieurs écoutes avant de se faire une petite idée de son contenu mais le plaisir n’en est que plus grand.
Pays: GB
Mandalic Records MDC003
Sortie: 2008/05/05