VALRAVN – Valravn
Il y a en Scandinavie une scène folk moderniste extrêmement active et qui produit régulièrement des oeuvres de très grande qualité, inscrite en profondeur dans la tradition, mais sans avoir peur de la mettre au goût du jour au lieu de s’obstiner dans une démarche académique un peu vaine à tenter de jouer comme on suppose qu’on le faisait au XVIIIe siècle…
Le quatuor danois Valravn s’inscrit dans cette lignée. Si les morceaux sont en majorité des airs traditionnels du Danemark, des îles Feroé, d’Islande ou de Suède, ils reçoivent un arrangement dans lequel l’électronique prend une place équivalente au violon ou à la vielle à roue. Ils ne sont bien entendu pas le premiers à faire ça (Mari Boine, Garmarna ou Afro Celt Sound System le font magnifiquement depuis pas mal de temps), mais Valravn se distingue en poussant l’approche électro très loin. Par moment, on est plus près de Tricky ou de Massive Attack que de Värttinä! Percussions acoustiques et électroniques se mélangent au point qu’il est parfois peu évident de distinguer les beats du tambourin. Très beau travail en général du percussionniste Juan Pino (d’origine équatorienne, comme son nom peu viking le laisse supposer).
Il y a beaucoup de gens qui s’imaginent qu’il suffit de plaquer un stupide « ounch-ounch » sur un air de violon pour faire du folk moderne. Point d’approche au rabais ici: si les beats, loops et soundscapes sont présents, ils se marient à merveille avec les instruments acoustiques et le chant pour donner un son vraiment original et soigné.
Le chant d’Anna Katrin Egilstrod est sans conteste l’autre point fort du groupe. Puissant, maîtrisé, tour à tour sensuel et furieux (quand elle se met à rugir sur « Krummi » ou « Svend I Rosengaard », on se dit qu’il serait peu sage de laisser cette frêle jeune femme faire joujou avec une hache…), la donzelle joue avec maestria de son timbre faussement fragile, flirte à l’occasion (volontairement) avec les limites de la justesse, ce qui accroît l’impression de tension dans plusieurs morceaux (« Krummi » ou le traditionnel suédois « Vallevan »). Comme l’instrumentation sans faille donne un support solide au chant, que l’usage des bourdons donne un côté chamanique à plusieurs plages (le magnifique instrumental « Marsk », une compo de Soren Hammerlund), vous comprendrez vite pourquoi je considère ce premier album de Valravn comme une des plus savoureuses galettes d’une scène nordique qui a pourtant placé la barre haut!
Je mettrai en exergue le traditionnel islandais « Krummi », qui pour un mid-tempo dégage la puissance d’un rouleau compresseur, « Marsk », instrumental hypnotique et hommage à la beauté de la nature, « Vallevan », air suédois mais ici chanté en dialecte des Feroé, où Anna Katrin Egilstrod donne peut-être sa plus convaincante interprétation, « Kom Alle Vaesener », le plus « trad » (le moins électrifié) des morceaux de ce disque et le final « Harra Paetur og Elingborg », suivi d’une chose qu’on a peu l’habitude d’entendre sur des albums catalogués folk: le morceau caché après un bon quart d’heure de blanc…
En fait et pour résumer, je recommanderais cet album aussi bien aux fans de folk qui ont l’esprit assez ouvert pour ne pas considérer la présence de boîtes à rythmes comme une hérésie, qu’aux fans de trip-hop qui ont l’esprit assez large pour l’entendre chanter en autre chose qu’en anglais.
Pays: DK
Gateway Music
Sortie: 2007/10/02
