WHITE, Tony Joe – Uncovered
Ce qui frappe à la première écoute de cet album, c’est son caractère cool, le côté chaleureux et calme du chant, le son étouffant du bayou et l’efficacité impressionnante de la rythmique, mais aussi la qualité des musiciens relativement peu connus en Europe. Le personnel comprend : Tony Joe White (chant principal, guitare, harmonica, whomper stomper, swamp box), Jeff Hale (batterie, percussions), Robby Turner (basse, guitare pedal steel), Carson Whitsett (orgue Hammond B3, piano Wurlitzer), Wayne Jackson (trompette, trombone), Tom McGinley (saxophone baryton), John Catchings (violoncelle) et The Settles Connection (Odessa, Calvin, Shirley et Todd Settles) : choeurs.
Dans le registre cool, « Run For Cover » est particulièrement bien choisi. Rendu chaleureux par un chant de qualité et les cuivres funky soul, sur un tempo assez lent malgré le jeu énergique de la batterie, le morceau s’étire paresseusement tout au long de sa durée. On remarque d’emblée la parfaite collaboration entre les musiciens. Mark Knopfler, qui joue de la guitare et chante en alternance avec l’auteur de « Polk Salad Annie », rendu célèbre par Elvis Presley, apparaît sur « Not One Bad Thought », un morceau très cool également. Ici aussi, le jeu des musiciens est exempt de reproches et les guitares de Tony Joe White et Mark Knopfler « glissent » à tour de rôle pour notre plus grand plaisir. C’est un morceau d’anthologie, un des meilleurs de cet album.
Sur le titre suivant, « Did Somebody Make A Fool Out Of You », un titre ancien modifié, c’est Eric Clapton qui vient donner un coup de main au chant et à la gratte dans son style coulé. En réalité, il a envoyé sa participation enregistrée à Londres et ne s’est pas déplacé. Tony Joe White lui tient la dragée haute et prouve toutes ses qualités. « Louvelda » est rehaussé par la « présence » de J.J. Cale, qui chante et tient les guitares. Ce dernier, modèle avoué de Mark Knopfler, n’a pas à se forcer pour s’intégrer dans ce milieu cool qu’il connaît bien et son jeu très juste apporte un plus incontestable. Ici aussi, la participation a été faite à distance. On regrettera simplement les paroles un peu limite ; à part le titre répété à foison comme un leitmotiv, il n’y a pas grand-chose. C’est sans doute cela, une obsession.
On préférera le merveilleux « Rebellion », un morceau qui est en même temps une profession de foi. Tony Joe White est seul aux commandes et fait apprécier sa dextérité et sa polyvalence, même si ce titre est un peu moins cool et beaucoup plus énergique que les autres. Son grand défaut est sans doute de ne pas savoir ou de ne pas vouloir se vendre et de rester fidèle à un style proche des racines. Une fois de plus, le tempo imprimé par la section rythmique découragerait un métronome, tant la précision du jeu est impressionnante.
Sur « Shakin’ The Blues », réalisé peu avant sa mort, on retrouve son auteur, Waylon Jennings, à la guitare. Il a joué avec de très grands formats et il y évoque Hank Williams et Willie Nelson, des musiciens qu’il connaissait bien. Il y énonce aussi son goût prononcé pour le blues. Tony Joe White, son ami, y excelle à l’harmonica mais les claviers prennent aussi une part prépondérante dans la qualité du morceau, comme sur le titre suivant, « Rainy Night In Georgia », une ballade soul retravaillée qui s’écoule comme un long fleuve tranquille. La voix de White y est moins fringante, le climat est plus sombre et la batterie est sollicitée dans un registre très différent mais toujours avec bonheur.
Michael McDonald, ex Doobie Brothers, chante en alternance avec TJW et joue du piano sur « Baby, Don’t Look Down », un morceau soul d’où émergent les claviers. Sa voix fort différente des autres intervenants apporte un peu de variété à l’ensemble. « Taking The Midnight Train » est un vieux classique des années septante adapté en 2002. Très lazy dans son style, un peu jazzy, il fait apparaître un jeu de guitare tout en nuance. Mais on peut préférer l’énergie développée par « Keeper Of The Fire », avec ses cuivres funky. Il termine l’album en beauté. Tony Joe White s’y distingue une fois de plus à l’harmonica.
Proche des racines du rock, le swamp rock, rendu célèbre par le Creedence Clearwater Revival et prolongé par Tony Joe White, qui n’est pas du genre énervé, est un mélange de blues, de country et de jazz. On pourrait le situer approximativement non loin du southern rock et du style americana. Si vous aimez The Allman Brothers, Steve Earle, John Fogerty, Little Feat ou Lynyrd Skynyrd, vous aimerez beaucoup cet album remarquable, même s’il garde son style propre et sa personnalité.
Pays: US
Munich MRCD279
Sortie: 2006/09/05
