Smoke, mirrors and Bryan’s Magic Tears
Tombés dans la marmite shoegaze lorsqu’ils étaient petits, les membres de Bryan’s Magic Tears entretiennent résolument la flamme depuis lors. Ils sont passés par le Museum du Botanique pour y présenter Smoke & Mirrors, leur troisième album pour le cultissime label parisien Born Bad Records.
Venus en voisins, les cinq Schaerbeekois de Spout Big Space ont assuré la première partie sans se poser de questions. Fougueux et plein d’entrain, ils ont démarré leur set tels de jeunes loups avides de viande fraîche en balançant à tout va. Caractérisé par un saxo omniprésent et un chanteur un rien trop présent, ce projet au potentiel certain se disperse toutefois encore trop facilement. Entre ska-punk à la Mano Negra, riff metal et cabaret brouillon, l’écart se creuse davantage lorsqu’ils imaginent Led Zeppelin en mode post-punk glacial cuivré. « One Too Many », leur nouvel EP, arrive ces jours-ci chez 62TV. Spout to be Brussels, en d’autres termes…
Aux côtés de Frustration, les Rouennais de Bryan’s Magic Tears peuvent à juste titre être considérés comme un des fers de lance de Born Bad Records. Leur dernière visite au Botanique remonte d’ailleurs aux Nuits 2021 dans le cadre d’une soirée spéciale qui les avait vus ouvrir pour Le Villejuif Underground et Vox Low, deux autres pointures du label. L’année suivante, on les a notamment croisés chez Madame Moustache avant le grand incendie et au Dour Festival. Mais depuis, plus rien ou presque.
Jusqu’à ce beau jour de septembre 2024 choisi pour dévoiler « Stream Roller », un imparable nouveau single qui nous a rappelé combien leurs compositions pouvaient se révéler rafraîchissantes. Une petite bombe digne de l’âge d’or du mouvement Madchester du début des nineties qui préfigurait la sortie d’un nouvel album, « Smoke & Mirrors », qu’ils s’apprêtaient à abondamment visiter ce soir dans un Museum surchauffé.
Intelligemment introduit par de sombres nappes sinistres, « Side By Side » en sera le premier extrait, quelque part entre les Charlatans et les Happy Mondays dans l’obscurité quasi-totale. Le seul que l’on distingue, grâce à son ample chemise blanche et sa magnifique moustache, est le batteur Paul Ramon à l’inimitable jeu démonstratif et saccadé. Juste devant lui, la bassiste Lauriane Petit assure une seconde voix essentielle alors que le nonchalant leader Benjamin Dupont, caché derrière ses inamovibles lunettes de soleil, bat la mesure à l’aide d’un tambourin.
Ce n’est qu’au terme d’un lumineux « Fancy Cars » que ce dernier attrapera une guitare qui ne le quittera quasiment plus jusqu’à la fin du set. Cela dit, « Crab Kiss » se démarque surtout par l’utilisation d’une voix trafiquée et de claviers dont le précité « Stream Roller » bénéficiera également. Sur scène, ce titre prend l’ossature d’un « Fool’s Gold » que les Stone Roses auraient enregistré lors d’une after à l’Haçienda, pimenté d’irrésistibles pointes électroniques acidulées. Dans le même ordre d’idées et comme attendu, « Stalker », un peu plus tard, mettra également tout le monde d’accord.
Entre-temps et au terme d’un puissant « Sad Toys », rare incursion dans leur back catalogue à ce moment de la soirée, Lauriane Petit démontrera que son rôle ne se limite pas à de la simple figuration. Le prenant « Raised By The Rain » et le plus retenu « Death Row » mettront en effet sa voix en valeur alors que des intonations à la Kim Deal enverront « Deep Blue » dans une autre dimension. N’oublions pas non plus les deux guitaristes positionnés aux extrémités de la scène sans qui le son Bryan’s Magic Tears manquerait d’intensité.
Le bordélique mais parfaitement maîtrisé « Slamino Days », interprété au milieu de fumigènes entre euphorie et désespoir, bouclera le set principal au moment où l’on s’y attendait le moins. Le groupe reviendra toutefois pour un rappel extensible malgré seulement deux titres en bonus, dont cet entêtant « Excuses » pris à bras le corps par la bassiste et qui aurait très bien pu figurer sur un album des Breeders. Le tout se clôturera sur « Happy And Tired », seul extrait rescapé du premier (mini) album de 2016 qu’ils prennent un malin plaisir à réinventer. Au programme, déconstruction, improvisation, déluge sonore et flashes stroboscopiques à tout va. Ou une vision davantage psychédélique de leur éventail…
SET-LIST
SIDE BY SIDE
FANCY CARS
CRAB KISS
STREAM ROLLER
SAD TOYS
RAISED BY THE RAIN
DEATH ROW
DEEP BLUE
STALKER
SLAMINO DAYS
EXCUSES
HAPPY AND TIRED
Organisation : Botanique