Nina Winder-Lind, (New) Eve lève-toi
Révélée au sein de The New Eves, la Suédoise Nina Winder-Lind mène en parallèle une carrière sous son propre nom. Elle a sorti récemment un excellent premier album, « Wild Love », qu’elle est venue défendre avec autant de simplicité que de conviction au Witloof Bar du Botanique.
Un début de soirée sous le signe de la délicatesse par l’entremise d’Alison Jutta, seule derrière son piano en guise d’échauffement. D’échauffement, la bruxelloise, finaliste du concours De Nieuwe Lichting 2020, en a eu également besoin avant de déployer toute la teneur de son univers mélancolique bien plus subtil qu’il n’y paraît au premier abord. Jambes croisées derrière son instrument, elle chante les yeux mi-clos, comme pour mieux s’imprégner de la teneur de compositions feutrées interprétées dans une quasi-pénombre.
Elle s’apprête à publier son deuxième album, « Not The Time To Bloom », et en profitera pour en dévoiler l’un ou l’autre extrait. Enrichies d’un jeu varié à l’intensité par moments soutenue et d’envolées vocales parfaitement calibrées, elles devraient l’emmener dans une autre dimension. Il suffit de se laisser emporter par les joyaux bourrés d’émotion que sont notamment « Time On The Line » et « Everything Will Make Sense (When We Get There) » pour s’en rendre compte. Un public conquis en sera la meilleure preuve.
L’an dernier, The New Eves, quatuor féminin originaire de Brighton, a publié l’acclamé « The New Eve Is Rising ». Parmi les vocalistes présentes sur scène au Sonic City et, plus proche de nous, à Rock Werchter se trouvait la violoncelliste Nina Winder-Lind. Après avoir publié un EP digital relativement confidentiel en 2023, elle a enregistré son premier album, « Wild Love », paru chez Transgressive cet été. Un album sur lequel son écriture se développe drastiquement, sans aucun doute boostée par son récent recueil de poésie, « Röd Ska Jag Leva ».
Un album qui va aussi sans surprise constituer la trame principale du set de ce soir, introduit par la flûte traversière et le piano hypnotique de « Street Hassle ». Pour la petite histoire, la chanteuse se trouve actuellement derrière l’instrument d’Alison Jutta, réquisitionné pour cause de van bloqué sur le parcours du marathon d’Anvers. Une mésaventure qui a contraint les musiciens à rejoindre Bruxelles en taxi et en n’emportant que le strict minimum (le back line est fourni par le Bota). Impeccable morceau en crescendo, il permettra à tout le monde de se mettre en place, musiciens comme spectateurs.
Pour l’efficace « Girls », dans la foulée, elle attrapera une guitare et c’est un trombone qui constituera la curiosité du morceau emmené tant par des trémolos dans la voix que par les nappes percussives d’un piano entre les mains cette fois du guitariste Finley Burrows. Une tête connue car rencontrée à l’Orangerie un soir de décembre 2025 avec son groupe The Cindys en support de Getdown Services. Parmi les musiciens, on retrouve entre autres sa comparse des New Eves Ella Oona Russell, véritable couteau suisse (en plus de la flûte, du trombone et de la guitare, elle passera par le fameux piano, décidément très sollicité ce soir).
Dans la voix, les arrangements et même l’attitude, on remarque aisément l’influence principale de la chanteuse. Des titres comme « Headfirst » balancé à deux guitares et « You’re Not An Angel » à l’entêtant orgue sixties ne dépareilleraient pas au sein d’un set de Patti Smith, juste avant les classiques de « Horses ». Mais si la célèbre poétesse New Yorkaise pourrait être sa mère spirituelle, le père serait bien à chercher du coté de Bob Dylan. Ce dernier est en effet nommément mentionné dans les paroles de l’ambitieux « Grandma And Robert De Niro » et ceux qui ont eu la chance de se procurer l’édition limitée de l’album en vinyle auront eu la surprise de découvrir un CD Bonus comprenant quatre covers du maître.
Pas de covers ce soir, juste des compositions originales dont « This Is Our Life » à deux voix (celle d’Ella, décidément omniprésente) et l’hypnotique « Everything Is About You » aux claviers urgents et à la trompette ténébreuse (par le batteur Toma Sapir, Ella étant déjà occupée) se démarqueront. Mais que dire du final du set principal. Le patiemment construit « Foremothers », à la fois mélancolique et puissant, laissera le Witloof Bar sans voix. Avant un rappel pas vraiment prévu qui verra la chanteuse revenir seule sur scène pour l’unique titre de la soirée antérieur à « Wild Love ». Extrait du EP susmentionné, le troublant « Almost In New York » nous confirmera qu’en 2023, tout était déjà en place.
SET-LIST
STREET HASSLE
GIRLS
HEADFIRST
THIS IS OUR LIFE
GRANDMA AND ROBERT DE NIRO
YOU’RE NOT AN ANGEL
EVERYTHING IS ABOUT YOU
LOVE YOU SO
FOREMOTHERS
ALMOST IN NEW YORK
Organisation : Botanique
