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Live is Live 2026: Nick Cave & The (Wild God) Seeds

Au terme d’une année sabbatique, le festival Live is Live a repris du service sur l’ancien domaine militaire de Linkeroever. Et c’est de l’artillerie lourde qui y a défilé au cours de trois journées aux programmations diamétralement opposées. Entre Robbie Williams le samedi et Iron Maiden le lundi, Nick Cave & The Bad Seeds ont illuminé un dimanche à la température redevenue respirable.

Les orages de la nuit ont en effet rafraîchi l’atmosphère sans ravager le site qui, contrairement à d’autres festivités aux alentours de la capitale la veille, n’a pas dû être évacué en catastrophe. Une bonne nouvelle pour Bent Van Looy, maître de cérémonie et leader de Das Pop qui ouvrait les festivités à 13h tapantes. Les Anversois ont repris du service l’an dernier après une grosse décennie de break qui a permis à son chanteur de se concentrer sur une carrière solo. Ils reviennent donc aux affaires même si, du line-up original, il ne reste plus que ce dernier et le bassiste Niek Meul.

Qu’à cela ne tienne, ils ont notamment embauché le guitariste Lucien Fraipont (Robbing Millions) et ont par la même occasion musclé leur son sans pour autant révolutionner la touche électro-pop colorée (jusque dans leurs accoutrements) dont ils se sont fait une spécialité. Leur nouveau single, « Different Class », se situe d’ailleurs quelque part entre The Cure et New Order. Toujours aussi alerte, le leader alterne guitare, piano et percussions tout en ne tenant pas en place. Mention à la candeur intacte de « The Love Program », au speedé « Feelgood Factors » et aux arrangements entêtants de « You ».

Avec deux annulations sur la journée, les programmateurs ont été contraints d’élargir leur spectre. Ainsi, Lykke Li a laissé sa place à Eefje De Visser et Anna Von Hausswolff, souffrante, s’est vue remplacer par Beth Orton. Une opportunité pour la singer-songwriter londonienne dont le dernier album, « The Ground Above », est sorti deux jours auparavant. Accompagnée de son mari Sam Amidon à la guitare et de Chris Vatalaro à la batterie, l’occasion était belle de présenter quelques joyaux issus de son neuvième opus. Positionnée derrière son clavier du côté gauche de la scène et vêtue d’un ensemble jaune canari à rendre jaloux Bent Van Looy, elle s’y attèlera d’une désarmante voix rauque.

À peine décontenancée par les soucis techniques qui émailleront le dépouillé « Waiting » en tout début de set, elle envoûtera ensuite la plage titulaire de son nouvel album, magnifiée par les atmosphères jazzy d’un batteur complétant à la perfection le dernier côté du triangle. Un peu plus tard, la force calme et tranquille d’« Otherside » se rapprochera des atmosphères vaporeuses de Beth Gibbons. Une jonction parfaite avec un « Central Reservation » d’une voix frêle pleine de délicatesse qui nous ramènera près de trente ans en arrière, en 1999.

Cette année-là, Benjamin Clementine a 11 ans et commence à jouer du piano. Il ne se doute pas que cette passion bouleversera sa vie et lui apportera une reconnaissance majeure dès la sortie d’« At Least For Now », son premier album, lauréat du Mercury Music Prize en 2015. Aujourd’hui, c’est dans un environnement blanc immaculé, du sol aux immenses voiles enveloppant la scène en passant par un magnifique piano que le gaillard pieds nus tout de noir vêtu se lancera dans « Condolence », un des nombreux extraits de la plaque en question interprétés cet après-midi.

Son impressionnante voix modulable impose le respect (l’orageux « Adios », l’écorché « Nemesis ») et coupe le souffle à des spectateurs sous le charme, au point de ne piper mot lors d’innombrables moments suspendus. Son phrasé saccadé, son humour, sa virtuosité le rendent passionnants à plus d’un titre. Mais dans le même temps, il semble avoir un esprit torturé au point de quitter la scène après un peu plus d’une demi-heure d’un set pourtant bien en place, mis à part peut-être quelques égarements. Il nous perdra toutefois par la suite en faisant entonner à la foule « Nothing is final, everything’s gonna be fine » pas moins de cinquante fois d’affilée (il les comptait…). Un délire d’une vingtaine de minutes qui, à la longue, n’a plus fait rire grand-monde…

Johnny Marr a pris son temps avant de publier son premier album solo. Après la séparation des Smiths il est en effet notamment passé par Electronic, The The, Modest Mouse et The Cribs en plus de contribuer à une multitude de collaborations. Mais depuis « The Messenger » en 2013, il enchaîne et assume les enregistrements sous son propre nom. Si le dernier en date était un live (l’excellent « Live Out Loud! », parfait condensé de l’étendue de son travail), il s’apprête à publier un cinquième long format à la rentrée, « The Age Of Everything ». Il en donnera un premier aperçu sous la forme de « Spin », un titre avant-coureur addictif basé sur des nappes synthétiques et son inimitable guitare cristalline.

Un peu plus tôt, il entamera son set le soleil dans la tronche par « Armatopia », un solide single isolé datant de 2019. À l’instar des bombes que sont « Generate! Generate! » et « Spirit, Power And Soul », il inclut la hargne, l’énergie et les arrangements lumineux dont il a le secret depuis plus de quarante ans. Mais voilà, ils ne recevront qu’un engouement mesuré par rapport aux interprétations des incontournables morceaux des Smiths, « This Charming Man » et « How Soon Is Now » en tête. Même s’il les chante aussi bien (voire parfois mieux) que Morrissey, il doit ressentir une certaine frustration en les jouant. Raison pour laquelle il s’embarque dans une cover de « The Passenger » d’Iggy Pop ? Rien n’est moins sûr. D’autant que des frissons s’invitent sur le troublant « Please, Please, Please, Let Me Get What I Want ». Sans parler de la communion générée par l’intemporel « There Is A Light That Never Goes Out ». Johnny « Fucking » Marr a encore frappé…

Le temps ne semble avoir aucune emprise sur Nick Cave dont les albums tutoient la perfection au fil des ans dans un style de plus en plus crooner. Le dernier exemple en date, « Wild God », publié en 2024 entouré de ses fidèles Bad Seeds, fournit ainsi son lot d’émotions. Des émotions multipliées sur le double « Live God » publié l’an dernier. Des émotions encore décuplées lors de son entrée sur scène alors qu’il n’avait pas encore ouvert la bouche. Il faut dire qu’il en impose dans son élégant costume trois pièces et cravate.

Cet accoutrement ne l’empêchera pas de se ruer à l’assaut du public dès l’entame de « Get Ready For Love » avant de se retrouver en équilibre sur les premiers rangs lors d’un frénétique « From Her To Eternity » dans la foulée. Deux titres d’intro balancés à du cent à l’heure par un groupe prêt à en découdre emmené par un Warren Ellis déjà particulièrement déchaîné. Autour d’eux, on retrouve le guitariste George Vjestica, le percussionniste Jim Sclavunos et le batteur Larry Mullins. Mais aussi l’essentielle claviériste Carly Paradis et, plus effacé, Colin Greenwood échappé de Radiohead à la basse.

Sans oublier quatre choristes (trois dames en combinaison scintillante accompagnées d’un homme plus discret) qui apporteront une réelle plus-value sur les productions les plus récentes (« Wild God », le gospel « Joy ») mais aussi un magistral « O Children ». Un peu plus tard dans le set, l’une d’entre elle se substituera à PJ Harvey pour la balade sanguinaire « Henry Lee » avec beaucoup d’à-propos. Un des moments magiques de la soirée, au même titre que le somptueux « Carnage », collaboration privilégiée entre le chanteur et son inséparable acolyte Warren Ellis.

Si Nick Cave prend place derrière son piano, il n’y reste jamais bien longtemps, privilégiant le contact (au sens propre) avec le public. Il semble dans une forme olympique, ce que ses incessants allers-retours sur la scène semblent confirmer. Il faut dire que des titres comme le tribal « Tupelo » et « Papa Won’t Leave You, Henry » presque forgé dans la musique punk celtique, pourraient difficilement être interprétés assis sur un trône. Pourtant, pour la majorité des spectateurs, Nick Cave est un demi-Dieu, un exemple de résilience, de courage et d’abnégation. Un pape aussi, peut-être, dont les sermons déclamés de manière théâtrale (« Rings Of Saturn »), sont dévorés par les fidèles.

Des fidèles qui accompagneront le crescendo de « The Mercy Seat », vibreront sur le menaçant « Red Right Hand » et se délecteront d’un « Jubilee Street » à l’intensité sans égal. En clôture du set principal, la version hypnotique et habitée de « Hollywood » illustrera à merveille la phase mystique de l’artiste. Un artiste qui reviendra en tenue moins stricte pour des rappels entamés par le soutenu (et quasi quarantenaire) « City Of Refuge » avant un « The Weeping Song » collaboratif n’ayant sans doute jamais sonné aussi bien. « Wide Lovely Eyes » amorcera ensuite un atterrissage en douceur (« You wave and say goodbye »…) qu’un touchant « Into My Arms » en solo au piano stabilisera. Les spectateurs, eux, se trouvaient toujours dans les nuages. Auprès du Wild God ?

SET-LIST
GET READY FOR LOVE
FROM HER TO ETERNITY
TRAIN LONG-SUFFERING
WILD GOD
O CHILDREN
TUPELO
CARNAGE
JOY
RINGS OF SATURN
BRIGHT HORSES
HENRY LEE
THE MERCY SEAT
PAPA WON’T LEAVE YOU, HENRY
RED RIGHT HAND
JUBILEE STREET
HIDING ALL AWAY / WHITE ELEPHANT
HOLLYWOOD

CITY OF REFUGE
THE WEEPING SONG
WIDE LOVELY EYES
INTO MY ARMS

Organisation : FKP Scorpio

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