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Ghinzu, WOW(A)

Maintes fois annoncé avant d’être systématiquement reporté, le retour discographique de Ghinzu s’est enfin matérialisé fin du mois de mai. « W.O.W.A. » (l’acronyme de « When Other Worlds Await ») a donc vu le jour dix-sept ans après « Mirror Mirror » et sa présentation officielle aurait dû se tenir quelques jours plus tard dans une grande salle de l’AB sold out depuis une éternité. Jusqu’à ce qu’une chute à vélo ne saborde les plans mis en place…

Qu’à cela ne tienne, on n’était plus à un mois près. Un mois mis à profit pour s’immiscer dans la plaque et en décortiquer les moindres recoins. Verdict ? Cet album est une bombe dont les contours méticuleusement travaillés se dévoilent au fil des écoutes jusqu’à l’obsession. S’y confrontent ainsi l’ADN du groupe et son sens inné des expérimentations sonores. Mais aussi son esprit aventureux caractérisé notamment par les incursion dub de « Master Bluff » et la somptueuse orchestration de « Breathless Words ». En d’autres termes, un regard résolument tourné vers l’avenir. Il est vrai qu’ils s’étaient déjà largement retournés sur leur passé, notamment ici même en juin 2024 lors de trois dates mémorables.

S’ils avaient déjà joué l’un ou l’autre futur extrait de « W.O.W.A. » lors de ces prestations, le concert de ce soir constitue la première occasion pour le public belge d’en découvrir la teneur scénique en l’ayant apprivoisé en amont. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa plage titulaire se révélera une introduction parfaite à un show particulièrement consistant. Extensible pièce travaillée, elle porte la griffe Ghinzu, combinant imprévisibles détours rythmiques, dose d’anticipation et passages orageux. Mais aussi une diversion au piano, une fausse fin et des soubresauts électroniques. Sans oublier la voix modulable de John Stargasm, oscillant entre mode fausset et rugosité modérée.

En plus de ses inamovibles lunettes de soleil, le charismatique leader arbore ce soir une vareuse sobre des Diables Rouges (au contraire de celle flashy d’un des roadies) et un bob rose peu avantageux qui finira plus tard dans le public. Un public qui deviendra dingue une première fois sur un « Cold Love » balancé sans ménagement dans la foulée. Dans son monde mais appliqué, le guitariste Greg Remy ne tardera pas à se retrouver torse nu dans la fournaise de l’AB. À sa gauche, l’imperturbable bassiste Mika Hasson apporte un groove indispensable alors que de l’autre côté de la scène, Jean Waterlot, encore en veste de motard à ce moment de la soirée, jongle entre guitares, synthés et seconde voix plus indispensable qu’on ne le pense. Le batteur Antoine Michel complète un line-up destructeur et bien en place.

Le groupe se produit devant un écran lumineux situé à mi-hauteur de la scène et dont les aveuglantes projections géométriques en mouvement soutiennent les nouveaux titres qui formeront l’ossature de la première partie du set. Parmi ceux-ci, « Snow White » sera celui qui fonctionnera le mieux et affolera les premiers rangs. Pour l’anecdote, ce morceau était connu à l’époque sous le titre « Barbe Bleue » et a bien gagné en intensité entre-temps. Juste avant, les entêtants « Morning Lights » et « Out Of Control » ne seront pas en reste, emmenés par un chanteur intenable emportant son pied de micro de gauche à droite de la scène.

« Dragon », seule incursion dans « Electronic Jacuzzi », premier album sorti à l’entame du millénaire, propose toujours ce chaos maîtrisé hérité du dEUS des débuts, bourré de contre-temps et de flippantes explosions sonores. Il constituera une judicieuse introduction à « Apologies », un des extrais de « W.O.W.A. » les plus captivants, emmené par une basse groovante et une voix passionnée. Un sommet d’intensité qui s’apprêtait à en appeler d’autres.

Unis comme jamais, les cinq musiciens décupleront en effet leur dextérité pour une fin de set sans la moindre concession. La construction de « The Dragster-Wave », entre piano, guitares et furie, donnera le ton, enchaîné à un « 21st Century Crooners » tout aussi jouissif. Pris à la gorge, les spectateurs deviendront complètement dingues en manifestant bruyamment leur satisfaction tout en intensifiant les pogos dans la sueur. Si l’hypnotique « Death Race » se profile comme un lointain cousin de « Mine », ce dernier mettra tout le monde d’accord en final du set principal dans un brouhaha indescriptible tant sur scène que dans le public qui venait tout juste de s’égosiller sur un « Do You Read Me » d’une redoutable efficacité.

Quelques instants pour reprendre ses esprits et revoilà John derrière son piano pour « Fool », nouveau titre entamé dans une délicate zenitude. « Mirror Mirror » tout d’abord, « Dream Maker » ensuite poursuivront ensuite la destruction et feront grimper la température d’un cran, ce dernier bien aidé par la posture du leader perché sur son instrument fétiche. Un moment classique d’un concert de Ghinzu, à l’instar des frissons générés par « Blow », hargneux morceau-signature en crescendo à la fraîcheur intacte.

Ils auraient pu s’arrêter là. Et peut-être auraient-ils dû s’arrêter là en laissant les spectateurs groggy. En effet, les lointains contours baggy d’« It’s The Law » peineront à convaincre tandis que « Forever », lui aussi déjà interprété lors de la tournée précédente, encouragera presque la valse des briquets et des vagues avec les bras. Ils n’entacheront toutefois pas un retour gagnant et un épilogue parfait de la saison de l’AB.

SET-LIST
WHEN OTHER WORLDS AWAIT
COLD LOVE
MORNING LIGHTS
OUT OF CONTROL
SNOW WHITE
DRAGON
APOLOGIES
THE DRAGSTER-WAVE
21ST CENTURY CROONERS
DEATH RACE
DO YOU READ ME
MINE

FOOL
MIRROR MIRROR
DREAM MAKER
BLOW

IT’S THE LAW
FOREVER

Organisation : Live Nation

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