L’auto-thérapie de Christopher OWENS
Trois ans jour pour jour après avoir foulé les planches de l’Orangerie avec Girls, Christopher Owens était de retour dans le complexe du Botanique ce mercredi 6 mars, mais à la Rotonde cette fois. Une salle en adéquation parfaite avec les atmosphères de « Lysandre », son premier album solo.
Une fois n’est pas coutume, la première partie n’avait pas de relation directe avec l’artiste principal. Ceci dit, l’univers d’Antoine Chance collait assez bien avec la philosophie de la soirée. Loin d’être un inconnu dans le milieu, il a notamment composé des génériques pour des émissions de télévision et des musiques de pubs ainsi que l’accompagnement sonore de L’homme à la tête de chat, un documentaire sur Philippe Geluck (présent dans la salle ce soir) avant de former Coco Royal. Il se produit désormais en solo avec un premier album qui sortira dans les prochains mois.
Sur scène, il est accompagné d’un batteur qui joue sur un instrument essentiellement électronique alors que la guitare apporte une connotation plus classique et que sa voix atmosphérique fait le reste. C’est toutefois lorsque le chanteur s’assied derrière un clavier que les compositions deviennent intéressantes avec une vision pop mais pas trop. Quelque part entre De Palmas (la voix) et Daran (les envolées), on remarque ça et là de bonnes idées qui méritent d’être creusées. Et s’il pouvait éviter les interventions sans intérêt entre les morceaux, il gagnerait en crédibilité.
Après deux excellents albums (« Album« en 2009 et « Father, Son, Holy Ghost« deux ans plus tard), Christopher Owens a décidé de quitter Girls pour se concentrer sur une carrière solo. Il en avait assez des changements incessants de musiciens (les deux seuls membres permanents étaient lui et son ami Chet « JR » White) et avait surtout envie de voler de ses propres ailes.
« Lysandre », le premier album sous son propre nom a d’ailleurs été composé au fil des années passées au sein de Girls et raconte en moins d’une demi-heure son aventure tumultueuse avec une fille qu’il a rencontré lors d’un festival en France. Une sorte d’album concept qui passe par toutes les émotions mais s’il ne fallait en retenir qu’une, ce serait sans aucun doute la mélancolie, grâce notamment à sa voix qui relaye parfaitement son état affectif fragile.
Afin de mettre les spectateurs dans l’ambiance, c’est une atmosphère jazzy intimiste qui s’échappe des haut-parleurs d’une Rotonde pas loin du sold out. La première surprise viendra du fait que pas moins de sept personnes accompagnent Christopher Owens sur scène, parmi lesquelles deux choristes complices, pour ne pas dire très proches… Ces dernières vont d’ailleurs agrémenter (et pas que vocalement) le set du bonhomme qui va passer la plupart de son temps assis sur une chaise au devant de la scène.
Comme tout album concept qui se respecte, les morceaux seront interprétés dans l’ordre chronologique, avec un détail récurrent, « Lysandre’s Theme », le très court titre d’intro, décliné tout au long du set au gré de l’humeur des musiciens. Parmi ces derniers, on retrouve un homme d’âge mûr sapé comme un prince qui va apporter une richesse orchestrale délicate au moyen de nombreux instruments (flûte, harmonica, saxophone,…).
Dès « Here We Go », on se retrouve plongé dans les meilleurs moments calmes de Girls, preuve s’il en est de la place prépondérante que le chanteur à la longue tignasse blonde occupait au sein de son ancien groupe. Sur « New York City » et « Here We Go Again », il va se lever pour conférer au titre la pleine puissance de sa guitare. Mais il s’agira de moments isolés, puisque le touchant « A Broken Heart » va rapidement le voir replonger dans la déprime.
C’est d’ailleurs assez intéressant de vivre avec lui l’intensité de son histoire qui se poursuit avec le quasi instrumental guilleret « Riviera Rock » (seules les voix des choristes se font entendre) et le très poppy « Love Is In The Ear Of The Listener ». Quant à « Lysandre », la personne responsable de tout ceci, on perçoit une petite pointe d’amertume lors de son interprétation, tout comme « Everywhere You Know ». La bonne nouvelle, c’est que l’optimiste « Part Of Me » va clôturer le set sur une note positive. Trente minutes et puis basta, tout le monde quitte la scène…
Ceci dit, le groupe va revenir pour une deuxième partie un peu particulière. En effet, les musiciens vont s’appliquer à se transformer en cover band lors de cinq reprises auxquelles ils vont réussir à donner un cachet personnel. Ainsi, le « Wild World » de Cat Stevens sera hanté par une flûte traversière omniprésente alors que la version de « The Boxer » de Simon & Garfunkel va dégager une sensibilité insoupçonnée. Un traitement similaire sera réservé au « Lalena » de Donovan, au « Let It Be Me » des Everly Brothers et au « Don’t Think Twice, It’s Alright » de Bob Dylan, pendant lequel il distribuera au public les fleurs qui ornaient le devant de la scène.
Christopher Owens reviendra seul avec sa guitare pour deux titres en bonus, dont une nouvelle reprise de Cat Stevens (décidément à la fête ce soir), « Father And Son ». Il va tout de même finir par nous jouer une chanson de Girls, « Broken Dreams Club » (sorti sur un EP isolé en 2010) dont la morosité des textes démontre l’état d’esprit actuel du chanteur. Ceci étant, on aurait préféré qu’il prenne un peu plus de risques dans la seconde partie du set.

Si vos oreilles sont ouvertes, vous entendrez de l’honnêteté de ma part.
Mon interprétation de Here We Go (Christopher Owens)