WASSERMAN, Rob / ERICKSON, Craig / LAVITZ, T / SIPE, Jeff – Cosmic Farm
Cet intéressant projet de Fusion « Jazz-Rock », bien teinté de « Blues », totalement instrumental, est né à l’initiative du guitariste Craig Erickson, en 2004, suite à sa rencontre avec le bassiste Rob Wasserman. Le claviériste T. Lavitz et le batteur Jeff Sipe, alias AptQ258, les ont alors rejoint.
Leur carrière respective est déjà bien remplie :
Au départ, Craig Erickson fait partie de ces purs guitaristes de « Blues-Rock ». Personnellement, je l’ai découvert, en 1993, avec « Blues », l’album du retour de Glenn Hughes, un de ses meilleurs, sur lequel tous deux respiraient et crachaient littéralement le « Blues » qu’ils avaient co-écrits, appuyés par quelques fines lames (John Norum, Richie Kotzen, Warren DeMartini, Darren Housholder, …). Son premier album solo, sorti l’année précédente, « Roadhouse Stomp ! », m’avait alors pleinement confirmé ses talents. Après celui-ci et jusqu’en 2001, il publie régulièrement de nouveaux opus et participe à de nombreux albums de reprises et d’hommages. Ce n’est qu’à l’aube de ce millénaire, qu’il se dirige plus vers la Fusion, avec le The Daugherty McPartland Group. Il a également travaillé avec deux artistes « Folk », Carol Montag en 2000 et Karla Ruth en 2001.
Le bassiste Rob Wasserman est actif comme musicien de session depuis le début des années 1980 où on le retrouve derrière David Grisman, Van Morrison, Lou Reed, Stéphane Grappelli, Elvis Costello, … Il est également l’auteur de plusieurs albums solos, marqués surtout par de nettes tendances « Jazz ». Le premier s’intitule « Solo » et date de 1983 ; il est suivi de « Duets » en 1988 (avec Stéphane Grappelli, …), de « Trios » en 1994 (avec une pléiade d’artistes dont Bob Weir et Jerry Garcia de Grateful Deads, Bruce Hornsby, Elvis Costello, Neil Young, Willie Dixon, …) et « Space Island » en 2000.
T. Lavitz n’est pas un inconnu non plus, puisqu’il fut le claviériste et saxophoniste de Dixie Dregs, dès 1979. En outre, il a publié quelques albums solos pas toujours très bien distribués en Europe. On a également pu le retrouver avec Paul Barrere de Little Feat, Jefferson Starship, Steve Morse. En 1998 sort un album peu diffusé et peu promu, « Endangered Species », que je recommande chaudement, publié sous le nom de ses interprètes, Jimmy Herring, T. Lavitz, Richie Hayward & Kenny Gardney, une perle dans la veine de Little Feat et de la « Musique Californienne ». Tout son talent y resplendit aux compositions, à l’orgue et au piano.
Le batteur Jeff Sipe a beaucoup collaboré avec l’impressionnant bassiste Jonas Hellborg (ex-Mahavishnu Orchestra, mouture des années 1980) et le génial guitariste Shawn Lane. On le retrouve également en 1999 dans la formation Jazz Is Dead où il côtoie déjà T. Lavitz (avec également Alphonso Johnson).
Voici les titres (50’00) :
- « Steel Rider » (Erickson) (5’15)
- « Attitude Cat » (Erickson) (6’46)
- « Heavenly Love » (Erickson) (6’33)
- « Space Rooster » (Erickson) (5’20)
- « The Fine Scenery » (Erickson) (7’15)
- « Interstellar Interlude » (Erickson/Wasserman/Hanson) (0’53)
- « Strange Train » (Erickson) (6’26)
- « Jupiter East » (Erickson/Wasserman/Hanson) (1’39)
- « Forecast » (Erickson) (8’06)
- « Jupiter West » (Erickson/Wasserman/Hanson) (1’43)
avec :
- Craig Erickson : Guitares
- Rob Wasserman : Basse (6-string upright bass)
- T. Lavitz : Claviers
- Jeff Sipe : Batterie
+ - Paul Hanson : Basson (6, 7, 8, 10)
Comme souvent dans ce type de Fusion, le niveau des instrumentistes est impressionnant. Craig Erickson y tient véritablement le leadership de bout en bout : il produit l’ouvrage, en compose seul la quasi-totalité (4’15 seulement sont partagées) et y mène les débats (sans évidemment vouloir négliger l’apport indiscutable des trois autres).
Pour ce qui est de la musique, parmi les inspirateurs nommés sur la pochette, on retrouve, parmi les guitaristes, Shawn Lane, Allan Holdsworth, John McLaughlin, John Scofield, Mike Stern, Tommy Bolin, Jeff Beck, Warren Haynes, Ray Gomez, Jimi Hendrix, … plus Miles Davis et Jaco Pastorius. Ces noms illustrent l’approche générale. En tous cas, certaines de ces influences ne transparaissent pas toujours nettement. Il faut également noter qu’aucun de ces titres n’apparaît jamais comme une vulgaire tentative de copie ou une simple redite.
« Steel Rider » démarre en trombe ce CD. Sur un thème de base et sur une rythmique puissante, solos variés de guitares et d’orgues se succèdent et se répondent, sans la moindre longueur, tout au long de cette pièce dynamique et particulièrement bien montée.
« Attitude Cat », « Heavenly Love » et « Space Rooster » progressent plus par saccades. Ils restent dédiés aux guitares, plus souvent marquées d’effets, et rappellent John Scofield, pour la netteté du jeu, et Dean Brown, pour l’aspect plus systématiquement sautillant. Les agréables petites touches d’orgues couvrent bien les guitares et T. Lavitz ponctue tout cela de bons petits solos.
Dans « The Fine Scenery », les guitares glissent et vibrent à souhait. T. Lavitz, toujours aussi essentiel, alterne le piano et l’orgue dans cette pièce où le batteur imprime parfois un rythme doucement « reggae ».
Les trois courtes pièces, composées en trio, « Interstellar Interlude », « Jupiter East » et « Jupiter West » servent uniquement d’agréables ponctuations. La guitare y respire souvent l’air de Jimi Hendrix, la basse est plus marquée qu’à l’habitude et l’épaisseur sonore du basson intrigue un peu.
« Strange Train », bien costaud, démarre au quart de tour avec des guitares rapides, cassantes et bourrées d’effets, un orgue très marqué par Greg Rolie à l’époque des premiers Santana, une basse progressant par traits et une forte utilisation des cymbales.
« Forecast », très bien agencé, est l’archétype de la pièce de Fusion « Jazz-Rock ». Cette pièce s’étire sur un thème où la virtuosité de chacun peut s’exprimer à l’aise. Ainsi, on y retrouve un splendide solo de piano que n’aurait pas renié Chick Corea, un impeccable solo de basse inspiré et de flamboyantes guitares.
En définitive, un grand album que les guitares de Craig Erickson dominent allègrement, merveilleusement complétées par un T. Lavitz inspiré, comme à l’habitude, et par une section rythmique de haut vol. Le côté « Blues » apporté par Craig Erickson, qui ne renie jamais ses premiers amours, donne à cette Fusion « Jazz-Rock » un caractère spécifique et plutôt original.
Pays: US
Mascot Records M 7113 2
Sortie: 2005/05/24
