SPEKTR – The art to disappear
En France, sur quelques décennies, on est passé du général De Gaulle à François Hollande, de Bernard Pivot à Cyril Hanouna et de Catherine Deneuve à Nabila. Autrement dit, ça sent la décadence à plein nez. Mais il y a un domaine où les choses semblent s’améliorer, c’est celui du métal. Là, on est effectivement passé de Satan Jokers à Gojira. Et ce qui suit pourrait bien confirmer une forme olympique et une inspiration fabuleuse sur le terrain du black metal expérimental, avec cet incroyable groupe Spektr qui, d’années en années, commet toujours plus de merveilles.
Formé en 2000 à Paris, Spektr a toujours su cultiver un certain mystère. Ses membres kl.K (alias Krig) et Hth se cachent derrière des pseudonymes abscons et sont peu diserts sur leur carrière. On sait juste qu’ils seraient également impliqués dans des groupes comme Battlehorns (un groupe de black de Poissy actif entre 1999 et 2002) et Haemoth (un autre combo d’Île-de-France actif depuis le début du 21e siècle).
Au fil du temps, Spektr a gravi les échelons de l’excellence avec ses albums « Et fugit in terra fugit irreparabile tempus » (2004), « Near death experience » (2006) et « Cypher » (2013). Aujourd’hui, le duo parisien revient avec ce qui est très vraisemblablement son chef-d’œuvre, et aussi un des meilleurs albums de post black metal de cette année, osons le dire. L’excellence de cet opus réside sans doute en l’absence de chant, un aspect pas toujours reluisant dans le black metal, non seulement à cause des hurlements de crécelles anémiques qui caractérisent le genre mais aussi en raison des thèmes douteux qui font l’apologie du démon par des petits rigolos qui savent à peine de quoi ils parlent. Tout le monde sait qu’il y a plus de satanistes aux sièges des entreprises du complexe militaro-industriel américain que dans les festivals de métal.
Mais revenons au cœur de ce « Art to disappear », qui jette à la face du monde un peu moins de quarante minutes d’expérimentations musicales passionnantes et déconcertantes. La guitare de kl.K et la batterie de Hth construisent des ambiances apocalyptiques associant la rapidité explosive de rythmiques et la versatilité de la guitare qui manipule avec une égale dextérité des schémas hyper-agressifs et des structures beaucoup plus ralenties, voire angoissantes. Des collages sonores issus de films (dont « Taxi driver ») viennent consolider des atmosphères menaçantes. On reste cramponné à son siège à l’écoute d’épopées black et thrash metal qui nous laissent à peine le temps de respirer (« From the terrifying to the fascinating », « That day will definitely come », « The art to disappear »). Spektr est capable d’associer des techniques tant métalliques que jazzy ou progressives dans des constructions hallucinantes de précision et de colère froide.
Tant du point de vue de l’originalité que de la puissance évocatrice, les gens de Spektr se posent comme les maîtres d’une nouvelle génération qui perce dans le black metal. Moi qui avais toujours considéré que des plaisantins comme Dimmu Borgir, Cradle Of Filth ou Immortal faisaient du black metal un genre grotesque, je trouve ici de nouvelles voies de satisfaction musicale. C’est tout dire.
Pays: FR
Agonia Records
Sortie: 2016/01/29