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PATTON – C

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que les frères Max et Sam Bodson, qui animent le duo Patton depuis 1994, ne sont pas très pressés. Ce n’est pas comme un certain général Patton qui, durant la Seconde Guerre mondiale, ne pensait qu’à foncer dans le tas. Ce n’est pas comme un autre Patton, Mike, qui bondit sans cesse d’un projet musical à l’autre depuis près de trente ans. J’ignore si l’un ou l’autre de ces personnages illustres a inspiré le nom de Patton à cette fratrie de Virton, qui ne semble ni d’humeur militaire ni attiré par les petits chanteurs gominés de Californie.

Les frères Bodson mènent en effet leur barque à leur rythme, avec un album tous les six ou sept ans. Le premier était un EP du nom de « Love boat », enregistré avec le bassiste Philippe Koeune et sorti en 1997. Puis en 2002, c’est le premier album « J-R for jaune-rouge », qui révèle Patton explorant une veine post-rock.

Il faut attendre 2010 pour voir les frères Bodson refaire surface avec l’album « Hellénique chevaleresque récital », qui les surprend en pleine redéfinition de leur musique, partie cette fois sur des routes plus brutes et plus compactes après s’être frottée au blues de Mississippi John Hurt ou à des musiques plus primitives comme celle de John Fahey et AC/DC.

On attend encore cinq ans avoir de voir ressurgir Patton, qui propose cette fois un album plus sobrement intitulé « C ». Cette simplicité apparente révèle cette fois une musique davantage tournée vers une pop expérimentale où toutes les phases de fabrication – écriture, composition, interprétation, enregistrement, mixage, mastérisation – représentent un tout et sont menées scrupuleusement par les frères Bodson eux-mêmes. Agissant en duo, ces garçons ne négligent aucun aspect instrumental de leur œuvre et envisagent aussi le chant comme un instrument.

Il en résulte huit titres d’une pop à la croisée des chemins entre psychédélisme et minimalisme synthétique. Le chant se fait en deux langues, le français qui est propice à une certaine poésie surréaliste et l’anglais qui ouvre les portes d’un rock électronique ressemblant parfois à Art Brut ou à !!!. La clarté et la pureté du son sont des éléments charmeurs qui donnent à cet album un aspect à la fois naïf et cérébral. Les voix des frères Bodson se confrontent, s’entremêlent et construisent des harmonies se faufilant dans des compositions avant-gardistes, volontairement chaotiques ou chatoyantes. Entre Air, Metronomy ou Liars, Patton offre ici avec « C » son album le plus subtil et le plus abouti.

Pays: BE
Prohibited Records
Sortie: 2015/09/15

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