MATUSHKA – 2
Seconde phase de déstabilisation psychédélique, avec cet album produit au départ en décembre 2014 et distribué ensuite par Musea Records courant 2015, celui-ci nous permet d’apprécier le combo russe dans une formule en trio avec la venue de Maxim Zhurvlev pour les lignes de basse. On est toujours sur une architecture organisée autour de longs morceaux, dont les durées oscillent entre 7 et près de 20 minutes pour le dernier morceau, avec ici une plage construite sur un canevas plus classique s’échelonnant sur un peu plus de 5 minutes. Notons ici que si la maison d’édition française a choisi de distribuer nos amis de Saint-Pétersbourg, c’est que manifestement cela en vaut la peine.
« The Acid Curls’ Dance » sonne d’emblée plus accessible, avec un rock-alternatif plus pêchu qui garde une coloration psychédélique. Cuivres et caisse-claire martèlent l’espace sonore où, une guitare aérienne tente de se frayer un chemin. Telle une jam-session, les trois musiciens s’en donnent à cœur-joie, avec un ton qui monte au fur et à mesure laissant les instruments partir en vrille. La guitare plus présente joue au chat et à la souris avec une batterie qui se déchaine. Voilà encore une belle cacophonie savamment orchestrée par Matushka.
Rien que le titre « As Bartenders and Bouncers Dance », nous laisse d’emblée dans l’expectative avec un rock plutôt lourd et sombre pouvant rappeler la scène Batcave. Lancinant au départ, la batterie entre dans la course pour concurrencer cette guitare, qui part à nouveau en distorsion, l’auditeur dandinant de la tête sans bien savoir pourquoi ! Tantôt grasse tantôt plus claire, cette guitare nous rappelle aussi des accords chers aux groupes comme The Cure, Echo and The Bunnymen ou Bauhaus. Noire à mourir, la musique développée dans ce morceau, réalise en quelque sorte un parallèle avec les scènes post-punk et post-rock des années 80. Efficacité largement assurée avec une composition qui vous casse la tête, avec en finalité une guitare psychédélique qui délire !
« Meditaion » plage plus courte, lance encore cette guitare spatiale puis c’est finalement un stoner-rock ou un grunge qui s’aventure vers nos oreilles. Gras à en crever, le tempo de la batterie et de cette guitare distordue ouvre pour un autre son de six cordes bien plus aérien au travers duquel, on perçoit quelques lignes de synthés. Le côté psychédélique domine finalement avec cette guitare qui virevolte dans toutes les directions, laissant l’auditeur pantois. Le groove omniprésent et assez puissant, percute de plein fouet le cerveau et la cage thoracique, qui ont du mal à s’en remettre. Court mais drôlement percutant !
« Drezina » avec près de 20 minutes, termine l’assaut sonore avec bizarrement une mandoline ou peut-être un xylophone mélodique, qui prend à contre-pieds tous ceux qui s’attendaient encore à du lourd, du gras et de l’aérien ! Puis tout part dans les tours, avec une guitare acérée et une batterie toujours brutale. L’ensemble part ensuite en vrille dans un véritable déluge psychédélique où, le bon sens n’y a plus sa place. Une guitare proche du grand Jimi Hendrix bataille ferme contre une section rythmique dont la pédale d’accélérateur est bloqué à fond. On revient malgré tout un moment vers une accalmie, proche des expérimentations sonores du grand Steven Wilson. D’ailleurs c’est vrai que l’on pourrait faire le rapprochement avec les premiers albums de Porcupine Tree. Le morceau se termine finalement par une complainte sombre et pesante, qui nous laisse dans une atmosphère plutôt glaciale.
Manifestement autoproduit au départ en décembre 2014, cet excellent album de rock psychédélique a été judicieusement redistribué depuis 2015 par les bons soins du label français, et c’est une bonne chose car la musique de nos amis russes, nous replongent à fond dans un univers fait de décadence et de sonorités rocambolesques. C’est aussi une bonne chose pour ces artistes qui méritent d’être connu auprès de nombreux puristes et connaisseurs. Voilà un album qu’il faut écouter (le précédent aussi), rien que pour se plonger dans ce courant musical historique. Prévoyez à nouveau les antidouleurs, il vaut mieux prévenir que guérir !
Pays: RU
Autoproduction/Musea Parallele GW 3295
Sortie: 2015