HENDERSON, Scott – Live !
Au départ, les influences de ce virtuose de la « six cordes », né en Floride en 1954, allaient plutôt vers un Blues-Rock bien trempé. Ses modèles s’appelaient Jimi Hendrix, Jeff Beck, Jimmy Page, Ritchie Blackmore, Albert King et Buddy Guy.
A la fin de ses études, au début des années 1980, il s’installe à l’autre bout des Etats-Unis, à Los Angeles, où démarre sa carrière. Il se fait alors connaître par ses collaborations avec des artistes de renoms tel que Chick Corea et son Elektric Band, le violoniste Jean-Luc Ponty, le bassiste Jeff Berlin, le claviériste Joe Zawinul et son Zawinul Syndicate, … A cette époque, une orientation plus Jazz s’était déjà marquée et avait fusionné avec ses premières influences.
Tout en continuant à honorer divers engagements, il fonde son groupe Tribal Tech avec le bassiste Gary Willis, en 1984. En 1991, le batteur et chanteur Kirk Covington les rejoint. Tribal Tech a publié une dizaine d’albums à ce jour. Cet emploi du temps chargé ne l’a jamais empêché d’enregistrer quelques albums supplémentaires en solo ou dans le cadre d’associations ponctuelles. Par exemple, Thelma Houston a participé à plusieurs de ses albums et il en a publié deux excellents avec les deux monuments que sont le bassiste Victor Wooten et le batteur Steve Smith.
Il est classé meilleur guitariste Jazz en 1991 par « Guitar World » et également par « Guitar Player’s Annual Reader’s Poll » en 1992. D’autres prix suivront.
Cet album-ci, un double enregistré en public en Californie pour sa quasi-totalité, comprend le même trio que pour l’album précédent, « Well to the Bone », paru en 2002. C’est exactement cette formation que j’avais pu voir au Spirit en mars 2004 (voir mon compte-rendu du concert), c’est-à-dire :
- Scott Henderson : Guitare
- Kirk Covington : Batterie et chant
- John Humphrey : Basse
Ce « Live !», en comparaison de ce que j’avais entendu au Spirit en 2004, se positionne un cran au-dessus, à une époque où le groupe était encore un peu plus rôdé.
Voici les titres joués :
- « Slidin’ » (7’27)
- « Well to the Bone » (4’08)
- « Sultan’s Boogie » (7’26)
- « Xanax » (6’25)
- « Lady P » (7’55)
- « Jakarta » (7’26)
- « Tacos Are Good » (5’38)
- « Dog Party » (9’20)
- « Fee Fi Fo Fum » (Wayne Shorter) (8’58)
- « Meter Maid » (4’52)
- « Nairobi Express » (Victor Wooten/Steve Smith/Scott Henderson) (12’27)
- « Devil Boy » (7’51)
- « Hillbilly in the Band » (6’17)
Toutes les compositions sont de Scott Henderson, sauf indiqué.
Ce qui étonne chez Scott Henderson, c’est cette stupéfiante faculté à fusionner, autant les styles musicaux que la façon de les jouer. En plus, son style de jeu concentre tout ce que d’autres grands guitaristes ont produit. De tout cela, mélangé avec son propre apport, il construit quelque chose de personnel. Mais cette proximité surprend beaucoup, plus que chez d’autres. Clairement, la sensation d’avoir déjà entendu cela « quelque part » apparaît avec régularité, surtout chez Jeff Beck et Jimi Hendrix, mais parfois également chez Allan Holdsworth, Shawn Lane, Mike Stern et même Philip Catherine. Il reste que ce guitariste hors pair manie son instrument avec une dextérité stupéfiante, compose magnifiquement, génère les effets sonores les plus divers et semble autant à l’aise dans les pièces les plus calmes que dans les plus nerveuses, qu’il préfère malgré tout.
L’énorme Kirk Covington, au propre comme au figuré, impressionne par la force et la précision de son jeu de batterie. On peut dire la même chose de son chant. Chacune de ses interventions enrichit la composition et on se demande même comment il parvient à marteler toujours autant en assurant simultanément les vocaux. Par sa façon de chanter, il amène un côté Blues très appuyé, également teinté de Funk. Je le trouve très proche de Buddy Miles, avec des touches de Bobby Kimball (Toto).
A mon sens, John Humphrey, à la basse, malgré tout plus hardi qu’au Spirit, devrait être plus en avant, surtout qu’il n’est pas manchot, le bougre. Un bassiste plus audacieux ne choquerait vraiment dans l’ensemble.
Globalement, j’ai considéré le deuxième CD plutôt supérieur au premier, avec quelques véritables perles.
L’indiscutable meilleur morceau, « Nairobi Express », provient de l’association entre Victor Wooten, Steve Smith et Scott Henderson, qui l’ont conjointement composé. Un vrai bijou sur lequel chaque musicien intervient en solo. Cette brillante composition, particulièrement bien foutue, donne envie d’écouter les deux albums de ce trio en sommeil actuellement. Covington bombarde ses toms et exécute un solo bien carré. Humphrey, excellent, fait de même. Henderson laisse beaucoup jouer après avoir bien craché son venin.
Autres grands moments avec « Dog Party » et « Meter Maid », avec Kirk Covington au chant, et Scott Henderson, déchaîné et incisif, filant dans tous les sens sur la frappe carrée du batteur.
La pièce la plus classiquement Jazz de l’album, « Fee Fi Fo Fum », a été composée et enregistrée en 1964 par le saxophoniste Wayne Shorter, un des deux fondateurs de Weather Report, et ex-partenaire de Miles Davis. Le duo batterie/basse suit parfaitement sur un même rythme ultra standard, avec un solo de basse et de batterie. Scott Henderson joue cette pièce de manière particulièrement cool. Une autre facette de son génie.
Un bon Blues bien saignant est « Well to the Bone », avec, à nouveau, Covington au chant et Scott Henderson triturant sa guitare à l’extrême. Dans « Jakarta », on est dans le monde de Allan Holdsworth, époque « I.O.U. » ou « Sand ».
Pour ceux qui ne connaissent pas cet artiste, ce double-album, véritable « Best of », constitue le meilleur moyen de découvrir un merveilleux guitariste. Si vous n’aimez pas les musiciens démonstratifs, vous devrez par contre éviter cet objet qui ne sera pas fait pour vous.
Pays: US
Mascot Records M 7104 2
Sortie: 2005/01/31
