KEEP IT DEEP – Hatching
Les musiciens de Keep It Deep se réunissent en groupe en 2002 dans la région de Liège. Curieux de tout et intéressés par une foule de genres musicaux, Jean-Paul Krasprzyk (guitare et chant), Jean-François Devilers (basse et chœurs), Thomas Della Vecchia (batterie et chœurs) et Arnaud Giusti (guitare, trompette et chœurs) décident de créer un répertoire reprenant précisément toutes ces influences, du jazz au ska en passant par le blues et la salsa, avec en prime du hardcore et du postrock. Le résultat donne un croisement entre King Crimson et Mr Bungle, entre Dream Theater et Yes.
Le groupe réalise une première démo deux titres en 2003 (« The way we came from the sky ») et part roder sa musique un peu partout sur les scènes des petits clubs de Belgique. Et puis, une mise en sommeil de Keep It Deep n’aboutira à une reformation qu’en 2009. Entre-temps, le quatuor ne perd pas la main puisque la plupart de ses membres jouent dans d’autres projets (Yew, Rudy Mitcholl & The Rolanders, Firewall). Mais le retour aux affaires de Keep It Deep montre un combo qui désire aller plus loin qu’une simple démo. De ce fait, le groupe écrit de nouvelles chansons dans la perspective de réaliser un premier album en bonne et due forme.
C’est chose faite cette année grâce à la participation de l’association culturelle Li Mohe, qui donne les moyens à Keep It Deep de mettre au point ce « Hatching ». Le but de cette association est d’aider les musiciens ayant un concept original et de qualité. Et on peut dire qu’avec Keep It Deep, l’association a visé juste. En effet, Keep It Deep a mis toute sa science dans cet album et est parvenu à synthétiser ses influences pour accoucher d’un album personnel et intelligent.
Au début, ça ne paie pas de mine avec le petit jazz-rock qui débute le premier titre « Dodecahedron ». Ça déroule en mode pépère, genre fête de fin d’année à l’école. L’auditeur ne prête pas attention plus que cela jusqu’à ce qu’il se fasse faucher par une petite coulée métallo-progressive qui annonce crûment la vérité : on n’a pas affaire à des petits comiques, mais à des musicos chevronnés qui vont vous secouer les puces tout en vous promenant dans de beaux paysages sonores. Keep It Deep prend le temps de mettre au point de longs titres (de huit à treize minutes pour « Dodecahedron », « Space squirrels », « Bright light sun », « Facial » et « Ciocia Teresa », soit les cinq septièmes de l’album), qui permettent de construire des chapitres à la fois complexes et surprenants. On marine dans le jazz-rock à trompette sur « Bright light sun » jusqu’à ce qu’un solo de guitare digne de Steve Vai ne vienne vous mettre la tête à l’envers. On glisse sur un nuage de basse funkysante avant de partir pour une épopée guitaristique sur « Facial » et de se retrouver au milieu d’une histoire salace exposée par un chanteur qui se prend de temps à autre pour Louis Armstrong. Ou bien on goûte à de subtiles mélodies manouches qui ne tardent pas à déraper vers un métal progressif épique et fier-à-bras sur le final « Ciocia Teresa ».
Keep It Deep a tout fait pour réaliser un album varié, jamais ennuyeux, plein de ressources insoupçonnées et servi par une production irréprochable. La réussite est confirmée et il n’y a plus qu’à adhérer sans réserve à la philosophie musicale de ces Liégeois talentueux et inventifs.
Pays: BE
Li Mohe Music LMM 12-09
Sortie: 2012/11/15