BLACKMORE’S NIGHT – Autumn Sky
Depuis que Ritchie Blackmore a quitté les rivages du hard rock, ses fans se sont scindé en 2 catégories : ceux qui regrettent amèrement sa période rock et les autres qui apprécient sa carrière acoustico-renaissance au même titre que celle rock. Pourtant, Blackmore avait toujours montré ses tendances médiévalo-renaissance, comme ses intros de « Sixteenth Greenslaves » ou « Anya » l’attestaient systématiquement. Le premier album de Blackmore’s Night, « Shadow of the moon », justifia pourtant ce changement judicieux, d’abord parce que radicalement différent de ce qu’il faisait auparavant, ensuite parce que la maestria caractérisant Blackmore était au rendez-vous, avec une chanteuse à la voix (et au physique) superbe(s) et une coloration acoustique intemporelle.
« Autumn Sky » est le dixième album en 13 ans de carrière, dernier né d’une discographie déjà riche, comprenant un live et une compilation. Il est aussi marqué d’un sceau spécial, ayant en effet été conçu durant la grossesse de Candice Night, qui a entre-temps donné naissance à une petite Autunm Esmeralda Blackmore, d’où le titre de ce nouvel album.
Comme d’habitude, « Autumn Sky » se structure autour de 3 catégories bien claires de types de morceaux : les titres plus pop, ceux plus acoustiques et un ou deux covers. Les 6 morceaux pop s’inscrivent dans la lignée de ceux figurant sur les albums précédents de Blackmore’s Night, que ce soit « Highland », qui ouvre l’album, ou « Journey man », qui, à côté des ingrédients classiques utilisés par Blackmore (mélodie festivo-guillerette, instruments tels que bombarde et violons, rythmique pop), inclut tout de même un excellent solo électrique du maître. « Believe in me », au refrain presque « christmastique », est plus lent, et « Keeper of the flame » renoue avec les rythmes plus enlevés et plus festifs en support d’une mélodie accrocheuse, tout comme « All the fun of the fayre », plus folk quant à lui. Le problème est que tous ces titres, pour intrinsèquement bons qu’ils soient, suscitent la furieuse impression de les avoir déjà entendus auparavant. En d’autres mots, Blackmore’s Night tend à se répéter dans ses ritournelles pop et les lignes mélodiques sont trop proches de celles figurant sur les albums précédents – et le fan de Blackmore’s Night que je suis connaît trop leur répertoire pour être leurré.
Les titres acoustiques sont par contre plus inspirés. On y retrouve pourtant les marques de fabrique typiques de Blackmore, à savoir : un instrumental acoustique de Ritchie, « Night at Eggersberg », toujours très classico-renaissance mais avec le brio habituel, et les morceaux acoustiques chantés, parfois prolongés par une partie instrumentale et dansante, c’est le cas de l’excellent et épuré « Sake of the song », prolongé par son corollaire dansant, « Song and dance », plus chargé instrumentalement, idéal pour les farandoles dans la cour ou dans la salle de réception d’un château médiévalo-renaissance. « Darkness », tout aussi dépouillé et splendide, est dans la même veine, suivi par le dynamique « Dance of the Darkness » dont le titre suffit à décrire son rôle, qui inclut un chouette solo de basse en son milieu.
Les autres acoustiques sont de vraies perles de finesse et délicatesse, que ce soit « Vagabond », le superbe « Health to the company », ou « Barbara Allen », qui progresse en crescendo. Seul « Strawberry girl » semble à nouveau avoir été ébauché dans un des albums précédents du sieur Blackmore et de dame Candice, mais le solo de Ritchie y est divin.
La meilleure surprise de « Autumn Sky » » vient de la reprise du fantastique « Celluloid Heroes » des Kinks, repris ici avec bonheur par le couple et leur band, dans une splendide version dans laquelle la voix enchanteresse de Candice Night sert à merveille la trame mélodique imparable de ce morceau composé par Ray Davies et paru en 1972. Il faut dire que, si les covers repris par Blackmore’s Night sur chacun de leurs albums sont autant de réussites, celle-ci semble accéder à une dimension supérieure de par son exécution et de par le choix de ce titre très rarement repris par d’autres groupes ou artistes.
« Autumn Sky » scande donc sans surprise aucune la discographie de nos ménestrels et alors même qu’on pouvait espérer une inspiration nouvelle de par les événements matrimoniaux de la famille Blackmore-Night, il n’en est rien sinon dans le titre. C’est bien sûr un bon album, qui offre même quelques titres d’un excellent cru, mais le fait est là : dans certains morceaux, essentiellement pop, le groupe en arrive à se caricaturer lui-même, et le danger de se répéter est bien réel, sinon déjà consommé.
Musiciens :
- Ritchie Blackmore – guitares et mandolines
- Candice Night – chant et bombardes
- Earl Grey of Chimay – basse et guitare rythmique
- Bard David of Larchmont – claviers et choeurs
- Squire Malcolm of Lumley – batterie et percussions
- Albert Danneman – instruments à vents renaissance et chant
- Gipsy Rose – violon et choeurs
Liste des morceaux :
- Highland 5:49
- Vagabond 5:23
- Journeyman 5:41
- Believe in me 4:25
- Sake of the song 2:46
- Song and dance (PtII) 2:03
- Celluloid heroes 5:28
- Keeper of the flame 4:42
- Night at Eggersberg 2:15
- Strawberry girl 4:06
- All the fun of the Fayre 3:55
- Darkness 3:21
- Dance of the darkness 3:36
- Health to the company 4:19
- Barbara Allen 3:40
Pays: GB
Spinefarm Records SPI373CD- 2749221
Sortie: 2010/09/27