APHRODITE’S CHILD – It’s Five O’Clock
En mars 1968, arrivant de Grèce, les trois membres du Papathanassiou Set (Vangelis O. Papathanassiou, Demis Roussos et Lucas Sideras) essaient sans succès de franchir la frontière anglaise. Bloqués en France, ils ont immédiatement l’opportunité de démarrer sur place une carrière sous le nom d’Aphrodite’s Child. Dès le mois de mai, ils cartonnent en Europe continentale avec un simple, « Rain & Tears ». En octobre, ils publient un passionnant premier album, « End of the World ». Le simple du même nom rencontre également un beau succès commercial.
Douze mois plus tard, après plusieurs hits en 45T, ils sortent leur second album, « It’s Five O’Clock », dont le simple éponyme amène un nouveau triomphe. Ils l’enregistrent en Angleterre où ils ne parviennent toujours pas à accrocher un large public.
Il en est tout autrement en Europe occidentale où ils sont sans cesse sollicités. Cette forte visibilité participe à leur célébrité, mais leur impose aussi de soutenir la sortie de nombreux singles spécifiques aux différents marchés, ce qui amène parfois des situations étonnantes. L’une d’elles est présentée parmi les bonus. Il s’agit de deux ballades, de qualité certes, mais écrites par des auteurs Italiens et chantées en Italien pour une prestation au Festival de San Remo en janvier 1969. L’objectif était de soutenir leur promotion dans ce pays.
Par rapport au précédent, cet album marque un certain changement de cap. Il procure une sensation bizarre. Moins bigarré, moins psychédélique, moins empreint de consonances orientales, il semble plus orienté vers le succès commercial, inconsciemment peut-être. Vangelis apparaît plus classique dans le ton et insiste plutôt sur la qualité de l’enrobage et des atmosphères. Il en résulte une forte mise en valeur du fantastique travail vocal de Demis. D’un autre côté, le rôle de Lucas Sideras se renforce, dans un registre différent. Plus rock, plus énergique, il affiche en prime de réelles possibilités au chant. En outre, ses propres compositions ne dénotent pas et paraissent offrir de nouvelles ouvertures pour l’avenir.
Au rayon des ballades, « It’s Five O’Clock » est une incontestable réussite artistique et commerciale. Elle se fonde sur une mélodie langoureuse aisément mémorisable et de larges couvertures d’orgue en osmose avec un chant parfait. Quant à « Annabella », elle ne manque pas de charme avec un chant mélancolique, la mer en arrière-plan et les colorations grecques. Seule composition de Demis Roussos, ce titre préfigure de ce que sera son premier album solo, le merveilleux « On the Greek Side of My Mind », publié dès la fin d’Aphrodite’s Child. « Marie Jolie » est une mélodie doucereuse, bien ficelée, mais sans saveur particulière.
Rythmé, un brin Folk Rock, avec guitare acoustique, « Take Your Time » est chanté par Lucas Sideras, un peu à la manière de Ringo Starr. Composés et chantés par le même, « Let Me Love, Let Me Live » et « Funky Mary » débordent de punch et d’énergie Rock et Acide pour le premier, Jazz et Avant-gardiste pour le second.
« Such a Funny Night » se situe à part dans l’album. L’ambiance est étrange, l’ensemble original, la mélodie sautillante. Le chant semble sortir d’une vieille radio et le piano paraît accompagner un vieux film. Seul reproche, la fin est tirée en longueur.
D’un intérêt mineur, « Wake Up » permet surtout à Demis Roussos et Lucas Sideras de chanter ensemble, le second prenant le pas sur le premier, et « Good Time So Fine » où Demis chante dans deux registres différents, toujours avec aisance.
Les trois singles représentant six titres rehaussent réellement cette réédition. Sur le premier, sorti en juin 1969, l’adaptation de « Plaisir d’Amour » se nomme ici « I Want To Live ». C’est un petit chef-d’œuvre. D’abord, le chant est sublime. L’interprétation de Demis est magistrale, peut-être la meilleure et la plus profonde qu’il ait jamais réalisée au sein de ce groupe. Ensuite, les grosses touches de piano, géniales dans leur simplicité, donnent une splendeur ultime à cette composition. Enfin, la basse et les percussions démarrent à l’instant idéal. La face B de ce 45T, « Magic Mirror » est aussi réussie, mais plaira à un autre public, celui des premiers Deep Purple : un brin déjanté, avec un jeu d’orgue à la Jon Lord.
Sur le troisième, sorti en août 1970, « Spring, Summer, Winter & Fall » représente le dernier grand hit du groupe. Excellent, il suit la même trame que « I Want To Live », mais avec une instrumentation plus riche. Ces deux plages trouveront place sur le « Best of Aphrodite’s Child », dernier album de la première époque du groupe. La face B, « Air » n’éveille que peu d’intérêt en dehors du solo central.
Fin 1969, Vangelis, lassé de cette renommée qui lui impose des contraintes, refuse de partir dans une tournée en Espagne et en Italie. Il est remplacé pour celle-ci par Harris Chalkitis. Il préfère le travail de composition et de studio. Outre la musique d’un film, il poursuit la composition de nouveau matériel pour le prochain album. Ce sera le grand « 666 », qui clôturera officiellement l’aventure d’Aphrodite’s Child, à la fureur de Lucas Sideras. De son côté, Demis Roussos aura alors déjà débuté une carrière solo qui se révélera immédiatement florissante.
En conclusion, cette réédition s’avère plus intéressante encore que l’album original. De plus, Vangelis ne composera plus ce genre de titres et ne jouera plus jamais de cette façon. Demis Roussos gardera de nombreuses années encore cette voix magnifique, mais ne l’exploitera plus toujours aussi bien. Que de bonnes raisons d’acquérir « End of the World » et « It’s Five O’Clock » !
Les titres (57’11) :
- « It’s Five O’Clock » (Papathanassiou/Francis)(3’31)
- « Wake Up » (Papathanassiou/Francis)(4’03)
- « Take Your Time » (Papathanassiou/Francis)(2’38)
- « Annabella » (Roussos/Adams)(3’44)
- « Let Me Love, Let Me Live » (Sideras/Francis)(4’43)
- « Funky Mary » (Papathanassiou/Sideras)(4’11)
- « Good Time So Fine » (Papathanassiou/Johnson)(2’44)
- « Marie Jolie » (Papathanasiou/Francis)(4’39)
- « Such a Funny Night » (Papathanassiou/Adams)(4’37)
+ - « I Want To Live » (Martini/Arr. Papathanassiou/Bergman)(3’52)
- « Magic Mirror » (Papathanassiou/Fiddy)(2’53)
+ - « Lontano Dagli Occhi » (Bardotti/Endrigo)(3’44)
- « Quando L’Amore Diventa Poesia » (Mogol/soffici)(2’40)
+ - « Spring, Summer, Winter & Fall » (Papathanassiou/Adams)(4’55)
- « Air » (Sideras)(4’17)
Le groupe :
- Vangelis O’ Papathanassiou : Claviers, Percussions, Vibraphone, Flûte & Chant
- Demis Roussos : Basse, Guitare, Harmonica, Bouzouki & Chant
- Lucas Sideras : Batterie, Percussions, Guitare & Chant
Pays: GB
Esoteric Recordings ECLEC2206
Sortie: 2010/06/28 (réédition, original 1969)