THOMPSON, Richard – Sweet Warrior
Tous les articles consacrés au chanteur et guitariste anglais Richard Thompson en arrivent à cette déprimante conclusion : comment un talent aussi grand a-t-il pu être si mal récompensé en renommée ? Car sa place dans l’histoire des musiques populaires est acquise : encore mineur en 1967, il fut le guitariste prodige de Fairport Convention, formation révolutionnaire du folk britannique ; avec son épouse Linda, il signa deux albums (« I Want To See The Bright Lights Tonight » en 1972 et « Shoot Out The Lights », dix ans plus tard) que l’on retrouve régulièrement dans les palmarès canonisant les cent plus grands disques du rock.
On l’a souvent décrit comme l’un des meilleurs guitaristes au monde. Aucun guitariste au monde n’est censé fusionner musique celtique et blues, rock’n’roll et funk, country et jazz. Richard Thompson y parvient. Les prouesses du guitar hero auraient suffi à le transformer un phénomène. Mais, l’âge aidant, le soufi Richard Thompson est devenu un chanteur éloquent. Terne autrefois, sa voix vibre désormais, modulée en mélopées et arabesques. Reste l’auteur, qui décrit depuis trente-cinq ans les travers de la société britannique avec des « murder ballads », ces chansons celtiques narrant autrefois les faits divers les plus sordides. Là encore, Richard Thompson est irréprochable. Moins populaires que celles de Bruce Springsteen, ses chroniques sociales n’en sont que plus sombres et plus littéraires.
Récemment, Richard Thompson s’est lancé dans des projets divers : la signature de la bande-originale du documentaire « Grizzly Man » réalisé par Werner Herzog, le projet « 1000 years of popular music » et l’album acoustique « Front Parlour Ballads ». « Sweet Warrior » montre ce que Richard Thompson sait faire de mieux : un album plein de sensibilité, qui ne tombe jamais dans le piège de la facilité de l’écriture. On a droit ici à un véritable exposé sur le conflit dans toutes ses formes : les différents sentimentaux, la désillusion et la guerre.
« She sang Angels to rest » illustre la voix singulière de Thompson, mélant solo de violon et des cuivres dans le meilleur effet. Take the Road You Choose » est une introspection où le chanteur est hanté par l’amour perdu « à la recherche des fantômes derrière […] » (lui). « Guns Are the Tongues » contient deux magnifiques solos de guitare. Sur ce morceau de 7 minutes, on entend aussi un violon et une mandoline narrant l’histoire d’un jeune martyre attiré vers le terrorisme. Mais la chanson la plus envoûtante est « Dad’s gonna kill me », ou l’histoire d’un GI à Bagdad qui fait face à l’antipathie locale et qui souhaite retourner au pays.
Complexe et intelligent, cet album est de plus amusant et impeccablement réalisé. Certainement le meilleur Richard Thompson de ce siècle.
Pays: GB
Proper Records PRPCD032
Sortie: 2007/06/04
