MOULIN, Jean-François – 40
Agé de 40 ans, Jean-François Moulin est un belge vivant à Bruxelles. Dans le domaine musical, depuis quelques années, être belge n’est plus considéré comme une tare. « 40 » est son premier album. Musicien autodidacte, il a fait partie d’un duo déjanté nommé Scandale pendant les années nonante. Il a plus d’une corde à son arc : il s’adonne à la caricature et est un publiciste connu et reconnu. Voilà pour le background.
« 40 » est son premier album. Il y tient les claviers, utilise des samples, chante parfois et utilise un vocoder ; il produit aussi les effets spéciaux à la guitare. Cet album est fait d’une musique électronique classique très douce qui semble s’inspirer de ce que faisait Vangelis il y a bien longtemps mais on y sent d’autres influences comme celle de la musique classique. Bien sûr, les moyens techniques mis à sa disposition ne sont plus les mêmes qu’à l’époque où Papathanassiou tenait le haut du pavé avec Kraftwerk et le Tangerine Dream de Edgar Froese.
Sur le mode mineur, « Electroclass » est on ne peut plus classique dans sa facture mais avec des moyens modernes. Même s’il accuse parfois un petit manque de technique, Jean-François Moulin ne se tire pas mal d’affaire sur ce cours morceau d’introduction. « Human Voices » est d’un autre calibre et s’illustre par un rythme plus soutenu et des effets bizarroïdes créés par les claviers et les samples. Ceux-ci s’inscrivent dans la mélodie majestueuse générée par les claviers. Quant aux voix, elles sont purement symboliques. On entend plutôt des bruitages inintelligibles émis par une voix humaine.
Le synthé produit des effets bizarres aussi sur « Roma », qui commence en douceur et s’écoule longtemps comme un long fleuve tranquille. Le piano apporte une légèreté bienvenue dans ce mélange de mélodie classique et d’effets électroniques qui dure plus de sept minutes. A mi-parcours, le morceau est entrecoupé de percussions saccadées et de rythmes répétitifs générés par le synthé ; il se termine par un crescendo progressif qui dure pratiquement jusqu’à l’épilogue. En dépit de sa longueur, ce morceau est une des pièces maîtresses de l’album avec « Mulunda », un autre morceau assez long.
« The Kiss Of Death » commence comme un très beau morceau classique où apparaissent les claviers, qui énoncent le thème musical, puis y introduisent de courtes variations lentes et majestueuses. Ce morceau nostalgique de toute beauté est aussi un des meilleurs de l’album. « Colors », sur une petite musique joyeuse, est un morceau assez court qui lui fait pendant. La présence des claviers lui donne une certaine allure mais c’est surtout l’un des rares morceaux qui expriment une certaine joie de vivre.
Sur « Mulunda », on a la surprise de retrouver Dieudonné Kabongo, un humoriste bien connu en Belgique francophone. Utilisé à contre-emploi, il déclame plus qu’il ne chante avec son débit saccadé habituel. Le son de sa voix s’intègre avec bonheur dans un paysage musical assez sombre, avec un piano omniprésent. Il a composé les paroles en swahili, sans doute, et cela constitue sans conteste l’une des originalités de l’album. Le rythme s’accélère vers la fin et la tension augmente mais la fin est abrupte. « View » est un morceau qui pourrait servir à illustrer un film de cinéma. Le débit assez lent mais coupé par des samples de percussions produit un effet dramatique sur fond de musique imagée, avec une guitare lead très discrète. Ce titre convient parfaitement pour créer une atmosphère de tension presque insoutenable suivie par une décompression lente et le retour à la normale.
« Impromptu » est une autre pièce classique instrumentale de grande qualité où le piano joue les vedettes. On y retrouve une guitare lead un peu moins discrète mais le piano reprend l’initiative vers la fin. Le contraste entre la voix déformée par le vocoder qui se mêle à la musique électronique sur « No Karmen », une composition de Bizet avec des paroles de Mérimée adaptée par l’auteur, lui donne une saveur particulière et le résultat est pour le moins détonant. La guitare y ajoute encore une touche déjantée supplémentaire.
« After » a des accents plus doux apportés par les claviers mais le morceau évolue et les percussions sont progressivement plus présentes, autant que les samples électroniques, à mesure que l’on s’approche de la fin. « Subway » est une pièce classique jouée avec des instruments modernes avec lesquels l’auteur doit composer pour afficher sa sensibilité à fleur de peau. Le rythme prend carrément le mors aux dents pour terminer au galop. Après un break très court, on entend une pièce classique qui termine l’album comme il a commencé : en douceur. Un défaut sur le CD nous empêche de vous décrire la fin de l’histoire.
Pays: BE
Musea DR8441
Sortie: 2006/08
