KANCHE, Marcel – Vertiges des lenteurs
Marié et père de trois enfants, Marcel Kanche (un pseudonyme) se situe quelque part entre Jean-Louis Murat, dont il adopte le ton sarcastique sur « Elle m’en veut », et Léonard Cohen, par le ton de sa voix et la gravité de ses propos, mais on ne peut s’empêcher de songer aussi à Hubert Félix Thiéfaine, un autre rebelle allergique aux mondanités. Il reconnaît avoir été influencé par de nombreux artistes, dont Robert Wyatt. Il avoue un faible pour Antony & the Johnsons. Autre fait de gloire, il a composé pour M et Alain Baschung.
Atypique, cet ancien punk bricoleur fuit le succès comme la peste. Il allie restauration de bâtiments délabrés, sens poétique avec des mots simples, recherche perpétuelle, solitude et amitié. En vieillissant, son enthousiasme a cédé la place à la réflexion critique, laissant à la jeunesse le loisir et le soin de s’extasier sur tout et surtout sur rien. Révolté mais lucide, il est à l’affût des problèmes de société comme un animal sauvage le serait de sa proie. Serein, et c’est un paradoxe de plus, ce monde en déliquescence ne l’empêche pas de dormir.
Sur cet album au tempo très lent, Marcel Kanche est celui par qui tout arrive, depuis les compositions intelligentes jusqu’à la voix, les guitares et les mandolines. Il est accompagné par ses amis fidèles : Mino Malan, batterie, xylophone, et Nicolas Pabiot, piano, orgue, harmonium.
Les autres intervenants, également des amis fidèles, sont :
- John Greaves : basse électrique sur 2, basse acoustique sur 4 et 5, voix sur 5 ;
- Vincent Ségal : violoncelle sur 1, 4, 6, 9 et 12 ;
- Piers Faccini : harmonica sur 8 ;
- Arnaud Méthivier : basse accordéon sur 10 ;
- Isabelle Lemaître, sa femme : chœurs sur 4, 7, 8, 9 et 12 ;
- Anna Chédid et Sylvia Laubé : chœurs sur 9 et 12.
Il nous livre ici ses réflexions désabusées sur le couple (« Elle m’en veut »), le monde en évolution permanente (« Rien ne sera comme avant »), le monde tel qu’il est ou devrait être (« De l’eau »), la liberté engendrée par la nature (« L’oiseau »), le temps qui passe (« Nos membres sont lourds »), la fidélité (« Où que tu ailles »), le sexe (« Petit grimpeur »), les turpitudes de la vie (« Jamais indemne »), l’incertitude du futur (« A l’orée de toi »), l’insouciance de la jeunesse (« Nos armures »), la maladie, la vieillesse (« Elle t’alite ») et la mort (« Si je devais mourir »).
Bref, il aborde les problèmes existentiels et nous sert ici un album en tout point remarquable de poésie intelligente et de lucidité, imprégné d’une réflexion profonde sur les choses avec en surimpression le bonheur sur terre. Il sera à Paris, à La Boule Noire, le jeudi 9 février 2006 à 20 heures.
Rappel des titres:
- « Elle m’en veut »
- « Rien ne sera comme avant »
- « De l’eau »
- « L’oiseau »
- « Nos membres sont lourds »
- « Où que tu ailles »
- « Petit grimpeur »
- « Jamais indemne »
- « A l’orée de toi »
- « Nos armures »
- « Elle t’alite »
- « Si je devais mourir »
Pays: FR
Label Bleu / Bang! LC 09743
Sortie: 2006/01/12
