The Afghan Whigs, Total Control
Pour célébrer son quarantième anniversaire, The Afghan Whigs n’a pas opté pour un trip revival mais adopté la méthode forte. Le groupe emmené par Greg Dulli a en effet enregistré « Soft Control », un excellent nouvel album qu’il a défendu sur les routes européennes cet automne. Au programme, trois dates belges dont l’OM de Seraing et la grande salle de l’AB que l’on vous décortique ici.
À l’instar de celle entre Fat Dog et ELLiS·D ou And Also The Trees et Catherine Graindorge, l’association Afghan Whigs – Ed Harcourt semble couler de source. Le singer-songwriter britannique, dont le premier album, « Here Be Monsters », a été nominé au Mercury Music Prize en 2001, fait presque partie de la famille. Son dernier en date, « Orphic », a vu le jour voici un peu moins d’un an et, comme ce soir sur scène, a été quasi intégralement réalisé en solitaire.
Il alterne ainsi guitares et piano sur fond de loops mais c’est bien entendu sa voix expressive et modulable qui capte l’attention, au même titre que la sincérité de ses compositions moins dépouillées qu’en apparence. En parlant de sincérité, on retiendra cette poignante et caverneuse cover du regretté Mark Lanegan (« One Way Street ») en duo avec le violon ténébreux de Rick G. Nelson qui s’apprêtait à monter sur scène avec le groupe principal. Quand on vous disait qu’il s’agissait d’une grande famille.
Cet été, The Afghan Whigs a donné un concert exclusif sur le continent au Cactus Festival de Bruges. Un set intense à peine perturbé par le match des Diables Rouges face à l’Espagne lors de la dernière coupe du monde. Formé en 1986 du côté de Cincinnati dans l’Ohio, il devra attendre 1993 et la sortie de son quatrième opus, « Gentleman », avant de rencontrer un succès critique constant jusqu’à sa séparation officielle en 2001. Reformé dix ans plus tard, il a depuis enrichi sa discographie de quatre albums consistants dont le dernier, « Soft Control », coïncide avec son quarantième anniversaire.
Visiblement désireux de marque le coup, le groupe entamera sa prestation par un furieux « Parked Outside » enchaîné à un tout aussi virulent « I’m Her Slave », puisant ainsi dans ses deux périodes d’activité et démontrant d’emblée qu’il ne fallait pas s’attendre à une soirée plan-plan. D’autant que « What Jail Is Like », premier extrait de « Gentleman » (qui fêtait pile poil ses trente-trois bougies le soir de l’AB), fera encore grimper la température d’un cran, trois guitares en avant. Un début de set similaire à Seraing et à Bruxelles devant un public enthousiaste d’un côté comme de l’autre. Les refrains des classiques étant bien souvent repris en chœur par des spectateurs aussi brûlants que les musiciens (« 66 », « Going To Town »…).
Des musiciens parmi lesquels Greg Dulli et le bassiste John Curley sont désormais les seuls représentants initiaux. Pour ce nouveau chapitre, ils se sont entourés de (relativement) jeunes loups vigoureux, à l’instar du susmentionné Rick G. Nelson, multi-instrumentiste à l’insolente dextérité et du batteur Bryan Lee Brown, dont la lourde tâche est de suppléer Patrick Keeler, actuellement derrière les fûts de Jack White. Sans oublier le guitariste au chapeau de cowboy Christopher Thorn (ex-Blind Melon), positionné à l’extrême gauche de la scène et auteur de solos flirtant par moments avec le hard FM américain (« Oriole », « Catch A Colt »…).
Quarante ans mais surtout un nouvel album à défendre et à ce niveau, ils ne vont pas se contenter du minimum syndical. En personnalisant tout d’abord l’environnement (amplis, grosse caisse, set-list…) à l’image de sa pochette illustrant deux flamants roses ornant une sorte de barrière métallique dans un paysage aride. En en interprétant ensuite la moitié des plages avec une certaine conviction. La meilleure d’entre elles étant sans aucun doute « House Of I » aux riffs entêtants et ses chœurs à la « Sympathy For The Devil ». L’OM aura droit à la première interprétation live d’un « Jungle Roux » moins passionnant que « My Lover », par exemple, autre titre bourré de tension. Mention également au délicat « The Deepest Part Of The Darkest Shadow » interprété au piano par un Greg Dulli à la voix nettement plus posée pour l’occasion, et pas seulement parce que l’on venait de lui apporter son apéritif préféré.
Sur ce titre auquel succèdera « Domino And Jimmy », le violon envoûtant de Rick G. Nelson constituera un accompagnement de choix et une respiration bienvenue. Car un peu plus tôt, « Gentleman » à Seraing et « Debonair » avant un époustouflant « Fountain And Fairfax » à Bruxelles, extraits de ce fameux album-charnière de 1993, déchaîneront les passions. Tout comme, dans une moindre mesure, le majestueux « Algiers » (OM) et le tout aussi prenant « Demon In Profile » (AB). Tant que l’on est à comparer les set-lists, on préférera la version rockabilly de « Somethin’ Hot » à proximité du haut-fourneau que celle un peu molle de « The Slide Song » du côté du piétonnier bruxellois.
La fin du set sera en revanche identique des deux côtés et intensifiera encore les débats. Outre un endiablé « My Enemy » et un « Son Of The South » datant de 1990 à deux vitesses, on s’attardera, tout comme Greg Dulli, sur le break instrumental extensible d’un « Into The Floor » captivant. Ce dernier en profitera pour présenter les musiciens en leur réservant l’un ou l’autre mot gentil avant de se remémorer quelques souvenirs belges et de conclure par quelques mesures de « Miles Iz Ded (Slight Return) », titre-phare lors de leurs concerts de reformation. Quarante ans et toujours de l’énergie à revendre.
SET-LIST (OM)
PARKED OUTSIDE
I’M HER SLAVE
WHAT JAIL IS LIKE
HOUSE OF I
ORIOLE
GOING TO TOWN
GENTLEMAN
ALGIERS
MY LOVER
JUNGLE ROUX
SOMETHIN’ HOT
66
CATCH A COLT
THE DEEPEST PART OF THE DARKEST SHADOW
DOMINO AND JIMMY
I AM FIRE
MY ENEMY
SON OF THE SOUTH
DUVATEEN
SUMMER’S KISS
INTO THE FLOOR
MILES IZ DED (SLIGHT RETURN)

SET-LIST (AB)
PARKED OUTSIDE
I’M HER SLAVE
WHAT JAIL IS LIKE
66
HOUSE OF I
ORIOLE
GOING TO TOWN
DEBONAIR
MY LOVER
JUNGLE ROUX
THE SLIDE SONG
CATCH A COLT
THE DEEPEST PART OF THE DARKEST SHADOW
DOMINO AND JIMMY
DEMON IN PROFILE
FOUNTAIN AND FAIRFAX
MY ENEMY
SON OF THE SOUTH
DUVATEEN
SUMMER’S KISS
INTO THE FLOOR
MILES IZ DED (SLIGHT RETURN)
Organisation : OM / AB / Live Nation
