Señora y Señor, The Sore Losers
Aussi étonnant que cela puisse paraître, les Sore Losers n’avaient pas encore présenté officiellement « Gracias Señor » dans une salle Bruxelloise. À voir la claque qu’ils ont assénée à la Rotonde ce dimanche soir, le traitement live du quatrième album des Limbourgeois n’a rien à envier aux précédents…
Jamais à court de bonnes idées lorsqu’il s’agit de sélectionner leurs premières parties, ils avaient cette fois convié Black Leather Jacket à la fête. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces trois Anversois (deux guitaristes speedés et un batteur qui joue pieds nus) ont pris leur job très au sérieux. D’abord en réglant d’entrée de jeu le volume des amplis dans le rouge mais surtout en balançant sans le moindre complexe leurs compositions survitaminées au milieu de flashes stroboscopiques.
Alliant le son crasseux des Black Keys à la vision noisy de Black Rebel Motorcycle Club, ils n’en oublient pas pour autant les refrains catchy qui sont en train d’envoyer « Village People » vers le sommet des charts (le single est actuellement neuvième dans De Afrekening sur Studio Brussel). Leur premier album sortira d’ici la fin de l’année mais il y a de grandes chances que l’on entende parler d’eux bien avant.
Sur Gracias Señor, les Sore Losers ont, avec l’aide des gars de White Denim, emprunté un tournant classic rock seventies marqué. Une direction pleinement assumée vers laquelle ils tendent depuis « Roslyn », leur deuxième album publié en 2014. Montés sur scène au son du « Nightclubbing » de David Bowie et Iggy Pop, ils s’y plongeront sans round d’observation avec une énergie décuplée. Prise à la gorge, la Rotonde ne pourra dès lors que constater combien « All In A Days Work » et « Eyes On The Prize » passent admirablement l’écueil de la scène. Pour peu, le flashy « Got It Bad », joué entre les deux, fera presque figure de parent pauvre.
À la tête de ce gang jovial particulièrement soudé, le chanteur guitariste Jan Straetmans, sosie conforme de Gaz Coombes sans les favoris, qui ne quittera pas sa veste en cuir noir tout au long du set (un clin d’œil à la première partie ?). Sa voix délicieusement nasillarde se pose sur des arrangements vintages dictés par la guitare de son camarade Cedric Maes avec qui il forme un duo explosif. À titre d’exemple, les joutes de six cordes sur « Can’t You See Me Running » et « Nightcrawler » notamment seront à tomber.
Le bassiste Kevin Maenen et l’imperturbable batteur Alessio Di Turi complètent un groupe qui débite des uppercuts puissamment calibrés (l’irrésistible « Silver Seas », l’hyper prenant « Girl’s Gonna Break It »). Sans oublier des racines blues nerveuses qu’ils revisitent à l’occasion, « Blue Shoes » et « Emily » en tête. Mais tout comme en début de set, ce sont les nouveaux titres qui tireront leur épingle du jeu : « A Little More » métamorphosé, « Dark Ride » hyperactif et « Denim On Denim » claquant à souhait.
Si le guitariste flirte souvent avec le rebord de la scène, le leader, emporté par un « Beyond Repair » que n’aurait pas renié Bryan Adams, se retrouvera au beau milieu de la foule avec son instrument. Un intermède qui boostera le groupe pour un final constitué d’un « Don’t Know Nothing » à fond les ballons et d’un « Juvenile Heart Attack » aux guitares saturées chéries par Led Zeppelin ou les Stooges. Des influences qui émailleront également un rappel analogique dont « Tripper » se démarquera, et pas qu’en volume. Les seventies leur vont décidément à merveille…