More Deadletter!
Omniprésents sur le circuit depuis cinq bonnes années, les Londoniens de Deadletter ne sont pas du genre à se reposer. Ils viennent donc de publier « Existence Is Bliss », un deuxième album surprenant de maturité qu’ils ont présenté dans un AB Box prêt à en découdre.
Ce sont leurs camarades de Bleech 9:3 qui les accompagnent sur l’ensemble de la tournée mais ils sont loin d’avoir fait l’unanimité ce soir. Si leur nom renvoie indéniablement vers Nirvana, leurs influences penchent plutôt vers le pop-punk de Green Day et le skate-punk d’Avril Lavigne en passant par l’emo écorché de My Chemical Romance et les refrains stadium friendly d’Oasis. Mais à l’instar de leur garde-robe inspirée par la mode foutraque lancée par Fontaines D.C., ils peinent à trouver une ligne directrice digne de ce nom. Résultat, ils finissent par nous perdre mais parviennent tout de même à capter l’attention d’une poignée de spectateurs enjoués qui seront à n’en point douter au Trefpunt de Gent le 28 mai prochain dans le cadre de la série Big Next mise sur pied par le Democrazy.
Découvert presque par hasard lors d’une prestation endiablée au festival Left Of The Dial de Rotterdam en 2022, Deadletter a depuis marqué la scène indie de son empreinte. De multiples passages en Belgique (dont un AB Club blindé en octobre 2023 et le Club du Trix un an plus tard) ont contribué à asseoir une réputation entérinée par la publication d’un solide premier album, « Hysterical Strength ». Un album sur lequel ils parvenaient à retranscrire l’énergie dégagée sur scène.
Une délicate escapade en solitaire du leader Zac Lawrence l’an dernier a vraisemblablement permis au groupe d’élargir ses horizons et d’accoucher d’« Existence Is Bliss », un deuxième effort particulièrement convaincant car plus subtil et travaillé. Une évolution à laquelle son producteur, Ben Romans-Hopcraft (Childhood, Fat White Family, Warmduscher…) doit sans aucun doute être associé. On reconnait notamment sa patte sur l’envoûtante plage d’intro en crescendo tranquille et envoûtant, « Purity I », qui lancera les débats ce soir de pertinente manière, suivi d’un retenu « To The Brim » aux parties de sax judicieusement dosées.
Une entrée en matière déconcertante pour ceux qui avaient l’habitude de les voir balancer tout d’entrée de jeu et le chanteur se débarrasser de son t-shirt en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Si « Mere Mortal » dans la foulée, tout comme « More Heat! » un peu plus tard feront instantanément grimper la température accompagnés de spasmes ska soutenus, on sent que le groupe souhaite mettre en avant sa nouvelle direction. Rassurez-vous, l’ami Zak agit toujours en tant qu’électron libre plus ou moins contrôlé en arpentant sans cesse la scène et se mêlant au public de temps à autre.
Le fait qu’il ne se retrouve plus torse nu ne constitue finalement qu’un détail. En revanche, l’allumé guitariste chevelu à sa droite semble plus habité qu’à l’accoutumée. Entre eux deux, le saxophoniste occupe désormais une position moins centrale au cœur des nouveaux titres. Ou en tout cas moins proéminente. Un aspect qui contribue certainement à la vision moins brute de titres comme « What The World Missed » et le délicieusement sombre « Among Us ». Il aura toutefois tout le loisir de donner la pleine mesure de son souffle sur l’enlevé « (Back To) The Scene Of The Crime » et le poppy « Songless Bird » notamment.
Cela dit, l’énergie et l’intensité reprennent le dessus sur les compositions façonnées sur scène à l’époque. On pense ainsi à l’efficace « Bygones » et à l’entêtant « It Flies ». Mais surtout à « Fit For Work », dinguerie emmenée par une basse hypnotique qui verra l’AB Box sauter à l’unisson. On s’attardera également sur « Deus Ex Machina », pièce extensible mélancolique, hantée et explosive à la fois qui servira de respiration en milieu de set. Un set qui se bouclera par deux nouveaux titres n’ayant rien à envier à ceux mentionnés ci-dessus : un puissant « It Comes Creeping » suivi d’un « Frosted Glass » intelligemment amené à maturation, le tout à trois guitares (dont une entre les mains du chanteur).
Un teasing parfait pour des rappels détonants entamés par un « Binge » parfaitement balancé entre guitares saccadées à la Gang Of Four et ensorcelante rythmique percussive. Mais le survitaminé « Hero » et le bien nommé « Cheers! », ultime nouvelle composition urgente et déstructurée, ne pâliront en rien de la comparaison. Déjà validé sur disque, le Deadletter nouveau a passé le cap de la scène avec brio. On est curieux de découvrir la suite…
SET-LIST
PURITY I
TO THE BRIM
MERE MORTAL
HE, HIMSELF, AND HIM
(BACK TO) THE SCENE OF THE CRIME
MORE HEAT!
BYGONES
SONGLESS BIRD
DEUS EX MACHINA
WHAT THE WORLD MISSED
IT FLIES
AMONG US
FIT FOR WORK
IT COMES CREEPING
FROSTED GLASS
BINGE
HERO
CHEERS!
Organisation : AB
