Long live Stereolab
Un peu moins d’un an après avoir assuré l’une des têtes d’affiche des Nuits, Stereolab était de retour au Botanique. L’illustre groupe emmené par Laetitia Sadier et Timothy Gane s’est fendu d’un set intense dans une Orangerie à la température torride en support d’« Instant Holograms On Metal Film », un excellent album que l’on n’attendait plus.
Annoncés en toute dernière minute, les Bruxellois de Super Gum ont relevé le défi de la première partie haut la main malgré un stress palpable. Coincés au milieu de l’imposant matériel du groupe principal, les trois musiciens adeptes de bidouillages sonores au service de compositions instrumentales alambiquées s’en sont admirablement tirés d’affaires. Quelque part entre jazz avant-gardiste, folk minimaliste, électro retenue et envolées percussives, leur univers se rapproche de celui de Tortoise lorsque les atmosphères suspendues contribuent à l’évolution du morceau. Pour les curieux, ils ont publié un mini album en cassette l’an dernier, délicieusement baptisé « Rawette ».
Lorsque Stereolab s’est reformé en 2019 à la suggestion du label Warp pour promotionner une série de rééditions, aucun des membres du groupe n’imaginait qu’un nouvel album sortirait une demi-douzaine d’années plus tard. Et pourtant, « Instant Holograms On Metal Film » a vu le jour naturellement, comme s’il s’agissait d’une suite logique après avoir revisité le passé. Un album produit par Cooper Crain (Bitchin Bajas) qu’ils ont appris à connaître lors d’une tournée commune et qui s’est imposé presque par évidence lorsque l’idée d’un nouveau disque avait mûri.
Mais le plus impressionnant est qu’il tient la comparaison avec la période dorée du groupe datant du milieu des années 90. Cette caractéristique pop solaire sophistiquée dont ils se sont fait une spécialité illumine en effet ses treize plages dont ils joueront une bonne moitié ce soir. C’est d’ailleurs au son détraqué de la courte intro « Mystical Plosives » que les musiciens feront leur apparition avant de se lancer tout de go dans un rafraîchissant « Aerial Troubles » au surprenant final dissonant.
Située du côté droit de la scène, Laetitia Sadier bavardera en français d’une voix douce et posée entre les morceaux, jamais loin de son mug de thé. Elle alternera guitare, claviers et trombone au gré des compositions, combinant parfois habilement deux de ces instruments simultanément. À l’autre extrémité, le guitariste Timothy Gane à la barbe grisonnante vit son concert intensément. Outre le batteur Andy Ramsay, retenons les harmonieuses secondes voix signées le claviériste Joe Watson et le bassiste Xavier Muñoz.
Encore que, lorsque ce dernier troque son instrument contre une six cordes, les décibels s’affolent, comme sur ce « Vermona F Transistor » agrémenté de pertinents effets spatiaux. Pour continuer sur le dernier album, les affolants rythmes saccadés de l’hypnotisant « Melodie Is A Wound » et la sinueuse pièce en deux actes « If You Remember I Forgot How To Dream », entre sonorités jazzy soutenues et pop légère, montreront un groupe au sommet de son art. Et aux convictions pacifistes avérées (« J’appartiens à la terre, je dis non à la guerre »).
Si des influences exotiques rejaillissent par moments, dans la salle, moiteur et température tropicale sont légion. Un environnement parfait pour le groovy « Miss Modular » et le sautillant « Percolator » aux contours bossa. Un peu plus tôt, les guitares du hit indie « Peng! 33 » (le plus ancien titre joué ce soir, presque trente-quatre ans au compteur) procureront le même effet de plénitude qu’à l’époque alors que les euphoriques détours grungy d’« Esemplastic Creeping Eruption » lui confèreront une relecture inédite. Tout comme la surprenante vision motorique de l’instrumental « Electrified Teenybop! » et de sa guitare à la New Order qui boucleront le set principal en boulet de canon.
Les rappels achèveront le travail via un ultime nouveau titre, « Immortal Hands » en mode électro soft planant. Mais c’est surtout « Cybele’s Reverie » qui déchaînera les passions, dans le style inimitable qu’ils ont mis en place voici plus de trois décennies et qui continue d’alimenter leur quotidien. Et pas conséquent le nôtre.
SET-LIST
AERIAL TROUBLES
MOTOROLLER SCALATRON
VERMONA F TRANSISTOR
PENG! 33
THE FLOWER CALLED NOWHERE
MELODIE IS A WOUND
IF YOU REMEMBER I FORGOT HOW TO DREAM PT. 1
IF YOU REMEMBER I FORGOT HOW TO DREAM PT. 2
MISS MODULAR
HOUSEHOLD NAMES
ESEMPLASTIC CREEPING ERUPTION
PERCOLATOR
ELECTRIFIED TEENYBOP!
IMMORTAL HANDS
CYBELE’S REVERIE
Organisation : Botanique
