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Les 20 bougies de Born Bad Records

Pointure de référence bien au-delà des frontières hexagonales, le cultissime label Born Bad Records fête son vingtième anniversaire cette année. La structure indépendante basée à Paris entendait bien marquer le coup en Belgique également et s’est dès lors associée au Botanique pour organiser une fiesta aussi alléchante que celle des Nuits 2021 pour leurs 15 ans.

Ce soir-là, Vox Low, Le Villejuif Underground et Bryan’s Magic Tears avaient retourné l’Orangerie juste à la sortie du Covid. Cinq ans plus tard, les préoccupations ont évolué et c’est une marche pour le climat que les spectateurs ont dû traverser pour se diriger vers le complexe de la rue Royale. Certains n’ont d’ailleurs pas hésité à joindre l’utile à l’agréable en y participant et on a l’impression que les deux gaillards de Leroy Se Meurt, qui ont ouvert les festivités à 17h tapantes, n’y auraient pas fait que de la figuration.

Les beats incendiaires et les hurlements rageurs du duo n’auraient en effet pas dépareillé au milieu des calicots réclamant l’abandon des carburants fossiles en faveur de davantage d’énergie verte. D’énergie, Volkan Ergen n’en manque assurément pas, lui qui saute d’un côté à l’autre de la scène tout en martelant des slogans vindicatifs et martyrisant ses pédales à effets. Derrière lui, Mathieu Laurent balance un tapis sonore ténébreux mais terriblement efficace hésitant par moments entre EBM et techno. Cela dit, leurs détours sonores auraient certainement été plus rassembleurs à l’heure du digestif qu’à celle du thé.

Si les Rennais de Gwendoline avaient déjà sorti un premier album (« Après, c’est gobelet! ») voici quelques années, ils doivent clairement l’aura dont ils jouissent aujourd’hui à leur passage sur Born Bad. « C’est à moi ça », publié en 2024, ne révolutionne en rien leur approche basée sur une observation sociale tranchante posée sur des arrangements synthétiques largement inspirés par le Top 50 du milieu des années 80. Des hymnes aisément mémorisables truffés de slogans ironiques dont les susmentionnés manifestants auraient pu s’inspirer (« car ce monde est génial », « j’en ai rien à foutre », « merci la ville »…). Ou plus terre-à-terre (« la fin du monde a commencé »).

Déclamés à tour de rôle par les voix complémentaires de Pierre Barrett et Mickaël Olivette, leurs textes acerbes dénonçant la surconsommation, les violences policières ou autres dérives propres au troisième millénaire, vidéos projetées sur grand écran à l’appui. À certains moments, l’utilisation de deux guitares apporte puissance et tension dans un environnement délibérément sombre. Une sorte d’euphorie vindicative dont on a parfois du mal à discerner le sarcasme de la revendication. « La vie c’est dur, putain! », comme ils disent…

Changement radical de style avec Zombie Zombie, trio parisien expérimental dont les membres se produisent en salopette de travail, chacun optant pour sa couleur favorite. Parmi ceux-ci, deux batteurs à l’avant-plan dont les jeux radicalement différents (l’un classique, l’autre davantage percussif) installent une rythmique hypnotique sur laquelle le troisième larron, Etienne Jaumet, exprime librement ses délires sonores. Entre saxophone, synthés modulaires et console rétrofuturiste à la Soulwax, il est le cœur du projet dont les influences vont du dub au kraut en passant par l’electro et le psychédélisme cosmique. Tout en y ajoutant une touche robotique et d’autres effets sonores, notamment via l’utilisation d’une thérémine. Un very good trip, en d’autres termes.

Quoi de plus naturel que d’inviter Frustration en tête d’affiche de la soirée d’anniversaire de Born Bad Records dont la première référence est « Full Of Sorrow », le mini-album qui a lancé sa carrière. Deux décennies plus tard, le groupe est devenu l’incontournable fer de lance du label et a accumulé un fidèle following prêt à exploser au moindre riff. Cela sera instantanément le cas ce soir sur un furieux « Path Of Extinction », plage d’intro d’« Our Decisions », dernière plaque en date publiée en 2024. Juste avant, les spectateurs ont été surpris (frustrés ?) d’être tenus à l’écart des soundchecks, ce qui n’est généralement pas dans l’esprit de camaraderie habituel.

Emmené par Fabrice Gilbert, un chanteur au look de Monsieur et Madame Tout-le-Monde mais au charisme naturel et à la voix caverneuse, le quintet ne fait pas dans la dentelle. Mis à part un bassiste un rien trop démonstratif qui éclipse par moments son boss, les membres du groupe alimentent une mécanique parfaitement huilée et pas redondante pour un sou. Outre les guitares omniprésentes, d’entêtantes nappes de synthé s’invitent ça et là sans adoucir la furie ambiante (« It’s Gonna Be The Same », le presque techno « Too Many Questions »). On a également eu droit à un tout nouveau titre, le très électro-binaire « Sans délai » au second acte particulièrement fougeux).

À l’instar des autres groupes à l’affiche, ils sont engagés politiquement et n’hésitent pas à partager leurs opinions, qu’elles plaisent ou non. Le public adhère et passe son temps entre bousculades spontanées et crowdsurfings sous une pluie de gobelets de bière à moitié vides. Le tout se terminant sur un spontané « We Have Some… » de circonstance, précédé de « Blind », extrait du mini album susmentionné et métamorphosé par vingt ans de labeur. Rendez-vous dans cinq ans au même endroit pour le quart de siècle ?

Organisation : Botanique

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