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Eye of Melian lance son nouvel album en beauté

Après un périple de trois heures en voiture, nous voilà arrivés à Zwolle. Il faisait froid et humide ce vendredi soir dans les rues de Zwolle, mais pas de quoi décourager les âmes aventureuses venues assister à l’événement du jour: le concert d’Eye of Melian dans la grande salle du Hedon. Une première historique pour ce projet néo-classique et symphonique qui, depuis sa création, n’avait pour ainsi dire jamais foulé une scène. Autant dire que le public n’était pas simplement venu voir un groupe jouer ses titres en live. Les fans venus de différents pays avaient fait le déplacement pour assister à une naissance.

Eye of Melian est le bébé du Néerlandais Martijn Westerholt, compositeur et producteur que les amateurs de metal symphonique connaissent bien pour son travail au sein de Delain et, avant cela, de Within Temptation. Las des guitares saturées ou simplement en quête d’un autre horizon, Martijn a fondé ce projet en 2017 avec la parolière américaine Robin La Joy, fervente tolkieniste devant l’Éternel. Pour les non-initiés, le nom du groupe est tiré du Silmarillion de J.R.R. Tolkien: Melian est une Maia dont le chant était si envoûtant que les Valar eux-mêmes s’arrêtaient de travailler pour l’écouter.

À ces deux membres fondateurs s’ajoute la voix de la Finlandaise Johanna Kurkela, artiste solo reconnue dans son pays et connue des amateurs pour son travail avec Auri et sur l’album « Music Inspired by the Life and Times of Scrooge » de Tuomas Holopainen (Nightwish). Enfin, l’arrangeur orchestral finlandais Mikko P. Mustonen complète le quatuor en apportant cette couche cinématographique qui fait toute la signature sonore du groupe – quelque part entre Hans Zimmer, Howard Shore et James Newton Howard, avec une bonne dose de forêt brumeuse et de lune pâle.

Après un premier album autoproduit, « Legends of Light » (2022), le groupe a signé en 2025 avec Napalm Records. Et pour promouvoir la sortie de leur second album « Forest of Forgetting » le 20 février 2026, le groupe a donc donné à cette occasion le coup d’envoi de sa toute première tournée. Et le public a répondu nombreux à l’appel, malgré l’annulation de la première partie Delain (show acoustique) pour cause de mauvais virus.

Sur scène: la forêt prend vie. Le groupe entre dans une semi-obscurité soigneusement orchestrée – jeu de lumières tamisées, ambiance visuelle travaillée – et attaque d’emblée avec « Lady of Light » (2026), première mondiale pour un titre qui pose immédiatement les bases : orchestrations somptueuses, voix de Johanna Kurkela flottant quelque part entre rêve et réalité, et ce sentiment caractéristique d’être transporté ailleurs. La salle retient son souffle.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’ampleur de la production scénique. Eye of Melian n’est pas un groupe comme les autres. C’est une expérience multi-couches où sons, images et atmosphère fusionnent dans une expérience cinématique empreinte de la magie des elfes. Avec des claviers à la Vangelis, des chœurs aériens, des sons captivants, deux violons sur scène, les flûtes au son « Nightwih », la guitare sèche… Bref, tout ce qu’il faut pour créer un univers onirique et cinématique à la fois, peuplé de créatures fantastiques incarnées par des voix superbes.

Le batteur Kai Hahto (Nightwish) étant souffrant, le siège derrière les fûts est resté vacant, sauf pour une série de morceaux qui ont été accompagnés tantôt par Sander Zoer, connu notamment pour son travail avec Delain et que l’on a pu entendre notamment sur « Child of Twilight« , tantôt par Ivar de Graaf (ex-Within Temptation, Kingfisher Sky). Ce dernier a rejoint le groupe pour « Dawn of Avatars » et « Rainfall », donnant soudainement à l’ensemble une assise rythmique plus charnelle, rappelant que derrière toute la dentelle orchestrale, il y a aussi des corps qui jouent de la musique. L’autre invité de marque n’est autre que Troy Donockley – flûtiste et multi-instrumentiste irlandais, pilier de Nightwish et d’Auri –, dont les pipes et flûtes celtiques sur « Doorway of Night« , « Under the Grey Sky« , « Dawn of Avatars » et « Rainfall » ajoutent une couleur folk-médiévale absolument irrésistible. Quand Troy souffle dans ses cornemuses, même les éventuels sceptiques du fond de la salle commencent à regarder d’un autre œil.

Pour les fans, voici la setlist complète (avec les liens vers les clips YouTube): « Lady of Light« (2026), « Child of Twilight » (2026), « Wings of the Dawn » (2022), « The Bell » (2022), la reprise du « Tears of the Dragon » de Bruce Dickinson (2026), « Doorway of Night » (2022), « Everstrong » (2022), « Ainiaan » (2022), « Forest of Forgetting » (2026), « Vita Nova » (2022), « The Buried Well » (2026) et son très joli visuel, « Blackthorn Winter » (2026), « ⁠Symphonia Arcana » (2026), « Elixir of Night » (2026), « Of Willows and Shadows » (2026), « Under the Grey Sky » (2022), « Dawn of Avatars » (2026), « Rainfall » (2022) et enfin, en rappel, « Light » (2022).

Sur les dix-neuf titres joués ce soir, pas moins de huit étaient joués en live pour la toute première fois. Le groupe a joué presque l’intégralité de son répertoire officiel actuel. Pari audacieux qui en dit long sur la confiance que Martijn Westerholt et ses complices placent dans leur nouve opus.

Parmi les moments forts, citons « The Bell », la reprise surprenante de « Tears of the Dragon » de Bruce Dickinson – oui, le Bruce Dickinson d’Iron Maiden – et la longue et hypnotique « Symphonia Arcana » qui plonge la salle dans un silence attentif et presque religieux. Le rappel, « Light » avec Ivar de Graaf aux baguettes, referme la soirée avec une douceur lumineuse qui contraste joliment avec le temps froid et humide qui attend les spectateurs dehors.

Eye of Melian a réussi son baptême scénique avec une aisance qui force le respect. La force du projet réside dans cette capacité rare à créer un univers cohérent et immersif, où chaque élément – vocal, orchestral, visuel – sert une même vision. Johanna Kurkela est tout simplement renversante de bout en bout, et les musiciens invités ont encore rehaussé le niveau d’une soirée déjà très soignée. Tout au plus déplorera-t-on deux ou trois petites longueurs sans doute liées à la similitude entre certains titres. Mais globalement, on ressort de cette immersion captivante la tête pleine de sons, de lumière et de magie. Et aussi avec une irrépressible envie de réécouter l’album « Forest of Forgetting » sur le chemin du retour.

Membres:

  • Martijn Westerholt – Claviers et arrangements orchestraux
  • Johanna Kurkela – Chant et violon
  • Robin La Joy – Chœurs et violon
  • Mikko P. Mustonen – Claviers et arrangements orchestraux et guitare acoustique

Invités:

  • Troy Donockley (Nightwish, Auri) – Flûtes
  • Sander Zoer – Batterie
  • Ivar de Graaf (Within Temptation) – Batterie

 

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Accréditations: Hard Life Promotion et Napalm Records
Texte: Anne-Françoise HUSTIN & Hugues Timmermans
Photos © 2026 Hugues Timmermans

 

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