Chalk 0-1 Makeshift Art Bar
Double affiche nord-irlandaise ce vendredi à la Rotonde du Botanique avec la venue de Chalk et de Makeshift Art Bar. Il s’agissait de la date initiale d’une tournée européenne commune qui voyait les premiers nommés défendre leur album et les seconds, plus modestement, un single digital.
À vrai dire, Makeshift Art Bar constituait la principale raison de notre déplacement tant leurs intenses prestations l’an dernier au festival End Of The Road à l’heure du Flat White et au Left Of The Dial de Rotterdam à celle de l’Irish nous avaient scotchés. Cela tombe bien, ces quatre (très) jeunes gaillards proviennent de Belfast mais ils préfèrent la bière, comme le confirmeront leurs régulières visites au bar du Bota après le concert.
Un peu plus tôt, sur scène, ils ont balancé des compositions ténébreuses et glaciales à souhait rappelant les débuts oppressants de leurs compatriotes Girl Band / Gilla Band et la direction à peine moins rageuse de Gurriers. Officiant dans un environnement sombre transpercé par des flashes saccadés, le quatuor emmené par l’élancé Joseph Sweeney a instantanément pris le public à la gorge. Veste zippée jusqu’au cou, celui-ci donne le ton en mode habité aux côtés de son frère Callum Sweeney triturant… une lap steel guitar à sa droite.
Cela dit, la majeure partie du temps, il attrape également une guitare, ce qui amène à trois (en comptant celle de Callum McGuigan) le nombre de six cordes autour du batteur Alleyah Boulaich qui bastonne à tout va. Brut et agressif dans le sens virulent du terme, leur set prend par moments une direction plus électronique tout en restant sinistre et déstructurée, comme sur « Chocolate », le nouveau single susmentionné. La suite de leurs aventures arrive le 26 juin sous la forme d’un deuxième EP, « Marionette », à paraître sur le label Heist Or Hit de Manchester avec qui ils viennent de s’engager.
Découverts également au Left Of The Dial mais en 2023, Chalk était alors en pleine hype, raison pour laquelle le Worm était bien trop étroit pour accueillir la horde de curieux dont nous faisions partie. L’année suivante, au BRDCST de l’AB, Ross Cullen et Ben Goddard avaient quelque peu déçu malgré une poignée d’EPs orientés dancefloor particulièrement bien ficelés. Finalement sorti le mois dernier, « Crystalpunk », leur premier album, emprunte une exigeante direction industrielle presque techno-punk.
Balancées d’entrée de jeu presque sans respiration, les trois première plages de la plaque poseront les balises d’un set qui ne s’en éloignera que très peu. « Tongue » sera l’un des rares titres pendant lesquels Ross s’encombrera d’une guitare. Le reste du temps, il laissera à son camarade Ben la gestion de la six cordes (un peu) et des machines (beaucoup) pendant que du côté droit de la scène, le batteur ne faiblira à aucun moment.
Véritable pile électrique, le chanteur attire immanquablement le regard mais ses pas de danse maladroits ne jouent pas en sa faveur, comme s’il chassait des mouches lors d’une répétition pour le futur ballet Billy Elliot. Pas au stade des rituels shamaniques de Föllakzoid dans cette même Rotonde en septembre 2019, mais pas loin. L’univers sombre renvoie quant à lui vers celui d’IAMX sans les déguisements. Quoi que le mode casual singlet-pantalon de sport-bottines de ski à paillettes pourrait faire fureur cet été…
Situées quelque part entre Underworld et Nine Inch Nails, les nouvelles compositions présentent une efficacité non négligeable (le punchy « Longer » à deux guitares, l’hypnotique « Skem ») mais se retrouvent trop souvent gâchées par des stroboscopes omniprésents qui finissent par taper sur le système. Et que dire du vocoder à la limite du supportable utilisé pas si sporadiquement que cela (« One-Nine-Eight-Zero », « IDC »). Heureusement, de régulières incursions dans leurs précédentes livraisons, le très New Order « Claw » et l’efficace « Bliss » en tête, équilibreront l’ensemble malgré des hurlements dont on ne serait bien passés (le pourtant prometteur « Them », le speedé « Afraid »).
Dernière réflexion. Les deux membres principaux du projet étant désormais des cinéastes reconnus par la profession (selon leur bio en tout cas), pourquoi ne pas avoir pensé à agrémenter le set de visuels dignes de ce nom ? Cela aurait sans doute évité quelques moments de solitude à l’ami Ross. Bref, avantage Makeshift Art Bar !
SET-LIST
TONGUE
PAIN
CAN’T FEEL IT
CLAW
ONE-NINE-EIGHT-ZERO
POOL SCENE
LONGER
BLISS
STATIC
THEM
AFRAID
SKEM
IDC
BÉAL GEIRSTE
Organisation : Botanique
