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Dour Festival 2018 (Jour 1) : du terril aux éoliennes


Pour sa trentième édition, le Dour Festival s’est offert un sérieux lifting par l’entremise d’un tout nouveau site. Ou comment repenser intégralement le contenant en prenant soin de laisser le contenu intact. Un coup de maître salué par 228.200 afficionados répartis sur cinq journées bouillantes, au propre comme au figuré… Si le festival prend ses quartiers dès le mercredi soir depuis quatre ans, la Last Arena (la Main Stage en Dourois) allait cette fois rester muette, concentrant les spectateurs sur quatre autres scènes. Mais avant la première salve de beats signée Phillipi & Rodrigo (rien à voir avec Philippe Albert et Rodrigo Beenkens…), petit tour du propriétaire.

Situé de l’autre côté de la grand-route, au pied des éoliennes, le nouveau site présente une foule d’avantages. Nettement plus spacieux et agencé pour favoriser les déplacements, il bénéficie de nombreux espaces détente décorés non sans humour (les sous-vêtements colorés ou les tongs pendues sur des fils à linge, notamment) alors que des structures fabriquées à base de palettes s’élèvent çà et là. Si la configuration renvoie au terrain du Pukkelpop, elle conserve néanmoins l’âme du Dour Festival, via notamment la célèbre roue de feu qui a repris du service cette année.

Ajoutez-y un food truck corner, des contrôles systématiques à l’entrée ainsi que des équipes de la Croix-Rouge aussi bienveillantes que proactives et on arrive à un événement dont l’organisation frise la perfection. Au rayon des (légers) bémols, pointons l’absence d’eau dans les toilettes les deux premiers jours et ces satanés plateaux en carton destinés à transporter six gobelets qui, après leur utilisation éphémère, se transforment en objets volants tranchants entre les mains de festivaliers imbibés. Quant à la poussière, on la préfère de loin à la boue en cas de pluie.

Ceci dit, l’essence du festival reste avant tout la musique et c’est avec Le 77 et leur utilisation toute personnelle du « Sexual Healing » de Marvin Gaye que notre Dour 2018 a réellement débuté. Même si distinguer le sens des textes sans avoir entendu la version studio au préalable relève de l’utopie, il convient de reconnaître que l’énergie dégagée par leurs beats suscite un engouement comparable aux mouvements de foule générés par un groupe de grunge à l’époque. Mention à la calandre de grosse bagnole américaine en garniture de la console du DJ.

Durant leur set, plusieurs intervenants ont défilé pour l’émailler de leur flow caractéristique. Parmi ceux-ci, un Zwangere Guy en training vert qui viendra également égayer un peu plus tard la prestation des deux nanas de Juicy. En combinaison blanche, celles-ci étrennaient la toute nouvelle Petite Maison dans la Prairie (désormais basée sous un dôme futuriste du plus bel effet) avec leur vision pop électronique essentiellement basée sur des machines et des voix à la Brigitte.

Un peu plus loin, au Labo, avait débuté la soirée Deewee, du nom du dynamique label des frères Dewaele. Ces derniers y avaient programmé quelques-uns de leurs poulains dont Bolis Pupul et ses rythmes électropicaux aux influences que l’on dirait déterrées du Bocaccio, célèbre antre de la région Gantoise au milieu des années 80. Mais le clou du spectacle avait lieu à quelques mètres de là, au Rockamadour (du nom du club créé par Carlo Di Antonio à l’époque) au sein duquel quelques privilégiés ont assisté à un set secret des 2manydjs sous le patronyme Klanken. Il s’agissait de la première surprise d’un week-end qui n’allait pas en manquer.

La tradition veut que le mercredi soit notamment consacré à des projets inédits ou ceux nécessitant une mise en place scénique plus complexe. Ainsi, après
La Colonie de Vacances
en 2016 et
Binkbeats
l’an dernier, place à Gangue dont les membres ont littéralement dégommé la Boombox au terme de la seconde demi-finale du Mondial diffusée sur l’écran géant à côté du bar bières spéciales. Germée dans la tête des programmateurs du Dour Festival et validée par ceux du Marsatac de Marseille et du Nördik Impakt de Caen, cette création demandait à chacune des organisations de sélectionner un artiste du cru et d’ensuite les réunir en vue de composer un set live dont les trois uniques représentations auraient lieu à chaque festival impliqué.

C’est ainsi que Haring (Dour), La Fine Équipe (Marseille) et Fulgeance (Caen) se sont retrouvés derrière leurs consoles à raison de trois équipes de deux musiciens pour des compositions électro instrumentales faussement branchouillardes d’une redoutable efficacité, rehaussées par une judicieuse utilisation des stroboscopes. Aux côtés de la collaboration entre BRNS et Ropoporose aux récentes
Nuits du Bota
, il s’agit à n’en point douter de la création la plus réussie de l’année. À tel point que le set de Jon Hopkins sous la Petite Maison dans la Prairie juste après ne vaudra surtout que par son visuel. Non que les extraits de son acclamé nouvel album, « Singularity », ne fassent pas le boulot, mais la notion de live semble varier d’un artiste à l’autre. On aura l’occasion d’en reparler…


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Photos © 2018 Olivier Bourgi

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